INITIATEURS AUX MYSTERES DE L'EGYPTE
J jfs noms que j'ai donnés aux deux acteurs principaux de la scène figurée dans la planche 3 , scène que je crois avoir expliquée d'une manière assez claire pour qu'on y reconnaisse, dans tous les détails, un tableau de l'initiation égyptienne; ces noms, dis je, sont si fort inattendus, si complètement oubliés depuis plus de dix-huit siècles, que bien des lecteurs les auront considérés comme le produit de mon imagination.
Ils exigent donc une explication particulière; les détails dans lesquels je vais entrer,
seront aussi resserrés qu'il me sera possible de le faire sans nuire à la force des preuves. Ce qu'on va lire n'est, en quelque sorte, que l'analyse d'une dissertation que la nouveauté du sujet et l'importance des faits rendaient susceptible de très-grands développemens.
Horapollon, liv. i.er, hiêrogljphe 36, dit que les Égyptiens nommaient ÀMBR-es ( es est la terminaison grecque) un de leurs livres sacrés , dont la lecture n'était , par conséquent, permise qu'aux seuls initiés (i).
Le scribe-sacré, à la garde duquel ce livre était confié", était désigné par le crible.
La science de ce scribe consistait à pouvoir donner aux nouveaux initiés une explication pure et dépouillée de toute superstition, des choses saintes conservées dans ce livre (2).
Ces choses constituaient ce qu'on nommait la sainte Doctrine , ou la Doctrine sacrée (3).
(1) Eçt Ttapa TOtç tsp07pa[Ji(jt,aTsu<n êiêXoç tspa xc&ou- I^svt) AMBPH^ .
HoRUSÀPOLLO.
(2) 7ca<s7)<r xaOaoeuovta àsiffiàai|xoviac, xat rcepierr/iar. Pure de toute crainte superstitieuse et recherche inutile et minutieuse.
PLUT., Isis et Osirisv
(3) TOV ISpOV Xo^OV. Ibidem.
Cette doctrine, à la juger par celle de Tàmbres qui nous est parvenu, et auquel personne ne daigne plus penser, était, en effet, exposée avec tant de réserve, que si le hasard, ou plutôt l'infidélité d'un initié, avait fait passer le livre dans les mains d'un profane, celui-ci n'aurait pu le comprendre, ou l'ayant compris , il n'aurait pu résister au désir d'être admis à l'initiation.
Pour concevoir ce désir et la vérité de ce que j'avance, il faut se figurer quel étonnement, quelle admiration, quelle révolution devait produire dans toutes les idées d'un homme esclave des erreurs de l'égy planisme, l'exposition d'une doctrine si pure, et l'annonce d'un Dieu unique, infini en force, en puissance, en justice, en houté ; sphère intellectuelle dont le centre est partout et la circonférence nulle part (ce sont les paroles mêmes de l' Ambres); tel enfin que les anciens l'avaient connu et adoré , et tel que nous le connaissons nous-mêmes par la double révélation de Moïse et d'ISO.
On peut juger encore de la beauté de cette doctrine par le discours que dans les mystères de la Grèce le hiérophante adressait à l'initié; ce discours était imité de celui du
( 6) scribe- sacré dans les mystères de l'Egypte. Quoique habitués à la sublimité de la morale évangélique, nous ne pouvons le lire sans une sorte d'admiration.
« Je m'adresse à ceux qui ont le droit » de m' entendre, disait le principal initia- » teur. Fermez exactement les portes à tous » les profanes. () vous! Menés IYïOYSE, fils » du soleil , écoutez mes paroles. Je vais vous » dire des vérités importantes (i). Prenez » garde que vos préjugés et vos affections » précédentes ne vous fassent manquer l'heu- » reuse vie que vous désirez. Tournez vos » pensées vers la nature divine, et ne la per- » dez pas de vue pour régler votre cœur et » vos sentimens. Si vous voulez prendre la » route sûre, songez toujours que vous mar- » chez devant Tunique Maître de l'univers. » Il est le seul Etre qui soit par lui-même.
(i) On sera peut-être surpris de voir figurer ici le nom Je MOYSE. Voici le texte :
....eu d axouz ©as<?<popoo sx-yovs Mv)vrjr MOY^AI.
