INTRODUCTION
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« tu n'auras point l'Egypte en aeomination. » Moïse , Deuieron. 3 ch» 23 , v. 7.
JLj 'examen de quelques hiéroglyphes égyptiens me donna , il y a environ douze ans , Tidëe d'analyser la langue hébraïque , et de comparer les élémens primitifs de cette langue à ceux des hiéroglyphes composés.
Cette comparaison piquait d'autant plus ma curiosité , que j'étais persuadé que la langue hébraïque était , à peu de chose près, celle qu'on parlait en Egypte à l'époque où, sous la conduite de Moïse, les Hébreux en sortirent, après y avoir séjourné plus de quatre cents ans.
Je fondais ma persuasion sur ce long séjour des Israélites en Egypte , sur la facilité avec laquelle on trouve dans l'hébreu l'étymologie de la plupart des noms
égyptiens connus , enfin sur plusieurs inductions tirées de faits consignés dans les livres de Moïse et autres. J'imaginais, en outre, qu'Hermès ou Thaut, qui le premier recueillit les mots de la langue parlée , et qui inventa un grand nombre de mots nouveaux, n'avait pu inventer ceuxci, qu'en transcrivant les hiéroglyphes en caractères alphabétiques. C'est ainsi qu'en Chine , où les hiéroglyphes sont usités comme ils le furent en Egypte , et où le nombre de ces caractères passe quatrevingt mille , tandis que celui des mots n'excède pas trois cent quarante, un nouvel Hermès ou Thaut pourrait facilement, à l'aide de tant de caractères , créer un grand nombre de mots nouveaux et syllabiques.
Mais avant d'entreprendre un travail basé sur une simple hypothèse , il était important de réfléchir à cette question: La pensée peut-elle exister sans expressions pour la rendre P Plusieurs écrivains dont le mérite semblait devoir entraîner l'assentiment de quiconque veut s'occuper de
l'analyse du langage, s'étaient prononcés d'une manière négative. Il était évident que d'après leur opinion, il fallait établir en principe , que chaque hiéroglyphe était , à l'époque de son invention , le signe convenu d'un mot reçu et employé dans le langage. Alors je devais renoncer au système de transcription en caractères alphabétiques ; et chaque hiéroglyphe , malgré le nombre reconnaissable de ses élémens primitifs , devait être considéré comme un caractère simple.
Ces philologues avaient dit : La pensée chez l'homme est entièrement liée à la parole ; l'homme ne pense que parcequ'il parle ; il n'a de pensées qu'autant qu'il trouve des expressions pour les rendre , et les peuples dont la langue est la plus riche en expressions, sont également ceux qui doivent avoir le plus de pensées.
Ce raisonnement m'aurait paru juste , si l'expression de la pensée ne pouvait exister que par la parole ; mais on parle aux yeux comme à l'ouïe. Les Chinois ont une langue des yeux et une langue de l'ouïe :
or, cette dernière n'a, comme je viens de le dire, que trois cent vingt ou trois cent quarante mots environ, tandis que l'autre en compte au moins quatre-vingt mille. Ceux-ci renferment souvent, dans leur composition , un sens que l'on peut regarder comme l'analyse et l'expression figurée d'une ou même de plusieurs pensées.
Voilà donc une pensée , plusieurs pensées qui existent sans paroles qui les expriment , et qui ont existé sans caractères qui les peignissent. Enfin, on se plaint tous les jouis de la pauvreté du langage; mais pour sentir la pauvreté d'une langue , il faut avoir des idées et des pensées que cette langue ne puisse exprimer.
Bons ou mauvais , ces raisonnemens me décidèrent, et je cherchai le moyen de transcription dont Hermès, ou celui qui porte ce nom , pût faire usage. La manière dont Court de Gébelin explique le passage de l'écriture hiéroglyphique à l'écriture alphabétique , me parut un trait de lumière.
Ce savant étymoîogiste dit, en parlant
de l'usage que les différeras peuples firent des hiéroglyphes , après la dispersion:
* Les Chaldëens donnent à ces caractères » les noms des organes par lesquels on » prononce les mots qu'ils peignent, ou » les noms des objets qu'ils désignent : » l'un devient un A, l'autre un B, l'autre » un E , etc. De là seize noms ou seize » mots qui constituent tous les élémens de » l'écriture , et qui servent à la prononcer, » en disant, par exemple , A, partout ou » est la figure du chef de famille; M, par- »» tout où est celle de la mère de famille ; » N, partout où est la figure de leur nour- » risson; O, partout où est la figure de » l'œil , etc, » (i).
(i) La valeur hiéroglyphique que Court de Gébeîin attache aux caractères M et N, n'est pas exacte : il est néanmoins vrai que M est radical dans presque toutes les langues, pour désigner la mère. Par une sorte de contre-sens, les Géorgiens emploient le mot MAMA o63<î i-' pour désigner le père. C'est DEDA qui veut dire mère. rpn(Oc5 Ce mot paraît avoir été choisi, à cause de DeD, T7, en hébreu le sein. Mais par un sentiment moral bien remarquable, les Géorgiens, en abandonnant la signification primitive, du mot qui appartient à la mère de
Joraœov
L'opinion de M. de Guignes, relative aux hiéroglyphes chinois , et citée par Court de Gébelin , vint aussi m'éclairer.
« Il faut maintenant, dit M. de Gui- » gnes, envisager les caractères chinois, » comme représentatifs d'un son , et com- » me formés de lettres alphabétiques ; mé- » canisme fort singulier, qu'une foule de » preuves m'autorise à proposer et à ad- » mettre, et qui s'applique également à * l'écriture hiéroglyphique des Egyptiens. » Ainsi, je prends maintenant tous ces » élémens d'hiéroglyphes égyptiens et chi- » nois , comme pour autant de lettres sim- » pies ou syllabiques. Je veux dire que » la représentation , par exemple , d'un » chien y répond à une syllabe qui, corn- *> binée avec un autre hiéroglyphe , forme » un mot entier. En sorte que l'écriture » chinoise ou égyptienne , qui est toute » hiéroglyphique , considérée sous ce nou-
famille, l'ont remplacée par celle qui de'signe la première des vertus, et la vertu plus particulièrement due ' au sentiment de l'amour maternel; la piété, MADKL