‹ Fragmens philosophiquesChapitre 4 sur 27 · DESCARTES · texte numérisé non relu

DESCARTES

L^bumnie, në dans une complète ignorance, reçoit de ceux qui l’entourent, ses premières notions de tout genre. Sa nature doit donc le porter à accorder à ses premiers précepteurs une entière confiance, et à accepter sans hésitation les principes qu’ils lui inculquent d’abord.

À la vérité , ses passions le conduisent souvent k agir dans un sens bien opposé à celui que lui indiquerait son intelligence. Mais l’homme, sans être très développé, sait fort bien faire la part de l’action et celle de la pensée : s’il agit contre les règles acceptées par son intelligence, il éprouve des regrets ou des remords; tandis qu’il faut bien autre chose que la simple passion, pour le faire douter de la valeur même de la règle qu’il a dans le principe reçue sans défiance.

Ce n’est qu’après avoir trouvé bien des fois en défaut la doctrine de ses instituteurs, ce n’est qu’après avoir éprouvé bien des mécomptes, ou après avoir rencontré des questions évidemment insolubles d’après les règles reçues, que l’esprit humain est conduit à douter de la valeur même des principes qui ont dirigé les premiers développemens de sa pensée.

Ceci s’applique à la société comme à l’homme individuel. L’esprit humain ayant dans le moyen âge atteint un développement considérable , et retrouvé de grandes vérités sous l’inspiration de la pensée antique, tant sacrée, que profane, il était naturel et inévitable que l’autorité des grands maîtres antérieurs h la barbarie, lui imposât d’abord une profonde vénération , et qu’il ne fût amené que fort tard à mettre en doute cette autorité même.

Mais quand d’immenses questions eurent divisé la société en partis opp(»sés, quand des luttes obstinées, soutenues d’un attirail immense de citations, d’autorités et de textes, aboutirent à laisser ces questions enveloppées de doutes et de nuages, il dut y avoir des penseurs qui sentirent la nécessité de transporter l’examen sur un terrain plus élevé, et de rechercher, au fond de l’intelligence elle-même, les premiers principes des connaissances et des croyances humaines, afin de pouvoir, à l’aide de ces données inattaquables, examiner et juger la valeur des préceptes que la philosophie avait reçus jusqu’alors sur l’autorité de maîtres vénérés.

Cette pensée, dut se présenter à bien des esprits avant Descartes; et nous pouvons ici citer les italiens Thomas Campanella el Ciordano Bruno, auxquels le talent ne

manqua pas, [>uur lui duiiner un riche déveluppeiiieiit. Mais le piiilusuplie français que nous venons de nomtaer, soit qu’il trouvât, le premier, des esprits assez préparés et assez mûrs pour comprendre et goùlor sa doctrine , soit qu’il rencontrât des obstacles moins formidables que ses devanciers , fut le premier écrivain qui produisit dans les âges modernes une grande école de philosophie, basée sur le princi]>e d’établir la philosophie sur l’étude de l’inlelligence elle-même, en faisant abstraction complète de toutes les notions reçues en vertu de l’autorité de nos devanciers.

Voulant trouver à tous les raisonnemens ultérieurs un fondement inébranlable, il prit pour point de départ le fameux raisonnement: Je pense, donc j existe.

Ce profond investigateur de la pensée se plaça par là bien près de la vraie origine des connaissances humaines. En poussant un pas encore sa profonde analyse, il arrivait au point où la science philosophique, enrichie de tant de travaux et d’observations, place réellement la racine de toutes nos pensées. Mais ce pas, la philosophie moderne n’était pas mûre pour le faire au siècle de Descartes; à peine y sommes-nous arrivés de nos jours.

En effet, ce fameux raisonnement se divise en deux parties distinctes, qui répondent chacune à l’un des deux genres primitifs et absolus de certitude, qu’il est si facile de confondre. En disant, je pense, l’homme atteste un fait dont U a conscience. Sur le témoignage irréfragable du sens intime, il affirme un fait, qu’il aperçoit clairement en lui-méme; il possède alors au plus haut degré la certitude physique, ou l’assurance d’une réalité indu-

bitable. Eii disant, donc je suis, l’boniiue exprime l’évidencc, ou la certitude logique, qui résulte de la liaison nécessaire des idées. Dans ce cas, l’àme voit clairement, et sans pouvoir en douter, l’idée de penser contenue et impliquée dans celle plus générale d’existence; elle affirme la liaison qui existe entr’eiles.