De Moïse on a fait Musée ; mais le Musée de l'initiation grecque n'était autre que le Moïse de l'initiation égyptienne. ( Voyez Introduction, pag. 28 ).
(7) » Tous les autres lui doivent ce qu'ils sont.
» Il pénètre tout. Nul mortel ne le voit, et
» aucun ne peut échapper à ses regards ».
( L'ensemble de nos recherches et un second fragment prouveront qu'en effet l'initié portait le nom de Moïse ).
La doctrine sacrée de l'Ambres était celle qui avait été transmise par le premier HeR- M-ès , appelé aussi MoNes, MeNès ou MoNIs ; W c'est-à-dire, le régulateur , l'ordonnateur , l'auteur de l'harmonie (HaRM-MoNI-As), de ttjç a^ovta;. la musique , ou science du MoïSE dont elle porte le nom, car la musique était alors la sainte doctrine; et c'est ce que Philon entend , lorsqu'il dit que Moïse avait appris toute la musique des Egyptiens.
Le scribe-sacré était donc le gardien de cette doctrine ; et ce qui contribue à prouver qu elle n'était révélée que dans l'initiation, c'est que l'initiation portait le nom même d'Hermès ( ERM ). p^
Ce scribe était l'Hermès vivant, YHerme- o È^vsuc. neus j l'interprète Hermès, et en effet il en portait le symbole, c'est-à-dire TIBIS.
Son nom avait été formé en conséquence de l'emploi qui lui était confié par le collège sacerdotal.
Du mot AMBRÉS avec 11 ou J hémantique et formatif des noms propres ou d'emploi, les Egyptiens avaient fait J-AMBRÈS, nom caractéristique de ce scribe.
Le but de l'initiation était, ai je dit, la connaissance du Dieu véritable, du Dieu des ancêtres, et l'initié était appelé le SiLE, l'envoyé de ce Dieu (i).
Ces ancêtres avaient habile la terre de GeeZ , autrement la terre de Dieu , la terre de la Liberté, la terre de V Epervier.
La présence de ce Dieu était donc indispensable dans l'initiation, et c'était elle qu'indiquait l' epervier symbolique du second initiateur (2).
Y* Le nom de ce symbole NeZ ou NaZ était
le nom égyptien de l' epervier.
(1) « Le sceptre ne sera pas ôté de Juda, jusqu'à ce
» que SiLE vienne ».
Genèse, 49 •> v. 10.
« Tu diras aux enfans d'Israël , le Dieu de vos pères » m'a fait SiLE vers vous , m'a ewoyé vers vous. »
EfODE, ch. 3, v. l5.
(2) O 9eo<r ttjv xs^a>.7)v tou izçaxoç sxet. Deus caput
accipitris habet.
Hermès , apud Eusebium.
Eusèbe dit également que Zoroastre représentait Dieu avec une tête d'épervier.
Sous cette dénomination, l'épervier désignait la sanctification par le moyen du baptême , la pureté , la force , la victoire, l'éternité, le soleil moral, la lumière morale, la sainteté en général; comme en grec IERAX, u$a% nom de Yépervier, fit IEROS, saint, pur et tspo$ consacré à la Divinité, initié ; en éthiopien GueZa, êpervier , fit GeZÀ , le Seigneur, T^îl «YH.C Dieu.
De ce mot NeZ avec la lettre heman tique J dont j'ai parlé, on fit le mot JaNeZ ou ça% W JANNES , nom caractéristique du prêtre égyptien porteur de l'épervier, et l'un des sanctificateurs par le moyen du baptême.
C'est de ce mot JANINÈS et de IPH ou ty,n3<?*ns PhE, signifiant la parole , le souffle, V esprit, l'esprit qui éclaire , la lumière, l'interprète, qu'on avait formé le nom de Y Ibis ( JalNeS- £n-OT YPh), symbole d'Hermès , interprète de NEZ, de Y Êpervier , de la Divinité ; symbole porté par J AMBRÉS, Thermes vivant, le gardien et l'interprète de l'Ambrés, du livre où la parole divine , la sainte doctrine était consignée (i).
(i) L'interprétation du mot jaNeS-IPH est confirmée par la traduction des 70 , et par S1. Jérôme , qui rendent
Le nom de YEpervier, comme celui* RHer* mes y désignait l'initiation; l'initié était instruit dans la science transmise par Hermès; cette science avait pour objet la connaissance du Dieu des ancêtres, pure et dégagée de toute superstition; et JAN^ÈS et JAMBRÈS étaient les principaux acteurs dans cette initiation égyptienne.
