RETENTISSEMENT DU RÉSULTAT ANATOMIQUE SUR LE RÉSULTAT FONCTIONNEL
Lucas-CHAMPONNIÈRE a dit : « Le résultat fonctionnel seul compte, il est inutile de chercher l'intégrilé anatomique, la reprise des fonctions importe plus que la bonne réduction ; à condition donc de veiller au maintien des axes corrects, d'éviter un raccourcissement dépassant trois ou quatre centimètres et de mettre tout en œuvre pour éviter le retard de consolidation ou la pseudarthrose, le résultat peut être aussi satisfaisant que si l'on rétablit l'intégrité anatomique du squelette.
Est-il bien utile, dans de telles conditions, de rechercher, au prix de méthodes toujours difficiles, cette restauration anatomique, qui paraît ainsi passer au second plan ?
Barpy allait plus loin, pour lui non seulement il était inutile de chercher la réduction exacte, mais ce pouvait être nuisible, les fractures transversales avec surfaces peu étendues lui paraissant guérir moins bien si on faisait cette reposition exacte que s’il y avait un certain déplacement.
Les faits existent où malgré une réduction révélée imparfaite en fin de traitement par un cliché radiographique, il n'y a aucune impotence fonctionnelle.
Depace-ScawarTz ont insisté sur ce point, mais ces cas constituent une rareté et d’après Lars : « la guérison morphologique et la guérison fonctionnelle sont absolument synonymes » et encore : « Toute méthode qui n'assure pas la coaptation précise et permanente des fragments osseux ne donnera jamais qu’un insuccès. »
Corniozey [Etude composée de 432 cas de fractures diaphysaires de jambe] (Schweizerz. Med. Woch 1927.) donne les chiffres suivants :
nË PA)
Résultats anatomiques N. de cas Résult. fonctionn. bon Pourcentage
Bon 190 183 GES Médiocre 125 47 SOUL Mauvais 28 0 UE
Asusurar et Crossan en 1928 [Etude portant sur 56 cas de fractures de jambe] trouvent les résultats suivants :
Résuitat anatomique N. de cas Résuit. fonctionn. bon Pourcentage Bon 43 39 90,6 % Médiocre 12 4 2000 Mauvais 1 ( ose
LunpGREN, 1936, faisant entrer dans ses statistiques la notion [.P.P. et considérant que l'évaluation de cette I.P.P. est inverse du résultat fonctionnel, donne les trois chiffres suivants :
Résultat anatomique N. de cas Nombre de I. P.P. Degré d'I. P. P. Bon 176 7 (4%) 13,1 % Médiocre 113 3e (8 7) TS Mauvais si) 10 (76,9 %) IST
Ainsi l'étude des statistiques les plus récentes nous permet de clore cette discussion sur le retentissement du résultat anatomique sur le résultat fonctionnel par la conclusion suivante :
« À tout résultat anatomique intégral correspond un résultat fonctionnel intégral. » (CREYSSEL..)
Donc la réalisation de conditions meilleures pour une consolidation correcte et rapide, la recherche de la réduclion analomique en vue d'une restauration fonctionnelle intégrale : tel sera le but de l'ostéosynthèse.
Ce but étant posé nous allons étudier si l'espoir mis par les auteurs dans cette méthode n’a pas été déçu.
L'ostéosynthèse semble être un procédé de choix, nul ne peut contester que son principe ne soit séduisant.
Quels sont ses avantages ?
Elle permet des réductions souvent anatomiques, à tel point qu'une radiographie ultérieure ne permet de retrouver trace de la fracture que par la présence d’une simple fissure.
On corrige en tous cas :
le chevauchement,
l’angulation,
la rotation dans l’axe des fragments affrontés bout à bout.
Elle assure une bonne contention et par suite une soudure solide des fragments osseux ; la contraction musculaire, la disparition progressive de l’ædème sont les facteurs qui tendent à laisser au plâtre un jeu suffisant pour amener la reproduction de déplacements et l’on sait que si la correction est possible pendant les premières quarante-huit heures elle devient pratiquement impossible passé ce délai.
« Ce déplacement secondaire est d’une gravité d'autant plus grande qu’il est souvent méconnu. » (BLocx.)
La conséquence de cette bonne contention semble être la reprise précoce de la mobilisation des articulations et par suite la possibilité de faire récupérer plus rapidement fe mouvement au membre blessé.
« Argument capital en faveur de l’ostéosynthèse puisqu’elle donne une réduction et une contention plus parfaite que n'importe quel moyen, tout en répondant aux possi-. bilités de massage précoce et de mobilisation non seulement passive mais active presque immédiate. » (RAvEL.)
De plus elle permet de traiter les lésions du voisinage qui ont leur importance dans l’évolution des fractures, 1il est utile d’évacuer les hématomes si fréquents dans les fractures diaphysaires, de vérifier l’état des vaisseaux et des neris.
D'ailleurs dans le cas de fracture ouverte et infectée l'appareillage est impossible si l’on veut obtenir de lui seul la consolidation osseuse. L'infection nécessitant un drainage continuel, des pansements fréquents qui entraînent la mobilisation inévitable des extrémités osseuses lésées, il est difficile d'appliquer un appareil plâtré.
L'’ostéosynthèse supplée donc, par une immobilisation directe des extrémités osseuses, à l'impossibilité d'utiliser les plâtres en gouttières.
En dernier lieu on peut invoquer à l’appui de l’ostéosynthèse les résultats insuffisants obtenus par les méthodes anciennes : Bérarp établit que 16 % seulement des fractures de jambe traitées par les procédés usuels ne sont accompagnées d'aucune incapacité partielle permanente.
C'est également l'opinion de Lane. « Le traitement adopté est simplement désastreux », écrit-il.
Mais pour rentrer dans le domaine de la chirurgie osseuse courante, il faut que l’ostéosynthèse soit une opération bénigne, « aussi simple, aussi réglée, aussi facile qu'une cure radicale de hernie ». Or, de l'avis de chirurgiens compétents, « c’est une chirurgie très spéciale, souvent difficile, et qui engage fortement la responsabilité du chirurgien. » (LAMBOTTE.)
Si on a pu imputer aux conditions d’asepsie point assez rigoureuses, ou à une instrumentation et à une technique imparfaites les déboires qui trop souvent sont l’apanage d'une ostéosynthèse, les causes d'échecs sont également imputables à une série d'accidents qui constituent les dangers de l’ostéosynthèse,
Dangers de l'Ostéosynthèse
Depuis longtemps déjà de nombreux chirurgiens ont attiré l’attention sur les troubles de l'atrophicité osseuse qui peuvent être la conséquence de l'ostéosynthèse des fractures des os longs. De nombreux travaux français ou étrangers : FReDET, CARR, Op, Fir, Danz-ÎvERSEN, ont insisté sur les inconvénients et les dangers de cette méthode.