DÉCORS & MISE EN SCÈNE
En 1763, on fit paraître sur le théâtre de l'Académie royale un magnifique décor représentant l'église Sainte-Sophie de Constantinople. Ce décor, fait pour le théâtre de la cour, à Fontainebleau, fut donné par le roi. Il était incrusté de cristaux et de pierres précieuses.
A la septième reprise de Thésée, de Lulli, l'Opéra fit les frais d'une mise en scène extraordinaire. «Minerve descend de l'empyrée dans un nuage qui couvre tout le théâtre ;, cette vapeur disparaît lentement et laisse voir un palais magnifique à la place de celui que Médée vient d'embraser, changement qni ne pouvait être fait à vue sans cet artifice. »
Le peintre Boquet était l'auteur de cet adroit expédient, qui depuis a servi dans toutes les pièces à spectacle. C'est ce même Bocjuet qui fut nommé peintre de l'Académie royale... pour les nuages. Il paraît qu'il les exécutait fort bien et que l'Académie en faisait une grande consommation.
En 1765, dans Castor et PoUux, on voit pour la première fois des démons armés
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de torches de lycopode avec réservoir d'esprit de vin, qui, lorsqu'ils les secouent, les enveloppent de flammes d'un grand effet.
En 1766, dans Aline, reine de Golconde, les frais de mise en scène montent à 33,000 livres, somme énorme à cette époque; c'est la première fois qu'une dépense aussi considérable est faite pour un ouvrage nouveau.
En 1768, le roi de Danemark vint à Paris et voulut assister à la représentation du Devin de Village, pastorale de Jean- Jacques Rousseau. On fit paraître les bergers Colin et Colette dans un palais orné de pierres précieuses, fait pour Phaélon.
Bellérophon, joué le 20 novembre 1773, à Versailles, coûta 350.000 livres pour ses décors, ses costumes et ses machines; nous voilà bien loin des 33,000 livres qu'avait coûtées yl/iiie sept ans auparavant.
La mise en scène fait en ce temps des progrès rapides.
Dans La Tour enchantée (1775), on voit des chars attelés de quatre chevaux. Près de huit cents costumes avaient été faits expressément pour cette pièce, représentée aux Tuileries. C'était la première fois qu'on mettait plusieurs attelages à quatre chevaux en scène. Près d'un siècle auparavant, un cheval vivant, qui figurait Pégase, s'envolait au ciel au moyen de deux
^'randes ailes qui s'ag-itaient si bien, que l'effet en était magnifique et que tout le monde le voulait voir.
En illb, dans Ernelinde, grand luxe de mise en scène, décors dessinés par Boquet et peints par Sparni, Bandou et Tardif.
Les œuvres de nos vieux poètes tragiques, Corneille et Racine, que l'on avait vues si mesquinement décorées de leur temps, sont représentées avec tout le luxe nouveau.
En m6, au troisième acte à'Alceste, de Gluck, une décorationreprésentant l'entrée des Enfers, est fort admirée : elle était peinte par Machy.
En 1179, on met sur le théâtre des épisodes de la guerre d'Amérique {Miza, ballet guerrier). On y voit succomber les Anglais à chaque tableau.
C'est un prologue des grandes pièces militaires que le théâtre montera plustard; 43,000 livres sont dépensées en décors et costumes.
Le seul grand souvenir de mise en scène de l'année 1793 fut la Marseillaise^ mise en action sous le titre de VHymne à la Liberté. La scène était couverte de soldats, de femmes, d'enfants et de cavaliers, rangés à gauche et à droite du théâtre; au dernier couplet chanté lentement à demi-voix, acteurs, spectateurs,
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chevaux mémo, tous s'agenouillaient, tandis que les cavaliers saluaient avec leurs armes et leurs étendards ; à la fin du couplet, le canon retentissait et les clairons sonnaient; le théâtre était envahi par la foule armée qui entonnait à pleine voix le refrain : Aux armes !
Une ou deux de ces représentations eurent lieu sur le boulevard Saint-Martin, en plein jour, devant le théâtre. Un autre jour, les acteurs, les machinistes furent convoqués à Notre-Dame pour célébrer la fête de la Raison. Un théàlre avait été élevé dans la basilique et la représentation eut lieu par un froid de douze degrés audessous de zéro.
Les pauvres artistes étaient transis, ce qui ne les empêcha pas de recommencer le lendemain par ordre.
En août 1796, on reprit Alceste, de Gluck, avec un grand luxe de mise en scène ; un seul décor, peint par Degotti, avait coûté cent mille francs.
On n'a rien à signaler pendant les dernières années du dix-huitième siècle et les trois premières du dix-neuvième.
En 1804, on remarque Ossian, mise en scène assez soignée.
En 1807, la Vestale, de Jouy et Spontini.
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