INITIATION EGYPTIENNE
Eruditus est Mojses omni sapientià jEgyptiorum. Act. Apost., cap. 7.
Les premiers Egyptiens n'étaient point idolâtres ; mais la dégénération de leur culte, du temps de Moïse , les avait en-
traînes dans l'idolâtrie. Au milieu de cette dégénération générale , la pureté de la religion primitive s'était conservée dans l'intérieur des sanctuaires. Les prêtres n'osant plus révéler cette religion à tout le peuple , en avaient fait ce qu'ils nommaient la sainte doctrine ; et cette doctrine n'était enseignée par eux qu'aux hommes, sur la discrétion et la sagesse desquels ils pouvaient compter. Ce fut l'origine des mystères. Moïse fut du petit nombre des élus : élevé dans les erreurs de légyptianisme , son initiation arrêta sa pensée sur le culte de ses pères , et alors il conçut l'idée d'effectuer pour sa nation ce que les prêtres n'osaient faire pour l'Egypte, c'est-à-dire, d'initier, par une révélation générale > le peuple juif que l'exemple avait entraîné vers l'idolâtrie. Affermi dans cette résolution par une volonté plus qu'humaine , Moïse révéla donc aux descendans d'Israël , le culte de Jehova j, du Dieu dont le nom ineffable , IÉOUË, caché à tous ceux qui n'étaient point initiés , n'existait sur au^
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cun des monumens de l'Egypte, ne pouvait même y exister , puisque étant le nom de 1 être suprême , le nom de cet être était suffisamment révélé aux initiés par la présence de tout ce qui est , de tous les êtres figurés. D'ailleurs , comme être des êtres, comme être influant sur tous les êtres, il ne pouvait être représenté par un symbole plutôt que par un autre.
Cette révélation universelle , nous dirions aujourd'hui catholique ^ souleva les prêtres de l'Egypte contre Moïse , et principalement ceux qui remplissaient dans les mystères les fonctions de JANNES et de JAMBRÈS ; ils proscrivirent sa mémoire , et vouèrent son nom à l'oubli; car , le nom des iuitiés indiscrets ou in- Tracteurs du silence absolu qui leur était commandé, devait disparaître des annales du monde et rentrer dans le néant : on ne le désignait plus que par un symbole.
C'est cette révélation mosaïque , qui semble constituer la première révélation; révélation différente de la révélation primordiale qui lui sert de base, et qui ne
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peut avoir son principe que dans la divinité même.
La sortie des Hébreux de la terre d'Egypte, par suite de la révélation mosaïque , dut être considérée par le peuple bien autrement que par les initiés. Aussi, dans le nom que les prêtres donnèrent à Moïse , s'attachèrent -ils à consacrer le souvenir de ces deux manières de juger un événement si extraordinaire , sans néanmoins compromettre leur pensée et le secret des mystères. Moïse fut pour eux le conducteur heureux des SaP ou SaPH , c'est-à-dire , des SaG-es, des associés, des initiés, des chauves; on verra bientôt pourquoi cette qualification. Pour le peuple, il fut seulement le conducteur heureux des lépreux; en un mot, ASeR- *p W» SaPH.
Il est remarquable que les anciens sages, pythagoriciens, platoniciens et autres, qui avaient recherché la connaissance des mystères de l'Egypte , parlaient souvent de la nécessité d'une révélation, pour connaître le vrai Dieu, et quelque-
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fois même semblaient pressentir le besoin
dune seconde révélation.
La nécessité de cette seconde révélation avait été annoncée à toute la terre; elle avait pénétré jusqu'au fond de l'Asie, chez un peuple qui a les plus grands rapports avec les Égyptiens, et que plusieurs savans ont cru n'être qu'une de leurs colonies, ou que du moins ils ont regardé comme ayant été formé à la science et à la sagesse par une colonie d'Egyptiens : je veux parler des Chinois. C'est l'annonce de cette seconde révélation , parvenue jusqu'à Confucius, qui lui faisait dire à ses disciples, ne me nommez pas le saint, le saint est en Occident (i).
