TAILLADE
En sortant du Conservatoire où il avait passé dix-huit mois, Taillade obtint une
audition à la Comédie-Française; il allait être engagé lorsque quelques difficultés s'élevèrent entre lui et l'administration ; Taillade qui n'a pas un caractère des plus souples refusa de signer. Il alla à la Gaité, dirigée alors par M. Meyer, qui l'engagea à des conditions très modestes. Pour ses débuts il joua Martin, de Martin et Bamboche et Paul, de Jacques le Corsaire. Il joua ces deux pièces à la satisfaction générale, mais cependant sans grand éclat, il lui fallait un rôle, une création originale, rien ne venait. A cette époque, le rétablissement de l'empire avait fait éclore nombre de pièces sur Napoléon Ier.
On répétait au Cirque une grande pièce militaire, Premières pages d'une grande histoire, il fallait un Bonaparte ressemblant, il y avait bien M. Sardou, mais il ne jouait pas au Cirque ; Taillade ressemblait d'une façon frappante au héros de la pièce, ilfut engagé; à son entrée en scène, ce ne fut le jour de la première qu'un long étonnement, le succès fut grand.
Après les Premières pages d'une grande histoire, l'administration, mise en goût par le succès de son Bonaparte, en montait un autre, toujours pour Taillade:
Bonaparte en Egypte. Le succès fut trèsgrand ; Taillade comprit cependant que ce n'était là qu'une spécialité, qu'il ne pourrait pas ne jouer que des Bonaparte ;
it FOYERS ET COULISSES
on lui offrit un engagement à l'Ambigu, il n'était pas question de Bonaparte ; il accepta.
Ses débuts eurent lieu dans Berthe la Flamande;i\ joua ensuite dans Roquelauret Jean le Boucher, l'Histoire d'une Femme mariée. Le rôle à succès, la création qui devait le mettre hors de pair n'arrivait pas encore.
M. Hostein lui offrit un engagement à la Gaîté. Pour ses débuts, il reprit dans le Comte Hermann le rôle créé par Rouvière. Il y fut très-remarque, la presse commençait à parler de lui. Taillade était un artiste soigneux, creusant ses rôles, les jouant avec conviction. Il joua ensuite l'Ane mort, le Sanglier des Ardennes, et le Masque de poix.
Taillade a joué un peu partout depuis la guerre. Ala Gaîté, où il reprit un rôle dans les Chevaliers du Brouillard ; à l'Ambigu, où il fut exécrable dans le lâche de Touroude; à l'Odéon, où il obtint un trèsgrand succès dans cette ennuveuse pièce, des Erynnies: à la Porte-St-Martin, où il fut hors ligne dans le rémouleur des Deux Orphelines; au Ghàtelet, dans Cromwell.
Taillade est un artiste très inégal, il est presque toujours très-bon ou absolument mauvais ; mais au moins on peut dire de lui, c'est quelqu'un; on n'en dirait pas autant de beaucoup de nos artistes.
PORTE SAINT-MARTIN ià