Mais le mol donc, employé par Descaries, indique assez par lui-méme, qu’il s’agit ici d’une conséquence dérivée, d’une application d’un principe primitif impliqué par le raisonnement, mais qui lui est logiquement antérieur. En recherchant quel est ce principe primitif, nous trouvons que c’est l’idée de l’ètre, idée que la philosophie moderne reconnaît pour la mère de toutes les autres, et qui, dans ce cas-ci, s’applique avec évidence au fait de la pensée, d’où l’on conclulinvinciblementrexislencederélre pensant.

Parmi les contemporains de Descaries, il s’en trouva qui relevèrent ce point important, et qui observèrent que son raisonnement fondamental supposait avant lui une proposition plus générale, exprimant celte vérité universelle: Ce qui pense, existe. En leur répondant, le philosophe Breton ne comprit pas toute la portée de l’observation: et pour être juste, il faut convenir qu’au point ou en était la science, le génie le plus pénétrant ne pouvait en saisir l’importance. A quoi bon: dira aujourd’hui même, tout homme qui ne s’est pas familiarisé aux spéculations métaphysiques, et qui n’a pas l’expérience des subterfuges dangereux que peut employer le scepticisme; à quoi bon, s’arrêter à examiner la légitimité de cette conséquence, donc j’existe? N’a-t-elle pas le caractère de la plus parfaite évidence aux yeux de tout homme de

bonne foi? Que cela nous siidise; il serait ridicule de chercher à creuser davantage une question oiseuse.

Ainsi raisonna Descartes, impatient d’arriver aux questions vitales qui se rattachent au grand problème de la destinée humaine, et qui forment toujours la préoccupation principale du philosophe. Il fallait encore deux siècles pour que la science aperçut la nécessité de creuser plus avant la question, et de rechercher la vraie cause de l’irrésistible évidence qui s’attache à sa première conclusion.

La même impatience se manifeste d’une manière bien plus remarquable, dans la façon dont il tranche une seconde question, non moins fondamentale, qui se présente aussitôt à lui. Un génie aussi pénétrant que celui de Descartes , ne pouvait manquer d’apercevoir ce grand problème de philosophie qui consiste à établir la légitimité de la connaissance que nous avons du monde extérieur. Depuis que Fichte a développé sur ce point une théorie aussi ingénieuse que formidable, depuis que l’idéalisme transcendental a fait de nombreux adeptes dans la docte .\llemagne, il nous est aisé de voir qu’il y a là une question capitale à résoudre. Mais du tems de Descartes il n'en pouvait être de même. Aujourd’hui l’école Allemande nous a appris à raisonner ainsi : Toute certitude dérive, en dernière analyse, du sens intime, ou du témoignage de la conscience qui nous atteste ce qui se passe en nonsmémos; mais le monde extérieur n’est point en nous; sommes-nous autorisés à en afiirmer l’existence? sommesnous réellement en droit de passer du subjectif, qui nous est donné, à l’objectif que nous en déduisons naturellement?

•Nul homme ne songeait , aux tems de Descartes, à douter

de l’existence de lu uiatière, et une pureille {>ensée devait paraître à-peu-près impossible. On savait, à la vérité, qu’une doctrine semblable s’était produite dans la Grèce antique, et avait séduit la subtile école d’Ëlée; mais Socrate avait eu beau jeu de pareilles subtilités; on ne songeait pas à la possibilité de les voir se reproduire un jour avec plus de force, et avec les formes rigoureuses de la science.

Il arriva donc que Jiescartes, apercevant la dilïiculté du problème, et croyant superflu d’en rechercher une solution rigoureuse, le trancha par une voie détournée.

