‹ Foyers et coulisses (volume 4)Chapitre 16 sur 32 · DÉRANGER · texte numérisé non relu

DÉRANGER

Ancien premier prix du Conservatoire, élève de Samson. — Acteur modeste, ne parle jamais de lui et partage avec Hyacinthe du Pala'is-Royal l'honneur d'avoir un nez devenu populaire (nous reconnais-

sons cependant que le nez de Grenier danserait la cachutcha dans les narines de

Hyacinthe). Grenier, après avoir débuté à rOdéon, entra aux Variétés et y débuta du coup avec succès dans .]/. Jules. — Use révéla dans Boireau de l'Homme n'est pas parfait, il fut un Calchas inimitable en char géant les poses antiques dans la Belle Hélène. La Grande Duchesse \m fut moins favorable; on se rappelle qu'il s'y cassa la jambe en gambadant à la tin du second acte qui finissait par une partie de sautemouton entreprise par tous les artistes, Schneider en tète.

Mais le rôle immortel de Grenier, son triomphe, la création enfin qui, selon lui, doit le porter à la postérité, c'est... RaLagas ! ce célèbre personnage que Sardou a composé à son intention et qu'il lui a fait jouer deux cents fois de suite au Vaudeville, au grand plaisir des uns et à la grande cofêre des autres. (Tout ça c'est des affaires de politique, comme dirait Dupuis !)

Uabagas ayant vécu, Grenier fit sa rentrée aux Variétés, et joua successivement dans le Tour du Cadran, les Braconniers, dans la reprise de la Vie parisienne, et enfin dans le rôle de Saint-Amour (bien insignifiant!) dans les Merveilleuses de M. Sardou.

Grenier ne croit pas qu'un grand nez

détruise rharmonie du visage. « Quand je joue, dit-il, il y a toujours trois ou quatre jolies femmes venues tout exprès pour m'applaudir. » — Ce n'est pas tout, dès que Grenier a fini il s'habille à la hâte et court s'installer au café pour recueillir les éloges qu'on ne peut manquer de faire sur son compte.

Grenier est joueur comme les cartes et a, entre autres ambitions, celle de ressusciter aux Variétés le célèbre banquet des Petits Agneaux.

C'est encore lui que ses camarades ont surnommé le boulanger du théâtre. Savezvous pourquoi? Parce que Grenier ne cesse de répéter que c'est lui qui nourrit ses camarades, car sans son nom sur l'affiche, pas de recette aux Variétés. Avouez qu'on n'est pas plus modeste?

C'est Grenier qui a gagné l'année dernière le gros lot à la loterie, au bénéfice des orphelins de la guerre. Vous ne devineriez jamais quel était ce lot? Une superbe calèche, que Grenier revendit immédiatement 3,000 francs, après avoir versé 5i;0 francs entre les mains de M'"*^ la princesse Troubetskoï pour les orphelins de la guerre. — C'est d'un bon cœur, et l'on conçoit que Grenier soit un excellent fils, mais à sa place j'aurais gardé la calèche de la loterie... même sans cheval... j'y aurais attelé mes camarades. J'oubliais

(le vous dire que Grenier rendrait des l)oinls au dieu Pan pour les concertos de llùte qu'il exécute pendant les entr'uctes dans sa loge.

Dernicres nouvelles. — Ce comique bien né ne se contentant pas de gagner 1800 francs par mois et des feux aux Variétés, serait sur le point de signer un engagement avec Saint-Pétersbourg.

0 Grenier! lo public esclave Mèlc son ])ruyaut rire au lien; Quelle gaîlé sonore et brave.

Du cœur-volcan, brûlante lave, Ton accent canaille contient!

Saint-Victor fa trouvé suave:

Tu plus à Janin, le Burgravc.

Dur Jouviu l'oserais-tu bien,

Ogre, nier?

Ainsi, lorsque novembre encavc Le vin rouge et mùlc soutien, Les aïeux, quittant leur air grave.

Sont folâtres dans leur maintien:

La maison sourit de la cave

Au grenier.

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