Cela me semble assez évident : mais poursuivons.
L'initiation , on le voit par le monument gravé dans la planche qui nous occupe, exigeait une double aspersion, un double baptême. Indépendamment de la présence de Jannès et de J ambré s , ce double baptême devait faire allusion aux deux sources du. JYilj réputées saintes, sacrées et purifiantes : en sorte que les deux vases (FF), d'où découle l'eau sainte du fleuve, désignent les deux sources de ce fleuve, et le canal dans lequel se trouve l'initié, le lit ou Tun des canaux du fleuve.
On sait que les anciens figuraient la source d'un fleuve par un vase ou urne épanchant •
ce mot par Ibis; Bocliart et d'auties interprètes après lui , n'eu ont fait un des noms du hibou, que parce que NeSPh désigne les ténèbres.
l'eau qu'elle contient. Dans le monument cette urne est remplacée par une fiole • et ceci est encore d'accord avec la langue hébraïque, dans laquelle le nom de la source, de la fontaine y GuiL, désigne une fiole. ^
Quant aux canaux où réservoirs des eaux du fleuve , ils portaient dans l'initiation le nom de la cigale, GuiB ou EGuiB, sjmbole 3*n5 2* de V homme initié aux m j stères et aux cérémonies saintes (i) , de V homme rasé ou chauve fait NaZaRéen, symbole enfin de la cérémonie de l'initiation.
Le biéroglyphe des canaux ou réservoirs, à en juger par la langue hébraïque, était un vase* La forme de ce vase était arrondie en
bosse comme une colline; \. ,7 et il
avait cette forme , parce que la cigale , symbole de l'initiation et de l'initié , avait le nom qui désigne le dos , la courbure du dos j Véminence soit supérieure 9 soit inférieure. On va voir cette signification reproduite dans tous les symboles de Jaunes.
(i) Av0po)TCov £a (j.o;ixov , xcu têXst7)v êouXo[isvot clivât, TStxi-jfa Çcj)-)fpaa>oo<N.
HORESAPOLLO.
Le choix de cette signification attachée au nom de la cigale , vient, suivant Horapollon, de ce que les Égyptiens ayant remarqué que la cigale tire son chant, non de sa bouche, mais de son dos, ils avaient cru reconnaître en cela quelque chose de mystérieux ; en sorte qu'ils l'avaient nommée du nom même donné au dos et à Véminence dorsale , ou à la bosse du chameau.
Mais si Véminence dorsale, le dos ou la bosse du chameau , joue un grand rôle dans les symboles de l'initiation, cela vient de ce que le nom $ Hermès avait un rapport homonymiqne avec hER , désignant une élévation en colline , une montagne ; d'où l'arabe P^fV^ chERM, élévation, montagne; hERM, py-
r*^ ramide ; hERM, noble, élevé en dignité.
I Toutes les autres significations du mot
GuiB ou EGuiB, provenaient de l'emploi du symbole. Ainsi il désignait l'homme élu, choisi, le voile dont s'enveloppe la misé/ïcorde di- — ^v /h.5." iHrce(hEGuiB), la loi divine (hEGj, les fêtes solennelles et cycliques , dont le retour porte la joie et le bonheur dans le monde. Ces dernières significations laissent entrevoir que l'initiation égyptienne avait lieu à des époques déterminées, comme chez les modernes elle a lieu à la saint Jean.
J'en aï dit assez dans le discours même pour lequel j'écris ce fragment sur l'initié nommé le SiLE, Y Envoyé, le Nazaréen, le Moïse y le Messie. Quant au fait principal que je produis ici, Pline est, je crois, le seul auteur ancien qui en ait laissé entrevoir l'existence dans ces mots obscurs et corrompus : « Moïse, Jannès et Jota p es , tous trois juifs, » furent les auteurs d'une nouvelle sorte de
» magie »
A l'avènement d'ISO ou du nouveau Moïse, l'initiation eut lieu par le baptême comme en Egypte. L'initiateur chrétien porta le nom de l'initiateur égyptien JEAN , JOANNES.