L’action qui nous vient de l’extérieur, observa-t-il, produit eu nous naturellemeut et nécessairement la croyance à l’existence de la nature sensible et de ses luis. Or Dieu bon et juste, n’a pu vouloir plonger ses créatures dans une mer d’illusions et de déceptions, dont il leur serait impossible de sortir. Donc, ajoute-t-il. la persuasion de l’homme à cet égard est conforme à la vérité.

llàlons-nous de proclamer la justesse et la force de ce raisonnement: mais en reconnaissant la grande vérité qu’il contient, il est facile de voir combien il est ici hors de sa place, et l’inconséquence qu’il y a, à le placer au milieu d’une méthode, dont l’esprit en repousse l’emploi.

Conunent? pouvait-on dire à Descartes: la grande pensée, qui domine vos recherches, celle qui doit assurer votre gloire, consiste à rebâtir l’édiflce des sciences humaines, en prenant, pour point de départ, le doute méthodique; vous voulez que votre disciple fasse abstraction de toutes les croyances qu’il a reçues, pour les lui communiquer de nouveau; et dès le second pas, après ne lui avoir rien prouvé si ce n’est sa propre existence, pour

établir le monde extérieur, vous recourez à l’idée de Dieu. Mais cette idée suprême n’est point encore établie dans votre système. Nous sommes convenus de faire abstraction de toute croyance antérieure, de quel droit me parlezvous donc ici de la Providence? Plus tard vous me prouverez l’existence de Dieu, par l’ordre et la régularité de la nature; mais si la nature même a été prouvée au moyen de la notion de Dieu , vous tombez dans un raisonnement circulaire qui ne peut rien conclure.

Nous trouvons encore dans Descartes une erreur , qui a été celle de bien des hommes de génie, mais qui n’en devait pas moins avoir des conséquences fâcheuses, parce que toute erreur en fait naturellement naître plusieurs à sa suite. Nous voulons parler de son opinion sur les idées innées.

L’homme possède de nombreuses notions qui n’ont pas pu lui venir des sens: c’est là une vérité assez prouvée aujourd’hui. Or ces idées, qui sont surtout celles de justice, de vertu, d’ordre, d’harmonie et autres semblables, sont précisément celles qui, par leur élévation et leur importance, attirent le plus vivement l’attention des philosophes, de ceux du moins qui portent en eux-mèines un cœur droit et sain, comme c’était le cas pour Descartes. L’histoire de la génération de ces idées étant extrêmement diflicile à faire, il a dû arriver fort naturellement, que ces philosophes, lorscju’ils n’étaient point suffisamment avertis par les chûtes de leurs devanciers , aient raisonné ainsi. Telle notion se trouve aujourd’hui dans l’homme; voilà un fait certain. Il ne l’est pas moins qu’elle n’a pas pu pénétrer en lui par les sens, qjii pourtant

sont les seuls moyens de comniuuicalion avec le monde extérieur: donc elle procède de l’intérieur, elle est innée dans l’homme.

De nos jours, la philosophie reconnaît dans la formation de ces idées, l’application d’un principe transcendant. Descartes, pressé de passer outre, adopta sur cette question une hypotlièse que recommandait l’autorité du sublime Platon : il admit l’existence en nous d’idées innées, et prépara jtar là aux adversaires que devait lui susciter le tems, un moyen facile de battre en brèche son système.

L’école de Descartes eut de nombreux et habiles partisans. Qui ne songe, en la nommant, à Malebranche et à f.eibnitz, génies d’une si haute portée, esprits d’intentions si morales? Le premier, mal compris et mal apprécié, peut encore aujourd’hui fournir an penseur bien des sujets de médiUitions profondes. Le second , dans la vaste étendue de ses vues, a conquis l’admiration générale; mais ses brillantes hypothèses des monades et de l’harmonie préétablie, ne peuvent être considérées que comme les rêves brillans d’un esprit supérieur.

