‹ Foyers et coulisses; panorama des théâtres de ParisChapitre 6 sur 16 · TROISIÈME THÉÂTRE LYRIQUE · texte numérisé non relu

TROISIÈME THÉÂTRE LYRIQUE

Je ne connais pas le foyer : je me suis interdit le temple, pour n'avoir pas à subir les influences du lieu.

Accessible comme un enfant à toute gronderie. impressionnable comme un vieillard à toutes caresses, j'ai mieux aimé aujourd'hui m'abriter sous mon indépendance native, et dire à tous mes premières impressions, quelles qu'elles soient.

La troupe est nombreuse; peut-être, avant que mon examen soit achevé, le directeur, homme habile s'il en fut, aura-t-il enrôlé de nouvelles recrues ; n'oublions rien du présent, rien du passé; l'avenir appartient à Dieu, et pas à nous.

L'urne est là, sous notre main. Le petit enfant, les yeux bandés, y plonge ses doigts et en retire :

BIBES. On dirait que le coquin y a vu; comme chanteur, comme comédien, Ribes devait occuper une des premièreso places dans notre nomenclature ; et si vous avez entendu cett voix de baryton bien timbrée, cette accentuation bien nette' vous direz comme moi : Salut à l'un des meilleurs barytons de la capitale !

ajiie ©uEa, J'aurais pu, trichant le destin et par galanterie, ouvrir la première page de mon cahier à mademoiselle Duez; mais que voulez-vous? je suis fidèle à mon mandat, je me soumets au sort qui dicte des arrêts, et ce ne sont pas toujours les derniers venus qui brillent le moins dans mon livre.

On peut, sans qu'on la flatte, Suivre en tous lieux ses pas; Mais un défaut la gâte...

C'est qu'elle n'en a pas.

Je crains d'aller trop loin.

Mme VABE-BIBRE. Si je connaissais dans les théâtres chantants de Paris une meilleure duègne, je vous le dirais hardiment, malgré ma vieille amitié pour mon ancienne pen-

sionnaire. Madame Vade a de l'ampleur, de l'entrain, de la voix ; elle connaît les planches, la rampe ne l'éblouit point et le public ne lui fait pas peur, parce qu'elle sait à merveille qu'au sein de ce public qui écoute la parole des connaisseurs est entendue et fait foi.

SIlCIIEIi. Michel a débuté dans Mosquita; il devait être accueilli, il devait être fêté, pour peu que le parterre fût équitable, pour peu que les loges fussent endimanchées de femmes de goût.

XCTEU. Je voudrais être l'oncle de ce Neveu, tant il est amusant, vrai, sans façon et d'allures joyeuses. C'est à lui de me prouver, en venant me serrer la main, qu'il se reflète de sa gaieté... J'attends.

Mlle VADÉ. Grande et jeune fille que j'ai pralinée et claquée sur toutes les joues, alors qu'elle marchait à peine dans la vie. Elle a de bonnes manières, elle est bien élevée, et ses caprices, elle les doit peut-être à cette ardeur d'avancement qui la domine. Priez M. Sevestre de me tendre une main amicale, et je vous promets, moi, une création où vous pourrez faire apprécier votre joli timbre et la pureté de vos notes aiguës... Au surplus, mettez des gants, j'ai peur de vos ongles.

SflOfjrAflJ!*. Voici un nom qui impose; la Comédie- Française n'oubliera jamais le père, l'Opéra-National n'oubliera pas le fils, dont les progrés se font sentir chaque jour.

PHIliIPPE. Félicien David, qui chante sur tous les tons, qui rappelle toutes les zones, qui caresse toutes les cordes de l'âme, qui pénètre par tous les pores, qui nous berce à toutes les harmonies, qui m'a fait verser des larmes, à moi, pauvre aveugle, dans le lever du soleil du Désert; David, l'une de nos plus belles gloires, n'avait garde d'oublier Philippe dès qu'il s'est agi de monter la Perle du Brésil. Il fallait une voix suave et sympathique, une remarquable facilité d'exécution... Philippe était là, David s'en est emparé; le public a battu des mains. A chacun sa part.

LEROY. J'aime mieux ce nom-là tout entier que coupé

en deux par l'article... Que voulez-vous? je suis républicain. L'artiste Leroy m'amuse, comme il amuse tout le monde; iî me plaît, et il plaît à tous, parce qu'il est comédien sans charge, sans parade, et d'une excentricité qui rappelle les meilleurs temps de l'Opéra-Comique.

BEIiACT&AMCE. 11 est allé d'une troupe à une autre; je ne sais comment il a gagné ses galons dans son régiment, je sais comment il les a conquis dans l'armée du général Sevestre... A bientôt les épaulettes, si le mérite seul monte en grade.

CJMCWOIV ÎPÈMIE ET F5E^. Je souhaite au fils les précieuses qualités du père. C'était alors un de ces talents d'élite qui se disputaient les grandes villes de province, et que la capitale garda pour elle plus tard. Les années ont agi sur Grignon comme sur nous; mais les comédiens nouveaux ne trouveront nulle part un guide plus sûr, un maître plus bienveillant, des paroles plus paternelles. Vous verrez qu'on dira du fils, dans l'avenir, ce que nous disons aujourd'hui du père : Bon sang ne peut mentir.

!§©!raJI8. Les mots ténor et comique semblent se combattre et s'exclure. Soyer semble donner un démenti à cette vérité de presque tous les théâtres, et je ne sache pas qu'on soit plus plaisant sans charges et meilleur chanteur sans prétentions. Brava, bravo, bravi, à Soyer, qui m'amuse et me charme tout à la fois; bravi, brava, bravo à la direction, qui tire parti de ce précieux talent.

lllle HOtJVîtOY. Elle n'est pas descendue pour venir de TOpéra-Comique au Théâtre-National : elle l'a élevé jusqu'à elle.

Mme GÏJICHARB. Lorsqu'un coup d'air ne l'éloigné pas de la scène, nous applaudissons de nos deux mains à la verve et à l'entrain de cette égrillarde soubrette, qui connaît ses planches comme le gamin son trottoir, comme le titi son Saint-Ernest, comme la coquette son miroir. Mademoiselle Guichard est ma comédienne, à moi.

3îiie pRTIPAS. On répète autour de moi que c'est une charmante personne ; si elle chante comme son homonyme danse, elle montera haut, avec ou sans calembour.

HIÉVAÏi. — IiGROY.— DUM03rTHIER. Au diable les exigences du prote, qui me dit n'avoir plus que trés-peu d'espace à me donner pour achever mon esquisse sur le Théâtre-National ! Ces trois artistes, pourtant, avaient droit à une mention particulière; nos regrets font leur éloge, et, dans les Visitandines, ils ont si bien interprété la prose de Picard et la musique de Devienne, qu'on leur doit la plus belle part du succès.

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