Tout en lui retraça les mystères de TÉgyrpte, et prouva le rapport qui existe entre l'ancienne et la nouvelle initiation. Les Nazaréens les plus éclairés le remarquèrent : Saint- Paul fut de ce nombre.
La cigale était le symbole de l'homme initié. JEAN affecta de ne se nourrir que de cigales et de miel (i). Mais, à dire vrai, ceci me paraît devoir s'entendre dans un sens purement symbolique.
En effet , le miel dont il est dit que Jean se nourrissait, portait le nom même de la bosse
t>a*r rfw chameau ( DaBoS ) , on vient de voir que
sons une antre dénomination cette bosse avait
été synonyme du nom de la cigale.
Sa^ D'ailleurs, un autre nom du miel , OSeL
I,v q j.'v-C ou ASeL et GaSeL, désignait /a purification
par Veau , l'ablution , le baptême.
Les initiateurs et l'initié égyptien, on peut aisément le voir sur le monument, avaient autour des reins la peau d'un animal; cette particularité est recounaissable à la queue qui termine leur vêtement.
Cette peau était celle d'un chameau. Le choix de ce vêtement symbolique tenait aux motifs exposés plus haut, et je ne pense pas qu il soit besoin de les reproduire encore. tes De plus, le nom du chameau, GuiMeL,
marquait la rétribution , les biens que la Divi* nité accorde aux hommes suivant leur mérite. VJLï H?** Sous la dénomination NAQE ou NaQEt, il désignait Y homme lavé , purifié , sans tache. <3 [ç^ ^n Sous le nom EGuiN (en arabe EGAN) il marquait la droiture , la rectitude morale x ce qui est beau s décent , convenable et honnête.
Or Jean, comme l'initiateur égyptien, avait les reins ceints d'une peau de chameau (i).
(i) Amtoç Ss o Ia>avv757 etxs to sv^upia auxou axo Tptxœv
On n'objectera pas que l'initiation était faite en Egypte par JANNÈS et JAMBRÈS, par deux initiateurs. Jean explique son isolement, en anuonçant la venue prochaine du second initiateur, de celui qui doit baptiser au nom de Y Esprit saint; car chaque initiateur baptisait au nom de l'autre : JANNÈS au nom de JAMBRES ; JAMBRES au nom de J AN MES. ( Voyez V inscription hiéroglyphique du monument ).
Cet esprit saint est figuré dans nos livres sacrés, tantôt par unejlamme qui tombe sur les initiés , les envoyés , sur les nazaréens apôtres, tantôt par une colombe qui descend sur Jésus , sur ISO le Nazaréen.
L'initiateur annoncé par Jean ou Jannès , est ce Nazaréen y ce SiLÉ, cet Envoyé prédit aux nations, et dont l'attente occupait les sages de la Chine, plus de cinq siècles avant sa venue.
Comme baptiseur, il remplira le rôle de JAMBRÈS, il en portera le symbole hiéroglyphique ; on va le voir tout à l'heure. Il baptisera donc au nom de JANNÈS, ou plutôt de NeZ, c'est-à dire de XÉpervier, au nom de Dieu, au nom de l'Esprit saint, de cet esprit qui tombe en langue de feu. En effet,
( i6) y$ï le nom de l'épervier NaSsaR, expliqué par
Rabbl Pechaè , signifie chute du feu et de l'esprit.
Cet esprit saint était encore figuré par une îX3%oôo,njV colombe ; et JaNE ou JOaJNE était le nom de cette colombe.
Cet esprit saint procédait du dieu NeZ, de l'épervier Dieu, il en était lefds, et c'est ce que marquait le dérivé JaNYN.
Enfin, sur les monumens il était figuré d'une manière ostensible par le disque solaire f^L<^ j*-^ ailé , nommé EM ou hEMM, et ce nom était ' encore un des noms de la colombe.
Sous la dénomination JaNE, il rappelait l'Ethiopie, la terre de GeeZ , la terre de l'E» pervier, la terre du Dieu des ancêtres.
Sous la dénomination hEMM ou hAMM, il désignait aux personnes non initiées la terre de Ham, dé Cham > la terre d'AMM-on , la terre d'Egypte.
Le scribe-sacré ou J AMBRÉS devait garder l'explication et le développement de la sainte doctrine purs de toute superstition et recherche minutieuse : on l'a vu.