L’histoire des doctrines Cartésiennes donne lieu à une observation qui n’est pas sans importance. Quand une école a adopté une solution fautive et incom|)lète des questions qui touchent à la racine de la science, il est presqu’impossible que les disciples , revenant sur l’œuvre des maîtres, perfectionnent leur ouvrage, par un nouvel examendes principes sur lescjuels il repose. Ils trouvent au contraire commode de partir de la solution reçue de ces questions que la penst*e n’aborde qu’avec dilïiculté, et sous l’empire de circonstances particulières. Leur œuvre consiste

surtout à développer logiquement les principes adoptés, et à en déduire toutes les conséquences qu’ils renfermaient en germe. Dans ce travail de développement, les erreurs, comme les vérités, deviennent plus a|>parentes et plus explicites, mais tandis que les vérités se popularisent et entrent chaque jour davantage dans le domaine du sens commun et de l’opinion générale, les erreurs deviennent de plus en plus' saillantes. Alors la (>ensée les remarque et les combat, souvent même avec violence.

Mais les hommes qui se trouvent ainsi choqués des défauts des doctrines dominantes, sont portés à se séparer entièrement de l’école qui les a professées , et à lever un nouveau drapeau. Alors aussi, pour résistera l’ascendant que donne une autorité dès long-tems reconnue et acceptée, ces nouveaux venus sentent le besoin de reprendre les choses de plus haut, d’examiner scrupuleusement lesfondemens des doctrines reçues , et c’est eux qui d’ordinaire reconnaissent une partie des vérités fondamentales, sur lesquelles avait glissé l’attention des premiers fondateurs de l’école précédente.

Nous reconnaîtrons bientôt qu’il en fut ainsi de Locke relativement à Descartes, et de l’école Écossaise relativement à celle de Locke. Mais avant de conclure nos observations sur l’illustre écrivain que l’on a souvent nommé le père de la philosophie moderne, il importe de nous former une juste idée de la grandeur et de l’importance de l’œuvre qu’il a commencée.

Il entrait dans les profonds desseins que la Providence éternelle a conçus pour le gouvernement de l’humanité , de permettre que les siècles modernes vissent toutes h*s an-

cienncs doctrines, tous les principes de morale, toutes les vérités enfin sans aucune exception , remises en question. Dieu avait résolu de permettre , que la pensée humaine vint à douter de lui-mème, qu’elle erigeàt l’athéisme pur en système, et le professât hautement et publiquement. De-là le scepticisme devait arriver à un tour de force plus étonnant encore, c’est-à-dire, à douter de la vérité même. La philosophie devait, de déduction en déduction, arriver à se demander, si l’évidence elle-même n’était pas une illusion de notre nature; si 1a logique avait réellement une valeur positive hors de notre pensée; enfin, pour employer l’expression énergique de M. Jouffroy, s’il y avait bien une vérité vraie, ou si ce que nous prenons pour la vérité, n’était que le résultat de l’organisation passagère et variable de notre propre intelligence. C’était peu que l’existence de la matière eût été niée par Berkeley , et l’existence de l’esprit par Cabanis ; il fallait que l’on en vint réellement à pousser le doute aux dernières limites qu’il soit possible de concevoir, et que le scepticisme transcendental en vint à nier l’existence de la vérité même.

Ces écarts de la pensée ont été permis par la Providence, parce qu’elle voulait faire briller d’un éclat plus certain les grandes vérités, sur lesquelles se base l’ordre moral. Il fallait que les premiers principes de la raison humaine, et la nécessité de la foi pour pénétrer dans le monde moral, fussent clairement établis; il fallait que l’humanité en vint à se rendre un compte exact des motifs qui la portent à croire, crimme de ceux qui la portent à douter, et à savoir ainsi considérer, sans irritation ni colère, les

erreurs dues plus souvent à la faiblesse, qu’à la mauvaise foi de rbomme.

