‹ Foyers et coulisses; panorama des théâtres de ParisChapitre 3 sur 16 · COMEDIE-FRANÇAISE · texte numérisé non relu

COMEDIE-FRANÇAISE

Le salon est vaste, parfaitement parqueté, orné de tableaux et de marbres rappelant nos illustrations artistiques. Ici, une figure de Talma ; là, une figure de Talma, plus loin le buste de Talma. Ce n'est pas trop, ce n'est pas assez; il faut multiplier les grands modèles.

Sur d'autres socles, les images bien-aimées de Molière, Larive, Louis XIV, Préville, Duchesnois, Saint-Prix, Clairon, Joly, Monvel, Dangeville.

Là encore une véritable galerie d'artistes chers à la Comédie-Française : Brizard, Grandmesnil, Dumas, Fleury, Duclos, Raucourt, Le Kain, Mole, Baptiste aîné, Baptiste cadet, Bourgoin, Desmarres, Thénard, mère pleine de vie encore et coiffée, je ne sais pourquoi, en plumes blanches imitant parfaitement des limandes en goguette.

Sur la cheminée à droite, les statuettes élégantes de nos amoureuses et de nos soubrettes. L'œil se ranime à ces charmantes images; le cœur se dilate au souvenir des gloires mortes de la première scène du monde.

Aujourd'hui le corps d'armée est au grand complet, et, parmi les généraux mâles et femelles, quelques-uns laisseront un nom impérissable.

RACfflEïi. Vous la connaissez, je la connais, la France

la connaît, l'Europe la sait par cœur; on bat des mains ici, là, partout : c'est à briser le timpan.

Rachel, quand du Seigneur la grâce protectrice,

Te créa, d'un seul mot, reine de la coulisse

Et releva par toi le culte des beaux-arts,

C'est qu'il voulut encore évoquer les voix mortes

D'Athènes, de Stamboul, de Thèbes aux cent portes,

Et nous montrer debout la cité des Césars.

SAM^O^. De ses défauts il s'est fait des qualités, et à force d'études il est devenu ce qu'il est, c'est-à-dire Samson, c'est-à-dire encore un esprit fin et délicat, un observateur profond, un admirable diseur.

Samson écrit de charmantes comédies en prose et en vers, Samson est une des plus fermes colonnes de ce théâtre qui a subi tant de révolutions, et qui, sous la haute intelligence de M. Arsène Houssaye, se consolide chaque jour... bloc de granit.

M&O^O&T. II est fort aux échecs, aux dominos ; il est fort aux dames, il l'est bien plus sur la scène ; mais là nous ne le craignons pas, nous l'aimons, et nous disons : Bravo ! avec le parterre et avec les loges.

Cherchez, cherchez encor, fouillez dans maint dossier, De nos bureaux poudreux feuilletez les regisires, Vous ne trouverez pas parmi nos grands ministres Un plus solide financier.

GEFFROY. Peintre sur la toile, peintre sur la scène. la comédie lui va bien, la tragédie lui va mieux; je lui devais un quatrain, je le lui donne tel quel, tant pis pour moi si l'on me siffle.

J'ai froid, non pas alors qu'il occupe la scène, J'ai froid, non pas alors qu'il est valet ou roi : Ch£z,Thalie en grelots oa bien chez Melpomène, Nul de nous ne peut dire en l'écoutant : Geffroy.

Que voulez-vous? la maladie est devenue chronique, on ne m'a pas corrigé dès mon bas âge.]

Muc AUGUSTINES BlfcOMAM. Organe pénétrant sans être criard, regard téméraire sans être provocateur, sourire

plein de charme, démarche aisée, peu de gestes et sans prétentions, telle est Augustine Brohan, tel était le modèle où elle a puisé ses premières leçons, telle était Susanne Brohan, la mère d'Augustine et de Madeleine... Bon sang ne peut men- £ir, talent oblige.

À l'une la coquetterie, Le sourire et l'espièglerie;

A l'autre les soupirs, les baisers et les pleurs : C'est partager en bonnes sœurs.

Mlle MADELEINE BROJBÎAX.