Cette explication , ce développement , cet esprit de la loi divine devait être déposé en son cœur, dit Plutarque, comme dans un pa-
( '7) nier, dans une kiste; dans un crible, suivant
l'expression d'Horapollon; dans un vase, selon Hermès Trismégiste (i).
De ce panier, de ce crible, symbole de la sainte doctrine, de la pensée touchant les cho* ses divines, de cette doctrine sainte qui procure le salut des hommes, les Grecs firent le Calathus } si célèbre dans leurs mystères, et duquel sortait le salut des initiés j la régénération de leur esprit , l'immortalité promise à leur ame; en un mot l'OUBAl, le serpent. ( Voyez le 3 e .fragment ci-après ).
Hermès Trismégiste expliquant aux initiés le baptême de l'a me par l'esprit saint, comme l'annonce Jeau , le Baptiste, leur présente la pensée divine remplissant un vase, puis il suppose qu'un crieur public, envoyé par la Divinité , dit à tous les hommes : Plongezvous > baptisez-vous dans ce vase; ce qui veut
(i) <d<s7t:ep sv Kiçy).
Plut. , Is. et Os.
Horapollon aurait dit ev xo<s?av<J.
Le panier, la kiste figurait jusque dans la formule de l'initiation. « J'ai pris de la corbeille , j'ai mis dans » le panier , et du panier dans la corbeille , disait le s> nouvel élu , pour annoncer qu'il avait été initié » .
Clém. d'Alex;.
( .8 ) dire, plongez votre esprit dans la pensée de Dieu; et il ajoute, que ceux qui ont compris cette parole et qui se sont plongés dans cette pensée, ont acquis la connaissance de ]a vérité, reçu la pensée , et sont devenus des hommes parfaits.
Or, Jean, le Baptiste, envoyé par la Divinité pour crier dans le désert, c'est-à dire, dans un monde étranger à la connaissance de la vérité, et pour appeler tous les hommes au baptême, représente Jésus avec un van, un crible à la main (i), et l'annonce comme un second baptiseur, lequel baptisera par l'esprit saint, par le feu, symbole de l'esprit saint et de la pensée divine.
Horapollon dit que le scribe-sacré était figuré par le crible, c'était une comparaison, parce que le crible fait la séparation du bon grain du mauvais; le calathus des Grecs et des Romains était toujours rempli de grains purs et vannés.
Le scribe-sacré , suivant Horapollon , faisait donc, au moyen du livre nommé AM-
(l) ÎCTUOV SV TV) xsipt autoo.
Le nom de Moïse ou du Messie (en éthiopien MeSiiE), désigne un van , une pelh*
( '9) BRÈS, ce que fait le crible; il distinguait, dit -il , ce qui est bon d'avec ce qui est mauvais, et discernait ce qui doit être détruit de ce qui doit être conservé à la vie.
Jean reproduit la même pensée, en ajoutant, pour expliquer le symbole qu'il met dans la main de Jésus , que ce second baptise ur réservera le bon grain après l'avoir séparé de la paille j et qu'il brûlera celle-ci dans un Jeu que l'on ne pourra éteindre (i).
On a vu que les mots JaNE et AMM, tous les deux noms de la colombe, désignaient symboliquement, l'un Y Ethiopie y l'autre YEm gypte; noms génériques de ces contrées dans les mystères, ils le devinrent bientôt de quelques villes, où l'initiation apparemment les avaient introduits. Différens lieux , soit de l'Egypte, soit de l'Arabie, soit de la Judée, avaient reçu leur nom de Jannès j comme d'autres d' Hermès et des Nazaréens.
Un des noms du Caire est JOAN, et les Arabes font figurer la colombe comme cause unique dans la fondation de cette ville.
« Lorsque Ararou, ben-el-Aas, disent-ils, » faisait la guerre en Egypte, il fit dresser sa
(i) MeSYIA (en syriaque) signifie ramasser les épis.
(ao) » tente dans le lieu où est maintenant Fostat. » Une colombe y étant venue faire son nid, vAmroUj lorsqu'il partit, ne voulut point » qu'on la dérangeât, et laissa sa tente en n cet endroit. Quelque temps après > lors- » qu'il repassa par ce lieu , il voulut qu'on » gardât le souvenir de son action , et il fit » bâtir à la même place une ville qu'il nom- » ma Postât, c'est-à-dire Tente. On donne » maintenant à cette ville le nom de Vieux? » Caire». (Gram. arabe d'Herbin).
