‹ Foyers et coulisses (volume 2)Chapitre 28 sur 38 · LESOT DE LA PANNETERIE · texte numérisé non relu

LESOT DE LA PANNETERIE

dit LACRESSONNIÈRE

Né à Chauny (Aisne) , en . . . . Après avoir achevé brillamment ses études, Laeressonnière fut placé par sa famille clans une maison de commerce de Paris. Son goût pour le théâtre s'était révélé de bonne heure. Au collège, il initiait ses camarades aux beautés du récit de Théramène, les faisait frémir avec le songe d'Athalie, aussi dès son arrivée à Paris, il fut un de ces enragés amateurs qui de temps à autre montent des parties. Un beau jour, Lacressonnière prit un grand parti, il dit adieu au commerce et se présente à laGaîté que M. de Cès-Baupenne dirigeait alors en même temps que l'Ambigu. L'administrateur était Delaistre, un des soutiens des drames de Bouchardy, Anicet Bourgeois et autres. Delaistre engagea Lacressonnière pour un an, à quels appointements, peu importait pour le moment à notre artiste, des rôles, des créations, voilà ce qu'il voulait. Au bout d'un an, rien n'était venu, Lacressonnière quiite la Gaîté, se fait admettre au Conservatoire dans la classe de Provost, il étudiait la comédie en même temps que mesdames Emilie Guyon qu'il devait retrouver plus tard au boulevard, Augustine Brohan, Denain, etc., en compagnie aussi de Leroux.

A sa sortie du Conservatoire, Lacressonnière commença son tour de France, il fut engagé dans une troupe qui visita Bourges, Nevers, Orléans, etc. De retour à Paris, il ne trouva d'engagement qu'au théâtre du Panthéon , dirigé par Dubourjal.

Les frères Seveste, qui dirigeaient alors les théâtres de la banlieue, remarquèrent Lacressonnière. Edmond Seveste engagea Lacressonnière pour Belleville, celui-ci accepta. C'était un grand pas dans le progrès, la banlieue était alors une pépinière dramatique, presque tous les grands artistes ont passé les premières années de leur existence dramatique dans ces théâtres de Belleville, Montmartre, Batignolles, etc.

Lacressonnière eut assez de succès pour qu'Antony Beraud, alors directeur de r Ambigu, vînt le voir et l'engageât à de très-belles conditions.

Il débuta le 18 mai 1843 par le rôle du marquis de Ghangiron d'Eulahe Pontois.

Cette création le fit remarquer de Soulié qui lui confia successivement des rôles très-importants dans les Amants de Murcw les Talismans, les Etudiants. Il créa encore à l'Ambigu Didier des Bohémiens de Paris, Harry du Marché de Londres, Georges d'Estève de la Closerie des Genctst et enfin Charles Ier des Mousquetaires.

Lacressonnière avait enfin des rôles

PORTE SAINT-MARTIX /5

dans lesquels il put déployer toutes ses remarquables qualités. Lorsque Alexandre Dumas ouvrit le Théâtre-Historique, dont Hostein venait d'être nommé directeur, il fît engager Lacressonnière, qui créa La Môle de la Reine Margot, Villet'ort de Monte-Christo , Auguste de Y Ecole des Familles, le Chevalier de Maison-Rouge, Clinias de Catilina, Marcandal de la Marâtre, et YEcole des Familles d'Adolphe Dumas.

La Porte-Saint-Martin lui fit alors de très-brillantes propositions qu'il accepta, il ne joua guère là que Castaing de Y Hôtel de la Tête-Xoii*e, et Raphaël dans YEvangile et le Pasteur.

La direction fit faillite, Lacressonnière fut de nouveau engagé par M. Hostein, qui dirigeait alors la Gaîté. Lacressonnière ne quitta ce théâtre qu'une fois pour aller au Vaudeville jouer les Robes blanches de Gozlan, cet essai de comédie lui réussit peu, il revint bien vite au drame et à la Gaité. Il créa des rôles très-importants dans la Sonnette du Diable, les Belles de Xuit, la Croix de Saint-Jacques, le Muet, le Château de Grantier, Molière de Georges Sand, Lesurques et Dubosc dans le Courrier de Lyon, La Boisière. Il reprit aussi quelques-unes de ses créations antérieures et quelques rôles de Mélingue, entre autres Charles-Gustave, de la Chambre-Rouge.

Il alla encore à la Porte-Saint-Martin, à l'Ambigu ; quand il n'était pas à la Porte- Saint-Martin, il était à l'Ambigu, qu'il quittait bientôt pour la Gaîté.