Un cheveu, rien de plus, oui, telle est la conquête Que je voudrais ravir à ce front adoré. Qu'est-ce donc qu'un cheveu sur cette noble tête? Cent fois moins qu'un épi dans un beau champ doré.

Si vous l'avez vue, si vous l'avez entendue, vous êtes doublement heureux. On m'assure qu'on devinerait presque le talent de Madeleine en étudiant sa silhouette, tant il y a d'harmonie dans toute sa personne. Toutes les femmes la trouvent belle, très-belle Concluez.

BEAUVALET. C'est une organisation privilégiée, c'est un acteur taillé tout d'une pièce, qui a son idée à lui, ses façons à lui, ses allures à lui... J'aime ces natures vivant dans l'indépendance et la liberté.

Beauvalet a été très-beau dans les rôles de ses pièces et dans ceux qui lui ont été confiés par les maîtres de la scène ; Il fut admirable dans Caligula.

Le talent do Dumas ne connaît pas d'entrave. Tout crétin, tout héros est sur son chevalet : Un jour, pour nous montrer un misérable esclave, Il fît poser un beau valet.

Ne vous ai-je pas dit que le calembour était en moi comme îe parfum à la rose, comme le marais à la grenouille, comme îa grâce à Madeleine?... Choisissez!

RÉ&STSER. Ah! par exemple! en voici un que je vous

défie bien de ne pas aimer dans son ilegme sous la livrée ou

'habit du bourgeois. Régnier ne court point après les effets,

ils viennent à lui; il n'a rien de Samson, il n'a rien de Monrose, dont la comédie est un deuil; il est lui, il ne veut être que lui : il perdrait à changer.

Insolent et bavard, hypocrite et railleur. Le public dès longtemps apprit à le connaître ; On peut nous défier d'en trouver un meilleur : Un tel valet est passé maître.

BRI^DEAV. Vous connaissez cette charpente de beau garçon qui du Vaudeville est allé aux Variétés , et des Variétés ici. Scribe, notre maître à tous, le lorgnait, et un beau jour il fit si bien qu'il le casa rue Richelieu, où ses progrès ont été rapides.

Il est beau, très-bien fait, il est rempli de grâce, Et dès son premier pas il a conquis sa place.

Puis pour le Verre d'eau Convenez avec moi qu'il fallait un brin d'eau.

Et de six... Envoyez vite chercher un docteur, le mal empire, j'agonise.

MAIIiliART. Il joue la comédie comme on le fait quand on ne puise que dans ses inspirations. J'ignore s'il est sorti du Conservatoire; mais ce que je sais, c'est qu'il n'en a point la note régulière et cadencée, c'est qu'il n'emprunte rien à la tradition.

Entre vous et moi, Maillart, n'est-ce pas que vous aimez mieux les Variétés que la variété? Ceci est une malice connue seulement de vous et de moi.

MEROUX. C'est un beau garçon, un bon diseur, un studieux comédien, qu'on n'aurait garde de laisser autre part qu'ici.

IMEIiAUïVAY. Tout le monde en dit du bien. Donner un démenti à tout le monde serait faire preuve de mauvais goût; je suis de l'avis de ceux-ci et de ceux-là.

SOT. Hu! Got! ohl le vilain nom... je me trompe, c'est un nom immense, qu'on ne prononce que le front courbé... Et de sept: on prépare ma bière.

MAUBAHTT. Je ne sache pas qu'un auteur soit forcé de lui dicter l'esprit de ses rôles, ce serait courir grand risque de perdre au change; quand la source est pure, il ne faut pas la troubler.

MOXEOSE. Le Théâtre-Français se voila de deuil à la mort du père. Le fils a quelques-unes des précieuses qualités de celui que nous pleurons encore.

N'est-ce pas qu'il est lourd, un nom comme le tien? N'est-ce pas qu'il est lourd, un nom comme le mien?

Bah ! bah ! n'importe,

Fier qui le porte.

Talent oblige, je me répète; Monrose fils n'a pas volé son titre de sociétaire de la Comédie-Française.