La vérité , qui a pour caractères essentiels d’ètre invariable et une, n’a rien à redouter de l’examen le plus sévère et le plus approfondi. D’un autre côté, la raison humaine augmente ses forces, en les exerçant; et rien n’est plus propre à la développer, que ces grandes questions qui l’intéressent au plus haut degré, et appellent l’emploi de toutes ses ressources. En permettant à la philosophie de passer et d’épurer au creuset du doute, tous les princi[>es des croyances humaines, la Providence avait donc préparé un nouveau et éclatant triomphe à la vérité; et nous croyons pouvoir conjecturer sans témérité , que c’était là un des plus puissans moyens d’amener l’adoption générale des vérités fondamentales, sur lesquelles doit se bâtir l’édifice de la fraternité universelle de tous les hommes. Cette grande fusion de tous les peuples en une seule société sans autres limites que celles du globe , nous est annoncée dans l’avenir, soit par la religion dans ses prophéties, soit par la philosophie dans ses conjectures sur le sort de l’humanité. Cette grande œuvre ne peut s’accomplir dans le domaine des faits matériels, que long-tems après qu’elle aura été menée à bien dans celui des intelligences. Quand les vérités sur lesquelles reposera cet ordre de choses, seront universellement reconnues par les bons esprits, soyons-en certains, la plus grande difficulté sera surmontée; bientôt elles domineront l’ordre des faits [X)litiqucs et extérieurs.

Descartes, en proclamant le doute philosophique comme le vrai point de départ de la science, fut donc un instrument

dont la Providence se servit pour marquer et déterminer le commencement d’un immense mouvement de la pensée,

qui forme une des plus importantes périodes de l’iiistoire

de l’humanité. C’est là ce qui constitue proprement sa grandeur, ce qui lui fournit un titre solide à la gloire.

Remarquons encore ici combien, dans ce grand mouvement de la philosophie moderne , la Providence a su ménager l’intérêt moral des individus travaillans à cette œuvre immense, qui ne pouvait s’accomplir sans amener passagèrement des résultats hautement déplorables.

Une grande partie des vérités, sur lesquelles l’action puissante du doute et du scepticisme allait être appelée à s’exercer, étaient de celles qui forment la vie des âmes, et toute la valeur morale des individus. .\e pas y adhérer, suffît pour constituer un indice d’un cœur corrompu; le doute seul à leur égard est mortel pour la vertu. D’après cette considération, si les pères de la philosophie moderne eussent pu prévoir les écarts qu’elle amènerait à sa suite, ils auraient dû reculer devant leur œuvre; car le calcul , qui consiste à permettre beaucoup de maux et de désastres, dans l’attente d’un plus grand bien permanent et stable, est interdit à l’homme. La Providence seule, disposant de tout avec une autorité absolue, a le droit de régler ainsi la marche des choses; l’homme n’est jamais autorisé à aller vers le bien , en suivant d’abord le sentier du mal.

Mais dans le cas qui nous occupe , les conséquences prochaines de leur doctrine étaient entièrement cachées aux yeux de Descartes, et des autres philosophes de sa trempe, (fiii réunissaient un cœur droit et pur, à de grandes

facultés intcllecluellos. Ces hummes bien intentionnés croyaient à Dieu , à la vertu et au devoir. S’ils se trompaient sur quebjues points, en voulant expliquer l’origine de ces croyances , leur cœur y adhérait fortement en vertu d’une disposition de l’àme entièrement distincte de la raison; disposition qui se nomme la foi, et que la Providence répartit aux hommes d’après des lois tout dilîérenles de celles qu’elle suit dans la distribution des facultés purement intellectuelles.

Ainsi , tandis que la philosophie moderne devait traverser le scepticisme pour arriver à une connaissance plus développée des vérités premières , Descartes et plusieurs de ses disciples se livraient h l’espoir flatteur de fortifier par leurs travaux, l’édifice des croyances morales dont ils sentaient parfaitement toute la nécessité. Tel était en particulier le but de Descartes qui dédiait ses ouvrages à la Sorbonne, espérant qu’ils contribueraient à raffermir la foi religieuse, ébranlée de son tems.

L’avenir prochain ^ qui recélait les déplorables écarts des écoles du doute universel, échappait à ses prévisions, et par conséquent il ne pouvait en être responsable. L’avenir éloigné, dans lequel se préparait l’éclatant triomphe de la vérité et de la raison, était alors profondément caché aux yeux des hommes, qui commencent à peine aujourd’hui, après tant de leçons de l’expérience, à pouvoir juger équitablement les grands résultats de ce puissant mouvement des esprits, que l’on nomme la philosophie moderne.

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