L'autre nom de la colombe liEMM, ayant désigné el l'esprit saint figuré par le feu, et le baptême dans cet esprit saint , les mots hEMM et JoAN , qui n'étaient que les deux noms de la pensée divine descendant sur les initiés par les eaux du baptême, ont formé XaJ^ fL-^ en arabe, bEMAM JaNhEt, la colombe de JAN et les bains de JAN. Columba Janensis; et Thermœ Jani in Mgjpto.
Je dois maintenant expliquer ce qui a pu me conduire à donner comme certaine l'existence de ces deux initiateurs inconnus jusqu'à ce jour, et dont Moïse n'a point révélé les noms, marque évidente de son respect pour l'initiation égyptienne , et, par
(ai)
conséquent, de la sainteté réelle de la doctrine enseignée aux initiés.
Moïse n'eut d'autre tort aux yeux des prêtres de l'Egypte, que d'avoir initié, sans distinction d'appelés et d'élus,, tous ceux de sa nation, pour arrêter les progrès de l'idolâtrie parmi eux, et les ramener au culte pur et saint de leurs ancêtres. Mais en révélant ainsi la doctrine de l'Ambrés, déposée en son sein pendant une longue suite d'années, Moïse ne se rendit point coupable d'ingratitude envers les prêtres qui l'avaient instruit. Qu'on étudie ses livres , et Ton verra avec quelle circonspection il y parle toujours de l'Egypte. Jamais il ne se permet d'attaquer directement son culte. Cette réserve est si frappante, que plusieurs auteurs l'ont remarquée, et peu s'en faut qu'ils ne lui en aient fait de vifs reproches. Josué, initié comme lui, et dont le nom est IE-1SO, l'éternel est ISO, VW Dieu est Sauveur , Dieu est Jésus , garde la même circonspection. « Osons l'assurer, dit » le savant de Fourmont , il y avait pour Moïse » et pour les sages de sou peuple, quelque » motif secret de ne point déclamer trop vi- » vement contre la religion des Egyptiens : » or , ces motifs, quels sont-ils ? »
De Fourmont croit les trouver dans F ex-
pïication qu'il a donnée de l'origine de l'idolâtrie; mais cette origine n'est pas évidemment démontrée.
Les ménagemens de Moïse prouvent qu'il était redevable de sa science aux prêtres de l'Egypte. En attaquant le culte public des Égyptiens, il fallait en même temps attaquer ou approuver la doctrine sainte des mystères: s'il l'attaquait, il sapait les fondemens de la sienne, puisqu'elle était la même; s'il en faisait l'éloge, il tournait les regards des Hébreux vers l'Egypte , et ils ne la regrettaient déjà que trop vivement.
J'ai donné l'étymologie des mots Jannès et Jambrès; il me semble que la simplicité qui la caractérise , jointe à la manière dont tout ce que j'en ai dit, s'accorde avec Horapollon, avec la scène tracée sur le monument que j'explique , avec même les traces de l'initiation égyptienne dans l'initiation catholique destinée à préparer les voies d'un nouvel ISO, d'un second Moïse, même avec la tradition obscure de Pline; il me semble, dis-je, que tout cela offre quelques présomptions heureuses. Ce que je vais dire, joint à ce qu'on a déjà vu , suffira peut-être pour constituer une véritable preuve.
Saint-Paul, dans sa seconde épître h Timothée, ch. 3 , v. 8, parle des faux sages, de ces faux amateurs de la vérité, qui , dans les derniers temps du christianisme ( cela veut dire dans le temps ou la corruption du monde, la dégénération morale rendra un nouvel avènement d'ISO nécessaire), toujours occupés d'apprendre, sans s'occuper de la connaissance du vrai Dieu, ne pourrout parvenir à celle de la vérité révélée par le Christ; et en parlant de ces prétendus philosophes, l'Apôtre dit qu'ils seront semblables à Jaunes et à J ambres y lesquels résistèrent à Moïse , et «'élevèrent contre lui : c< Et comme Jannès et * Jambrès ont résisté à Moïse, ceux-ci pa- » reillement résisteront à la vérité » (i).
