Le Trappait de sa dague
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Bruxelles chez le duc d'Alhc, lorsque le canllnal (le Lorraine y alla pour la [)ai\ '. »
Brantôme, qui s'est fail rhistoriograplie de Rrusquet, nous raconte encore le trait suivant de ce cél(>bre boulTon qui prouve une fois de plus combien était grande la liberté dont il jouissait à la cour :
« M. de Strozze estoit venu en poste à Paris, la vigile de Pasques, et s'estoit retiré à la desrobade en son logis du faubourg Saint-Germain, parce qu'il vouloit qu'on ne le vist ny qu'on le sceust en ville qu'après la feste. Mais Brusquel l'ayant sceu par le moyen du postillon qui l'avoit amené, le jour de la bonne feste, va louer deux cordeliers pour cette matinée, et leur ayant donné à cbascun un escu, leur dit qu'il y avoit un grand gentilhomme au faubourg Saint-Germain oii il les mèneroit, qui estoit un peu tenté du mauvois diable, si qu'il ne vouloit nullement faire ses Pasques, non pas seulement voir Dieu, ny ses ministres qui l'administroient, et pour ce, qu'ils feroient une œuvre fort charitable de l'aller visiter, luy porter et donner de l'eau bénite et le consacrer luy et son diable de quelques bonnes et sainctes oraisons, suffrages et litanies. Les cor-
1. La paix de Càtcaii-Cambrésis, conclue le 3 avril 1559 avec Philippe II, roi d'Espagne, et qui mit fin aux guerres d'Italie.
deliers s'accordent fort bien à tout cela, et marchent résolus avec Bru?quet pour faire ce bon et sainct-office. Et quoy que Brusquet leur eust remontré que c'estoit un diable d'homme, et qu'ils avoient affaire encor non avec un homme mais avec un diable, ils respondirent qu'ils en avoient bien veu d'autres et qu'ils ne le craignoient point. Brusquet donc les ayant conduicts jusques à la porte de la chambre, sans aucun cmpeschemenl des serviteurs, car il les cognoissoit comme pain, et aussy qu'il leur avoit faict accroire que M. de Slrozze liiy avoit commandé de les luy mener pour quelque chose d'importance, pour laquelle il se vouloit ayder d'eux, et aussy qu'il se senloit atteint de quelque péché dont il se vouloit purger avec eux, et que personne n'entrast en la chambre sinon les deux cordeliers, par ainsy chacun se tint coi, et Brusquet à la porte de la chambre, quand ils furent donc entrés, vinrent au lict de M. de Strozze qui lisoit en im livre. Eux, après luy avoir demandé comme il luy alloit du corps et de l'àme, il les advisa furieusement, et s'advançant sur le lict, leur demanda ce qu'ils venoient faire là, et leur commanda aussy tofet de vuisder la place, car de son naturel il n'aymoit guèrcs ces gens-là. ^lais eux se mirent à lui jelter force eau bénite qu'il n'aymoit pas plus encore, et commencèrent après à faire
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leurs cxorcisinos el oraisons; à quoy M. de SlrozzcsevouliuiL litiiriicr pourprcndrc son cspée au chevet de son Jict, un cordelior s'en saisit, par Tadvis de Brusquel qui leur avoitdict auparavant. Mais M. de Strozze s'cstant levé et mis en place se mist en devoir de recouvrer son espce. 11 se fait un bruit, s'élùve un tintamarre en la chambre si que ses serviteurs y entrèrent et Brusquet luymesmes le premier entre, l'espce au poing avec sa main gauchère, fait du compaignon, crie : « holà ! holà ! secours I secours ! me voici pour \uus en donner! » Et là dessus prend ces deux cordeliers et les emmène gentiment ; et puis l'eau passe, et s'en va faire le conte au roy qui ne sçavait point la venue dudict M. de Strozze, qui la tenoit cachée. Et ainsy fut-elle publiée, ce qui ne fut pas sans rire. Et aussy tosl fut envoyé visiter du roy, comment il se trouvoit des cordeliers, s'ils luy avoient donné meilleure créance que devant. »
Bru«quet faillit payer cher cette folie. Dans ces temps de troubles religieux, on ne pardonnait pas facilement tout ce qui portait atteinte à la religion :
« M. de Strozze, au bout de deux jours, s'en va se plaindre à l'Inquisiteur de la foy, — qui es toit alors M. Nostre Maistre d'Oiis, — de l'affront qui avoit esté faict à Dieu et de l'injure à luy, et mes-
mes pour s'ayder ainsy des ministres de Dieu et do l'Esglise à s'en servir de risée, et du grand scandale qui en esloit cuydé arriver, car il avoyt cuydé tuer ces gens de biens ; et pour ce, le prioit d"y avoir esgard, car c'estoit traict d'un hérétique, (et Dieu sçait s'il se soucioit ny des cordeliers, ny de leur esglise, ny des inquisiteurs) et qu'ils en fissent raison, et qu'il s'en rendoit partie, ainsy qu'il s'en esloit plaint au roy qui voulait qu'on en enquist, et que le dict Brusquet fut appréhendé au corps ; ce que messieurs les inquisiteurs y allant de bonne foy, et sur le bon dire de M. de Strozze, firent, et envoyèrent le prendre par sept à huit sergents, et fut mené on prison oii il demeura quelques jours. On voulait adviser à faire son procès. Mais M. de Strozze ayant le tout descouvert au roy, luy-mesmo3 l'alla oster en prison avec un capitaine des gardes; dont il en fust bien aise; car disoit-i^ qu'il n'eût jamais si belle peur, craignant ces messieurs les inquisiteurs plus que tous autres gens, car, pour en parler au vray, tel gens sont dangereux, soit en bourdes ou à bon escient. »
On remplirait de nombreuses pages si l'on voulait raconterions les tours, empreints souvent d'un goût plus que douteux, do maître Brusquet; s'ils avaient été commis par un pauvre diable ne
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ponvinl so pirvaloir dn sa charge do fou on litre d'olfico, il OUI ôlô (oui ilroil conduil à la polonco, méditor sur la valeur de ces procédés.