ANSlHbira. — CtUICHAR». — ANDOUX. Les

trois n'en font qu'un; vous savez qu'il en est ainsi là-haut. Ce n'est pas chose fort aisée que de bien porter une lettre, que de bien faire une annonce... Mademoiselle Mars m'a dit souvent cette grande vérité.

î8AÏ»MAMi.

En tous lieux à grands pas la troupe se promène,

Cousins, frères et sœurs, Des Etats de Thalle ou bien de Melpomènc,

Ce sont les ravisseurs.

Oui, sans doute, il y a là du talent ; mais l'astre éclipse le satellite. Trouverons-nous encore quelque membre de la famille dans nos courses à travers les théâtres? Espérons-le, loin de le craindre.

Mlle TOEWAIW. J'ai vu ses premiers débuts, j'ai entendu ses derniers succès, j'ai battu des mains ici et là.

Mlle 2fcEBEC€A. Sœur de Rachel, que me veux-tu? On cueille une fleur, deux, trois, quatre, cinq, six : on s'arrête là. Vous ne me ferez jamais croire que Louis le Gros soit Louis le Grand. Ma pensée n'est peut-être pas bien claire : je n'ai pas le temps de la faire rayonner.

III!e NTATHAME.

Juif est son nom, et juive sa figure, Juif son reg;ml, juive aussi sa tournure, Juifs ses cheveux, ses dents et son sourire ; Mais sun talent est de tous les pays.

Mîle II ÂRQUËf. Soyez la bienvenue, charmante vignette à l'organe si suave et si doux; vous avez fait votre nid dans ce théâtre privilégié, restez-y pour ceux qui aiment la bonne comédie et les bonnes manières.

Un jour on accompagnait à sa dernière demeure une pauvre ouvreuse des Variétés; mademoiselle Marquet suivait tristement le corbillard; et là-bas, là-bas, lorsque les prières furent dites, on allait jeter le cadavre dans la fosse commune! Blademoiselle Marquet s'élance et dit d'une voix entrecoupée de sanglots : « Voici de l'or, prenez, achetez une croix sainte, et qu'elle abrite seule la pauvre femme, auprès de laquelle ses amis pourront venir prier et pleurer... »

Ceci, c'est du drame intime, mademoiselle Marquet y a un beau rôle.

Mlle BOTWAIi. La Comédie-Française, déjà fort riche, a pensé qu'une pierre précieuse de plus à son écrin n'était point à dédaigner; et voilà pourquoi nous trouvons ici mademoiselle Bonval.

Mile «JUMorffi.

Couvre ton front de fleurs, enivre-toi de fêtes;

De ton œil aux cils noirs, sans haine et sans courroux,

Abreuve de bonheur qui t'implore à genoux.

Mais, de grâce, Judith, ne tranche point de têtes.

Il y a de la passion chez cette belle personne... Je ne parle pas de la femme : l'actrice seule est de mon domaine.

Mlle KIMBLOT. Tudieu, quelle belle femme I Tudieu, quelle noble tragédienne ! Beauvalet a passé par là... Point de mauvaises pensées, je vous prie.

MUe FIX. Ce nom -là a l'air d'un commandement, avec ce mot-là on rend immobile une compagnie ; mais les mains

n'exécutent pas Tordre, et on applaudit au frais talent de l'artiste, que le hasard a eu tort de reléguer au bas de ces pages... Ne m'en punissez pas, mademoiselle.

MHe ®AVAE£Y. L'urne a été infiniment injuste pour mademoiselle Savary, qui, tout d'abord, s'est fait un nom pailleté; ce n'est pas du clinquant, c'est une valeur réelle, estimée comme le rubis et l'émeraude.

Mme AMiATO . Elle nous vient de Russie, toute chaude, toute palpitante; elle a laissé là-bas les glaces de la Neva et les rafales du pôle... Le czar est un maladroit, je ne sais combien de fois j'ai répété cette grande vérité,

TIIÉI&ie. — liEHUSRUE. — SOUBISE. Encore une trinité qu'il ne m'est pas plus permis de séparer dans ce livre que je ne la sépare dans mon estime... Les accessoires complètent les tableaux.

Ouf! ma course a été longue, j'ai atteint le but tant bien que mal : qui fait ce qu'il peut fait ce qu'il doit.

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