Si Ton prenait Jannès et Jambrès pour les nonis propres et particuliers de deux mages, de deux sages du conseil de Pharaon, lesquels combattirent la résolution prise par Moïse, et exposée avec ses motifs devant le roi d'Egypte , il faudrait expliquer comment ces noms que n'a point révélés Moïse, qui ne se trouveut dans aucun des livres de l'ancien testament, et qu'on ne lit dans le nouveau,
(i) ...Iavv7)ç xat Iajji6p7)<r avxs<r7}<ïav p.©<ysi
qu'au seul endroit que je viens de citer, purent être transmis à Saint-Paul, les Hébreux les ayant ignorés pendant plus de quinze siècles.
Comme tout ce qu'on pourrait avancer pour sortir d'embarras, ne s'appuierait sur aucun fait, sur aucune tradition raisonnable, je crois être fondé à présenter avec quelque confiance les motifs qui me font avancer que JANNÈS et JAMBRÈS furent , dès avant Moïse , et depuis lui jusqu'à l'époque de la fondation du christianisme, les noms secrets des chefs principaux de l'initiation égyptienne, des deux commentateurs de la science révélée à ceux qui , par les eaux du baptême , recevaient la qualité de SiLÉ, (V Envoyés j de Sauvés des eaux ou parles eaux , de Moïses, de Messies : d'où l'on peut entrevoir que ces trois noms , J A NNÈS , JAMBRÈS et MOYSE , furent remplacés dans l'initiation grecque par ceux ci :
H1ERO-PHORE on porteur des choses saintes (i), pour Jaunes , porteur de l'épervier;
H1ÉRO-GRAMMATE ou scribe-sacré, saint
(i) De teçoç, ee qui est saint , sacré, consacré àla Divinité, et de çopoç-, qui porte.
interprète (i) , pour Jambrès , porteur de F Anibr es et du symbole d'Hermès.
Et HIÉRO-STOLE ou saint -envoyé (2) , pour Moïse, le SiLE, l'apôtre ( Tenvoyé-de, I'apo-stolos), le baptisé, l'initié, le nazaréen.
(Je donnerai Pétymologie hiéroglyphique du nom MOYSE , et je prouverai que ce nom est figuré dans le monument).
Il est certain que la science secrète révélée dans les mystères , que la sainte doctrine était contenue dans un livre nommé AMBRÉS, et il paraît que ce livre était divisé en deux parties à cause des deux initiateurs ; dans les derniers temps, lorsque le christianisme eut rendu l'initiation universelle , il avait pris de ces deux initiateurs le nom de Jannès et Jambrès.
En effet, ce livre existait encore sous ces deux dénominations dans les premiers siècles de l'Eglise. Eusèbe en parle et le nomme simplement JAMBRÈS (3). Origène (4) et Hi-
(1) De ispo<r et de fpa^atsoç , écrivain , scribe , interprète.
(2) De ispoç et de ç-oXoç, départ, envoi, mission; de çsXktù , j'envoie.
(3) Prépar. évang. , liv, 9 ; d'après Numénius, pythagoricien.
(4) « Quod ait ( Helias prophetaj, sicut Jamnes et
(26) laire, diacre (i), le citent sous le nom un peu corrompu de JAMNÈS et MAMBRES.
Le pape Gélaze Ier. le mit au rang des apocryphes en 4^4 (2)« J'ignore s'il se trouve encore. C'était probablement une imitation , car je n'ose dire une traduction, de l'Ambrés dont parle Horapollon.
C'est ce livre , je présume , qu'un \nitie de la primitive église , instruit des rapports qui existent entre le christianisme et le culte ancien de l'Egypte, imita et reproduisit, sous le nom d' Hermès Trismégiste. Il crut devoir en déguiser l'autre dénomination; mais il le fit de manière à être facilement compris par
» Mambres restiterunt Moysi > non invenitur in publicis » scripturis y sed in libro secreto , qui supra scribitur , » Jamnes et Mambres liber ».
Origène, in Math. , tract. 3o, t, 2. p. 22^.
( 1 ) « Quemadmodum autem Jamnes et Mambres , etc. y* Eocemplum hoc de apocryphis est » .
