LES FORCES CONTRAIRES EN PRÉSENCE
Considérons les forces antagonistes qui s'appliquent sur chaque fragment et tendent à disloquer le foyer de fracture.
On peut prétendre que deux groupes de force de nature différente agissent sur les extrémités fracturées des os.
— Ce sont d’une part les forces passives représentées par la pesanteur du membre et les mouvements qui lui sont imposés : « La valeur de ces forces est d'autant plus grande que le bras de levier qui les transmet sera plus long. » (CORNIOLEY.)
— Ce sont, d'autre part, les forces actives représentées par les contractions musculaires volontaires ou involontaires qui agissent sur le membre fracturé. Dans chaque type
de fracture des os longs, un ou plusieurs groupes de muscles possèdent une action prépondérante qui orientera les fragments principaux dans une position toujours identique.
L'action des forces agissant avec une puissance et des points d'application différents détermine des déplacements complexes.
On peut dire qu’en général les forces passives s'appliqueront transversalement au grand axe du tibia. Alors que les forces actives tendront à raccourcir ce grand axe.
L'étude que nous venons de faire des divers types de fractures de jambe et des forces qui s'appliquent sur les fragments nous permet la conclusion suivante :
Si dans une fracture transversale, la dislocation est en général plus considérable et la réduction plus difficile à obtenir en raison de l'opposition des forces actives, cette fracture une fois réduite nécessitera une résistance beaucoup moins grande de la synthèse ; alors qu’une fracture oblique dont les surfaces sont opposées et glissent l’une sur l’autre, présentera un déplacement axial souvent moins considérable, ou plus facile à réduire, mais qui exigera une synthèse plus solide pour être correctement maintenue, puisque les forces actives continuent à agir sans que la disposition du trait de fracture s’y oppose.
Dans le premier cas l'os lui-même absorbera une partie des forces qui tendent à disloquer le foyer, tandis que dans le second cas c’est la prothèse seule qui doit s'opposer à l'effort de dislocation.
But de l'Ostéosynthèse
Retentissement du résultat anatomique
sur le résultat fonctionnel
Le résultat d'une fracture dépend de trois éléments d'importance différente : un élément analomique, un élément esthétique, un élément fonclionnel.
La jambe est un segment de membre à deux os, mais dans lequel au point de vue de la statique et de la marche (la pince malléolaire mise à part) un seul os compte : le libia.
C'est donc à consolider le tibia, en conservant les axes normaux de la jambe dans le sens frontal et dans le sens sagittal, que doit viser avant tout le traitement.
Mais c’est aussi, dans la mesure du possible, à rétablir avec cette consolidation, l'intégrité anatomique et physiologique du membre, qui est fonction en même temps : de l'intégrité anatomique du squelette et de l’état des tissus périphériques : muscles et tissu cellulaire en particulier.
Le traitement doit viser à obtenir ce résultat dans un temps minimum et en réduisant au minimum les risques d'accidents pour le blessé.
S'il est facile de réaliser l'accord sur la plupart des points, il en est un qui a prêté et qui prête encore à discussion, c’est celui du rapport entre le résultat anatomique et le résultat fonctionnel. Il est donc indispensable, pour bien poser le problème thérapeutique, de rechercher quel -est le retentissement du résultat anatomique sur le résultat fonctionnel et global.