EDOUARD GEORGES
Est le type du comédien-voyageur. On ne sait pas où il n'a pas été. L'oreille toujours tendue et l'œil toujours ouvert, il surveille ses camarades pour qu'ils ne manquent pas leurs entrées; or, il n'est pas aux Bouffes un artiste qui les manque plus souvent qu'Edouard Georges, qui paraît être l'homme le plus heureux de France, car il fredonne constamment sur je ne sais quel air: Ah! que la vie est belle! Edouard Georges a débuté au théâtre Montmartre, dsin*3 Char les VII chez ses grands vassaux; c'est lui qui jouait Charles VIT avec un maillot hleu ciel !
Il faut croire que la royauté ne convenait pas à sa nature, car le public reconduisit Charles VII de telle façon, que celui-ci abandonna immédiatement Montmartre, jurant, mais un peu tard, qu'on ne le reprendrait pas de si tôt à jouer le drame. Edouard Georges a fait de nombreuses créations aux Bouffes. Presque toutes celles de Désiré ont été les siennes.
Edouard Georges fut, pendant les qua-
torze années qu'il passa en Belgique avec Désiré, le héros de pas mal d'aventures théâtrales bonnes à raconter. Citons-en une au hasard : le spectacle se composait ce soir-là d'une parodie de la Norina, jouée par Désiré, et d'un vaudeville de Paul de Kock : Œil et nez, dans lequel Edouard Georges faisait un troupier. Ce vaudeville venait après la parodie de la Xorma qui se passait dans un décor éclairé par la lune. Est-ce qu'Edouard Georges, qui avait trop bien dîné, n'eut pas l'idée de monter au cintre et de se faire descendre à cheval sur la blonde Phœbée?... mais celui qui devait jouer plus tard Seringuinos , dans les Pilules du diable, avait compté sans la durée de la parodie de la A'orma. Pendant plus de trois quarts d'heure, le public vit un troupier à cheval sur l'astre des nuits ! Le lendemain, le tableau de service portait que M. Edouard Georges était à l'amende de -25 francs pour être monté sur la lune !
DESMONTS
l'n des plus anciens de la maisen
BOUFB'ES-PARISIEiNS /O
(n'allez pas croire pour cela que c'est un vieillard), Desmont est un des rares qui ont assisté aux transformations multiples de la scène du passage Choiseul.
Quand on parle des Bouffes à Desmont il est fier comme un père auquel on demande des nouvelles de son fils. Desmont a fait ses premières études théâtrales sous M. Comte père. Il a créé de nombreux rôles dans les premières pièces représentées sur ce théâtre. Elève du Conservatoire en 1840, Desmont ne tarda pas à quitter les bancs de l'école de déclamation pour courir la province. Après avoir brûlé les planches à Toulouse, à Montpellier et à Caen, l'ambition de diriger le prit, et il devint directeur du théâtre royal de Liège. Mais on se lasse de tout, même de la direction, Desmont reprit la route de Paris, en passant par Lille, où il rencontra M^i^ Saint -Albin, dont il fit M^« Desmont. A peine débarqué à Paris, Desmont fut engagé au théâtre de ses premiers exploits. Ce qu'il dépensa de bonne volonté, de zèle et de patience, est inimaginable. On avait omis d'indiquer sur son engagement qu'on l'avait pris comme acteur à tout faire. En effet, en plus de ses créations il eut à doubler tour à tour un peu tout le monde en commençant par ce pauvre Désiré. Il est allé jusqu'à remplacer les femmes dans leurs rôles... jouant ainsi
tous les sexes... hommes... femmes et... auvergnats... ce Desmont qui a véritablement le diable au corps, est aimé du Paradis, car c'est le type du régisseur parlant au public, pas un n'a son chic pour faire les annonces. Desmont, qui n'a pas dédaigné de faire l'année dernière les beaux soirs de Bata-clan, rentre pour la troisième fois à ses Bouffes chéris, et nous ne pouvons qu'approuver M. Comte de lui avoir confié de nouveau des fonctions auxquelles son intelligence et son activité semblent l'avoir prédestiné en naissant.