Après la guerre, Lacressonnière s'associa avec Paul Deshayes pour prendre la direction du Chàtelet. Ils ouvrirent par une reprise du Courrier de Lyon, bientôt suivie d'une reprise des Mousquetaires; ils montèrent ensuite un grand drame historique : Daniel Manin. Dans ce rôle, Lacressonnière eut un grand succès, mais cette pièce, avec ses imitations de bombardement, avait le tort de venir trop tôt après le siège de Paris, et de ne rappeler aux spectateurs que des souvenirs fort désagréables. La pièce fit peu d'argent, on monta diverses pièces, entre autres le Juif-Errant, MllQ de la Faille, les Chiens du Mont-Saint-Bernard. Les recettes ne furent pas assez fortes, Lacressonnière et Deshayes furent obligés d'abandonner leur direction.

La Porte -Saint -Martin allait ouvrir, MM. Ritt et Larochelle engagèrent immédiatement Lacressonnière qui fut de presque toutes les pièces créées ou reprisesdepuis l'ouverture.

PAUL DESHAYE3

Je vous présente un successeur de Mélingue, le rival de Dumaine.

Paul Deshayes a joué le classique à l'Odéon, ce fougueux premier rôle a été Damis, Valère, Clitandre. Est-ce le classique qui l'a fait fuir, toujours est-il qu'il passa au Gymnase, où sa création la plus remarquée fut celle de De Ryons dans Y Ami des Femmes, de Dumas fils, le 5 mars

La comédie ne le contenta pas davantage. Deshayes voulut tâter du drame.

Nous ne saurions l'en blâmer.

Deshayes est le digne héritier, toutes proportions gardées , des Bocage et des Mélingue.

Deshayes a été l'associé de son camarade Lacressonnière pour la direction du Théâtre du Chàtelet.

Quand les mauvaises recettes forcèrent les associés à se séparer, Deshayes fut engagé à l'Ambigu.

Cocagne, Belle-Rose, drames de cape et d'épée, furent ses plus grands succès. Aujourd'hui Deshayes est un des premiers à la Porte-Saint-Martin.

Il grandira encore, attendez seulement qu'il ait joué le principal rôle du Gorille, drame MM. Crisafulli et. . . Paul Deshayes.

HENRY VANNOT

Avant d'être l'étourdissant Clocardasse du Bossu, Vannoy avait mené une existence quelque peu agitée.

En 1880, il était pilotin à bord d'un des vaisseaux qui bombardèrent Alger. De pilotin, Vannoy devint enfant de troupe ; c'est dans un régiment de ligne que se révéla sa vocation ; pour charmer les ennuis de la garnison, ses camarades jouaient la comédie de société; on était réduit à un bien petit répertoire faute d'ingénues; on avait dans les sapeurs de splendides duègnes, mais où trouver l'ingénue, Vannoy s'offrit. Nous n'avons pas assisté à ses débuts, mais le succès qu'il obtint fut assez grand, paraît-il, pour le décider à se présenter à sa sortie des enfants de troupe chez MM.Seveste, directeurs des théâtres de la banlieue.

Il apprit pour la circonstance plusieurs rôles d'homme, il fut engagé, pendant près d'un an il ne joua que des utilités. Il quitta Montmartre pour Belleville. De là, sous la direction Doligny il alia en Italie, Geoffroy, du Palais-Royal, faisait partie de cette troupe. D'Italie il revint à Marseille, de Marseille au Havre. Les succès qu'il obtint dans ces diverses villes le firent engager à l'Odéon, c'est alur.s qu'il prit le nom de Vannoy, il avait toujours joué sous le nom d'Henry.

Il resta peu de temps à l'Odéon, qu'il quitta pour entrer à la Porte-Saint-Martin ; il joua d'abord quelques-uns des rôles créés par Eugène Grailly, puis créa le Livre noir, les Libertins de Genève, les Marrons d'Inde et Rome.

Sur ce, la Porte-Saint-Martin ferma, Vannoy avait ei du succès, il fut immédiatement engagé à l'Ambigu, où il fut remarqué dans Y Entant de Paris et Pied de Fer.

Marc-Fournier, qui avait su apprécier Vannoy lors de la création des Libertins de Genève, prenait la direction de la Porte- Saint-Martin ; il engagea immédiatement notre artiste, qui créa successivement des rôles importants dans la Poissarde, Richardin, la Farilondaine, le Vieux Caporal, la Chine à Paris, la Bête du Bon Dieu, le Fils de la Nuit, les Funérailles, de l'Honneur, les Etrangleurs de l'Inde, et enfin, Cocardasse du Bossu, qui fut un triomphe pour lui-

En 1868 Vannoy passa à la Gaîté, il n'eut qu'une création importante dans le Moulin- Rouge.

Après la guerre et la Commune, Vannoy fut réengagé à la Gaîté où il reprit le Fils de la Xuit, le Bossu, les Chevaliers du Brouillard.

En 1873 il fut engagé à l'Ambigu, où il créa les Postillons de Fougerolles, Taba-

rin. le Secret de Hochebrune, la Falaise de Penmavk et Y Amant de la Lune.

En 1874, il a fait, dans le Tour du Monde, sa rentrée à la Porte-Saint-Martin, qu'il ne quittera plus, nous l'espérons.

Page 1