ODEON
C'est un théâtre royal, impérial, national, comme vous voudrez ; c'est un monument régulier, bien ordonné, digne de son but... Hélas! il est bâti sur des catacombes.
Que de gloires ont passé par là ! que d'illustrations s'y sont éteintes ! Ma mémoire se fatigue à les recueillir; aussi j'aime mieux vous parler du présent que du passé, dont le souvenir jetterait le deuil dans mon âme.
Altaroche trône aujourd'hui ; Altaroche, c'est-à-dire l'homme charivari, l'homme-épigramme, l'homme aux coups de lancette, mais qui, répudiant ses jours éteints, se consacre tout entier à la prospérité du temple confié à son intelligence... Que les vents lui soient favorables !
Le foyer des acteurs est élégant et simple à la fois ; il est digne du théâtre ; et les artistes, ainsi que les auteurs qui le visitent, s'y conduisent en gens de bonne maison.
Qui donc vient de me serrer la main ? Un homme que tout le monde aime, que tout le monde estime, parce qu'il a de la probité, parce qu'il a du mérite.
IiEPEITOTRE AME.
Ils étaient trois, chacun enfant de son labeur; Deux sont partis déjà pour la voûte céleste. De ces hommes d'élite un seul encor nous reste : L'aîné par le talent et l'aîné par le cœur.
SARAlî. J'étais bien sûr de trouver encore sur mes pas une Rachel quelconque. Il y a des familles qu'on rencontre partout, et j'avoue que j'ai cherché des Félix jusqu'en Patagonie, où je déclare, du reste, n'en avoir rencontré aucun... Sarah est comédienne des pieds à la tête, et dramatique de la tète aux pieds.
Oh ! si tu n'étais pas la sœur de celte femme
Qui soumet les cœurs à sa loi, Nous remplit de terreur et nous brûle à sa flamme, On parlerait bien plus de toi.
TISSERAIT. Je ne croyais pas te trouver ici à mon retour de San -Francisco; mais tu es de ceux qu'on revoit toujours et partout avec plaisir, alors qu'on aime les cœurs d'élite, les têtes intelligentes, les hommes d'esprit :
En un jour de dépit Montigny s'en sépare; Hélas ! qui d'entre nous ne fit point de faux pas ! En un jour de soleil l'Odéon s'en empare... Voyez, on rit ici quand on pleure là-bas.
PIERRON. Il est comédien ; il manie la plume comme la parole; il a de la verve, de l'entrain, et vous le devinez, vous le savez par cœur en lisant ses feuilletons pleins de sève et d'originalité. Vous seriez coupable, ami, de vous arrêter en s* beau chemin; nous vous attendons à une œuvre de longue haleine, vous êtes de ceux qui soumettent les difficultés.
M11* liAUREHITINE MSONï. Vous rappelez-vous, gracieuse, le jour où vous me fûtes présentée pour la première
fois chez une femme poète, aujourd'hui aveugle comme moi? Vous n'étiez plus petite fille, vous n'étiez pas encore demoiselle; vous dîtes de la prose, des vers, vous rossignolates quelques couplets, comme l'eût fait Déjazet en ses plus beaux moments : j'étais enivré.
Avez-vous de ça? vous demandai-je. — Oui. —Et de ça? — Oui, cela pousse. — Alors, soyez comédienne.
La chose est accomplie, et la soubrette, qui a de ça plus qu'alors, s'est fait un nom qui restera.
De Tesprit à plein bord, une allure mutine, De l'aisance, du goût, de la grâce, du tact, Toute cliose qu'on aime, à l'œil comme au contact... J'ai nommé Laurentine.
TTÉ'ffART. Il a du mordant; il en jette dans ses rôles; il en saupoudre ses saillies; il en prête aux auteurs qui en manquent, et il lui en reste toujours. Rothschild est inépui* sable.
Mme CiRASSAU. Elle avance dans la vie avec toute la verdeur de la jeunesse ; il y a des charpentes que le frottement du temps a bien de la peine à ébrécher, et madame Grassau entre à peine dans l'âge mûr : son talent seul a des chevrons.
CliAREŒCE. Je me rappelle ses débuts à la Porte Saint- Martin ; il venait de la banlieue, et son apparition fut un événement. Organe plein de mélodie, façons d'homme distingué, diseur émérite, telles sont les précieuses qualités de l'acteur à qui nous serrons fraternellement la main.
BOUCHET. C'est un premier rôle dans toute l'acception du mot, c'est une ' réputation faite et méritée, c'est une des plus solides colonnes du temple dont Altaroche est le grand prêtre.
ROGER. On l'appelle financier. J'ignore si son coffre est plein, mais je sais qu'il a de l'entrain à vous en vendre, si vous n'en avez pas, et qu'il dit en homme taillé sur les meilleurs modèles.
BLH5"VIMjîB. Ne raisonnez pas avec ce raisonneur si vous voulez avoir raison : vous succomberiez à la peine... Harville lorgne la Comédie-Française par le côté qui rapproche.
î$OUBEVIIi]Ll3. Il n'est ni de l'école de Samson, ni de celle de Régnier, ni de celle de Monrose : il est de la sienne, et elle en vaut bien d'autres, je vous assure... Les comiques de sa trempe ne pavent point les rues.
rcÉROSJI*. 11 n'a pas trente ans , et le voilà déjà cité parmi les jeunes premiers qui sont plus qu'une espérance. Je vois d'ici la place qu'il doit occuper dans un court avenir ; ma prophétie est un fait accompli.
MAMTEli. Double-t-il Néroud? je ne crois pas; si cela était, ce serait une doublure qui aurait le prix de l'étoffe. Altaroche choisit bien ses soldats.
Mlle ROGSHR-SOIjIIS. Je suis bien certain que cette première amoureuse n'en est pas à son premier amoureux, et qu'elle en a déjà désespéré quelques demi-douzaines : la finesse, l'esprit et les manières accortes obtiennent toujours ce résultat... Tant pis pour qui s'y frotte : prudence est mère de sûreté, tenons-nous à l'écart.
Mlle SWUkWMm-MMMSm* Ce n'est pas l'Anaïs de la Comédie-Française, rien ne vous dit qu'elle ne le sera pas un jour; c'est pétillant comme du Champagne.
Mlle BIIilIAUT. C'est ainsi qu'on nomme la première soubrette du lieu; c'est ainsi qu'on écrit son nom. Courez vite sur ces cinq lettres l, h, a, u, t ; elles seraient un mensonge, car cette danse excentrique ne va point aux allures de la charmante comédienne que nous tenons sous la plume.
Mmes BOUDE VIIjIJE. — MSSTOtaff. Ces deux premiers rôles n'usurpent pas leur emploi : il leur appartient par droit de conquête, et bien téméraire serait celle qui viendrait le leur disputer. Je compte les remercier un jour de ce qu'elles feront pour moi, et d'avance je me dis leur débiteur le plus dévoué.