‹ Foyers et coulisses (volume 4)Chapitre 9 sur 32 · POTIER · texte numérisé non relu

POTIER

Lui, était la perfection même dans les petits ouvrages qu'il était chargé de faire valoir, car les pièces d'alors dépassaient rarement un acte, et les auteurs avaient grand besoin de la verve et de l'animation des acteurs pour en déterminer la réussite ; mais ces secours ne nous manquaient jamais, dit Rochefort père, dans ses Mémoires, car la troupe des Variétés

était complète dans tous les genres. — Lorsque Potier quitta Bordeaux pour venir à Paris, ses débuts furent extrêmement obscurs; d'un physique frêle, avec une voix presque éteinte, Brunet ne comprenait pas son originalité, et, après plusieurs répétitions d'un vieux vaudeville dans lequel il devait paraître, le directeur lui demandant s'il ne parlerait pas plus haut que cela :

« — Rassurez-vous, lui dit Potier, on m'entendra. »

Cette réponse parut si peu rassurante à Brunet qu'il alla dire à ses associés qu'ils étaient volés et que leur nouvel engagé ne vaudrait jamais rien.

Mais, ô surprise imprévue, dans un rôle plus que secondaire, celui d'un employé au télégraphe, Potier qui n'avait que trois scènes pour s'expliquer, produit un tel effet par la façon originale et nouvelle dont il est représenté, que tous les autres acteurs paraissent éteints à côté de lui. Le public applaudit, rit avec enthousiasme, le succès est enlevé. Potier redemandé; Brunet et Tiercelin, qui comptaient sur une ovation, restent honteusement dans l'ombre.

A dater de ce jour, par des créations successives, Potier devint le premier comédien du théâtre des Variétés et peutêtre de Paris.

Talma disait que le nom de Potier sur raffichc représentait une recette de 1,000 ccus. Il était peu communicatif ; toutes ses pensées se bornaient à réfléchir à son Oift, pour lequel il avait un amour égal à celui que le public avait pour lui.

Par suite d'exigences relatives à ses intérêts, il quitta les Variétés pour aller à la Porte-Saint-Martin. Il y créa les Petites Danaïdcs, un succès immense. — Plus tard, il parut au théâtre des Nouveautés (devenu le Vaudeville) et finit par se retirer tout à fait avec une fortune qui lui permit de devenir propriétaire.

Nous aurons l'occasion de parler de son fils, Charles Potier, qui, sans hériter de tout son talent, en révéla une grande partie, tant comme acteur que comme auteur, pendant sa longue carrière aux Variétés.

Vernet et Odry étaient ignorés, quand Brunet et Potier disparurent de la scène.

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