Comment. d^Hilaire, diacre , sur le passage , ch. 3 , v. 8, de la seconde épître de St. Paul à Timothée. Œupret de St. ^Lmbroise t t. 2, p. 3io.
- (2) « Liber } qui appellaturpœnitentiaJannis et Mam-
brœ y apocryphus,
Conciliorum , tom. dec. , p. 2i3.
Il est encore parlé de Jamnes et de Mambres dans l'évangile de Nicodème.
ceux à qui les secrets des mystères n'étaient pas étrangers.
Le mot JA3MBRÈS avait été corrompu en MAMBRÈS et même MANDÉS; le moderne Nazaréen fit précéder ce nom de l'article égyptien Pi, et forma le mot Pi-MAMBRÈS ou PY-MANDRÈS , qui signifie le Mambrès ou V Ambres.
Il remplaça le mot JANNES, nom d'un des interprètes du livre d'Hermès ( l'Ambres ) , par les mots hébreux-égyptiens AS-CLEPÏ. ififc-ïï>8 Hermès et le scribe étaient figurés par un chien, Às-Clepi signifiait mot à mot Y homme chien , Y homme à tête de chien.
Ce furent tous ces rapports entre les principes du christianisme et ceux du culte antique et secret de l'Egypte, qui portèrent l'empereur Adrien à ne pas permettre qu'on persécutât les chrétiens : Illi qui Serapin colunt, disait-il, christianisant, et devoti sunt Serapi qui se Christi episcopos dicunt (i).
(i) Socrate ( Hist. ecclés. ) etSozomène rapportent que , lors de la démolition du temple de Serapis a Alexandrie , on y trouva des croix ( des Tau non anses ) gravées sur les pierres provenant de cette démolition. Rufiïn ajoute à ce fait très-croyable et facile à concevoir , que plusieurs personnes idolâtres, frappées de cette circonstance,
( ^8 ) Le nom de la science contenue dans l'Ambrés était SBO. Ce mot, dit Horapollon, signifiait nourriture pleine ; et, en effet, dans yntt> l'hébreu, SBO signifie être rassasié, être plein de nourriture.
Ce mot , prononcé SPO ou SPhO , marquait également Y abondance > la plénitude. Les Egyptiens lui donnèrent toutes les significations relatives à l'initiation et à la doctrine de l'Ambres ; seulement pour ne pas les accumuler sur la même intonation , ce qui aurait mis de l'obscurité dans la langue sacrée , ils modifièrent légèrement la racine SB ou SPh qu'ils avaient choisie , en y ajoutant une voyelle finale ou intercalaire. L'addition de ces voyelles n'avait rien de hiéroglyphique , puisque l'usage du mot et de ses si-
se convertirent h la religion chrétienne , disant avoir appris par la tradition des anciens , que leur religion subsisterait jusqu'à ce qu'on vît paraître le signe de salut et de vie : or , il est incontestable que , chez les Egyptiens et chez les Hébreux, ce signe était le Tau, ayant la forme d'une •{• , tel qu'il subsiste dans l'alphabeth éthiopien , où il est la lettre du nombre i o ; dans le chinois , où il signifie 10 et perfection ; dans l'hébreu des médailles , où il est tracé comme le chiffre romain X ; dans le copte , dans l'étrusque , dans les anciennes inscriptions de la Grèce.
(*9) gnifications était secret, la racine seule était
une transcription.
Je vais parcourir ces significations , qu'on peut vérifier à l'aide des dictionnaires hébreux, chaldaïques, syriaques, arabes, etc. J'invite le lecteur à rapprocher lui-même toutes ces significations, des explications qu'il a déjà vues.
3BS S|tPj 3D, Ï]D.
SB ou SPh.
i*. Un vase , un bassin, une coupe.
2°. Toutes sortes de céréales pouvant servir de nourriture ( a la réserve de la paille , qui doit être jetée au feu ).
3°. Se rassasier avec avidité de la liqueur ou des grains contenus dans le vase ou la coupe. ( Voy. pag. 17 et 18).
4°. La cigale ou sauterelle munde } de laquelle Jean se nourrissait , et qui était Je symbole de l'homme initié.
5°. Le vœu du nazaréat, de l'initiation , la tête chauve ou dépilée.
6°. Le symbole du Dieu des ancêtres , de ce Dieu dont la connaissance était l'objet de l'initiation, YÉpervier.