Sonpoonnc de hnp^iionolismo, peiit-ôlrc aussi ;ï causo de ses richesses, el beaucoup à coup sûr à cause de sarcasmes et railleries adressés à de hauts personnages, Brusquel fut aux premiers (roubles pillé, dévalisé et forcé de fuir.
(( Enfin, dit lîranlôme, le pauvre diable fut soupçonné de religion, et que pour la favoriser, il faisait perdre et soustraire force paquets et dépesches du roy qui faisoient contre les Huguenots. Mais ce ne fut pas tant luy comme son gendre qui esloit Huguenot, sy jamais homme le fust, et pour ce, fict perdre et son beau-père et sa maison qui fut pillée aux premiers troubles. Et fut conirainct de sortir de Paris et de se sauver chez madame de Bouillon à Noyant, qui le retira de bon cœur, et madame de Valentinois par souvenance du feu roy Henry. De là il écrivit une lettre à M. de Strozze (le fils du Maréchal dont nous avons conté les tours) qui me la montra, qui estoit très bien faicte, et le prioit, le conjuroif, par la grande amitié que luy avoit portée M. le Maréchal son père, avoir pitié de luy ethii faire pardonner, afin qu'il put parachever le reste de ses vieux jours en paix et en repos. »
Rentré en grâce quelques temps après, il rera-
plit (le nouveau sa charge près de Charles IX. « Mais, comme le fait avec raison observer Gazeau, on peut croire qu'il n'éloil plus que l'ombre de lui-même et que les chagrins et les tourments avaient tari sa verve. Peut-être même ne figuraitil plus qu a titre honoraire pour ainsi dire, au nombre des officiers du roi, comme une sorte de témoin des règnes antérieurs^ que Ton se montrait avec curiosité. »
Brusquet mourut vers 1562 ou 1563.
l'angely
Un autre imposteur célèbre fut le dernier Ijouffon en litre : TAngely.
Tiré par le duc d'Enghien de la position modeste de valet d'écurie qu'il occupait, il sut faire une rapide fortune. Son esprit mordant et railleur l'avait rendu redoutable, et tous les grands, Princes, Seigneurs, le comblèrent de présents. Les uns redoutaient ses cuisants sarcasmes, les autres reconnaissaient par leurs cadeaux les joyeuses heures qu'il leur faisait passer. — 11 assistait presque toujours aux repas du roi, debout derrière le fauteuil de Louis XIV, et de là lançait impunément ses épigrammes sur les assistants : 'V .l'étais un jour, dit Ménage, au dîner du roi, oi^iétoit aussi l'Angeiy, à qui je ne vou-
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lus poitU |)arl(M', .ifiii qu'il no dil lieii de moi. » 11 sut, par ses milleries, s'altirer rinimilié de [ilusicurs persomiai;osinfliienls ;iIn'ostpas étoiiuant qu'une cabale se monlàt contre lui el se terminât par le renvoi de la cour du bouffon.
Tels sont les principaux exemples que nous pouvons citer de simulateurs célèbres. Il est permis de penser que d'autres moins illustres, dont l'histoire ne nous a pas conservé les noms, séduits eux aussi par le lucratif métier de bouffon cherchèrent à simuler la folie et à exercer leur talent railleur et médisant dans une sphère plus modeste mais tout aussi rémunératrice'.
1 . Ce travail n'ayant eu pour principal objectif que l'élude (les facultés intellectuelles, morales et alTectivcs des bouffon.-;, c'est donc volontairement que nous n'avons fait qu'effleurer certaines questions, importantes sans doute, mais secondaires à nos yeux. Les .indications bibliographiques auxquelles nous renvoyons, permettront d'ailleurs au lecteur de combler facilement ces lacunes.