(1) Le caractère antique hiéroglyphique de SAINT, en chinois CHENG; signifie, d'après l'analyse qu'en donne le Lieou-chou , livre fort estimé par les lettrés de la Chine, homme qui est un avec le Tien{\e ciel, Dieu), maître de vérité, qui produit de grands changemens dans les mœurs; vertu parfaite qui devient visible par la souffrance.
Le mot de Confucius, et ce qui va suivre, prouvera que les anciens lettrés de la Chine avaient eu connaissance des mystères de l'Egypte.
C'est encore l'annonce de cette révélation, qui inspirait à l'un des disciples ou au petit- fils de ce môme Confucius, ces paroles bien remarquables : « O que c'est » bien connaître le Tien (le ciel , Dieu) et » les hommes, que de s'appuyer de la re- » ligion et de l'attente du saint, pour per- » suader les esprits (i) ! il est réserve' au
(i) Cette attente fut un des grands moyens conservateurs employés par les sages de l'antiquité'. Les prédictions relatives au sauveur des peuples, embrassaient l'étendue de la terre; elles étaient permanentes, c'està-dire, qu'au sauveur, au saint ? au messie déjà venu, devait toujours succéder, dans la suite des temps, un autre sauveur, un autre saint, un autre messie. Par ce moyen, dont la conception semble au-dessus de l'humanité, on maintenait l'existence des nations. Les malheurs, la dévastation, l'invasion des Barbares, ne pouvaient rien sur cette existence. Une nation captive, exilée loin de sa patrie, dispersée sur tous les points du globe, en butte au mépris des peuples, attendait son libérateur, et cette attente, d'autant moins douteuse qu'on était plus malheureux, d'autant plus prochaine qu'elle paraissait plus nécessaire, conservait dans tous les cœurs l'amour de la patrie absente, de la terre des ancêtres, et du Dieu sous la puissance duquel ces mêmes ancêtres avaient vécu. C'est par ce moyeu que le peuple hébreu s'est maintenu jusqu'à ce jour, et qu'il continuera à se maintenir \ c'est par ce moyen que les initiés de la primitive église assurèrent l'exis-
» saint par excellence, au saint de tous les » peuples , de réunir tous les rayons de la » sagesse , et d'atteindre à la perfection de » toutes les vertus. Sa pe'ne'tration , ses lu- » mières , ses vues et ses conseils , embras- » seront sans effort le gouvernement du » monde , et en dirigeront les ressorts ; sa » grandeur d'ame, sa magnificence, sonaf- » fabilité et sa douceur, concilieront tous » les intérêts et gagneront tous les cœurs; » son activité, sa force ^ son courage et » son intrépidité , changeront les obsta-
tence du christianisme contre d'horribles persécutions. C'est ce moyen qui le maintiendra, lorsqu'un jour les atteintes qui lui sont porte'es par l'athéisme, au nom de ïa philosophie, dégénéreront, comme elles l'ont déjà fait, en persécutions, ou tendront à- rendre le christianisme méprisable. Plus on rendra les chrétiens malheureux, soit par la persécution, soit par le mépris, plus ils se croiront rapprochés de l'époque annoncée pour le second avènement du Sauveur, plus par conséquent ils redoubleront de ferveur et de zèle, parce que le jour de la justice divine leur paraîtra prochain. Le christianisme ne sera plus la religion du riche, du sage du siècle; ce sera celle du pauvre et du peuple, comme dans le principe; et alors, si les temps sont venus , si ce nouvel ISO ou Sauveur se présente, elle triomphera et des philosophes et des riches, comme elle en a triomphé jadis.
xxj » clés en moyens, et feront plier le cours » des événemens à ses vouloirs; sa simpli- » cite', sa sérénité, sa droiture et sa can- » deur, inspireront d'abord la confiance » et commanderont le respect; sa majes- » té, son éloquence , sa sagacité et sa pé- » nétration, dissiperont tous les nuages, » et feront aimer l'innocence et le bon or- » dre, dont elles montreront la beauté. » Selon le moment et les circonstances, » il suivra de détail en détail toutes les » branches de nos différens devoirs , ou * les conduira à leur première source, et d en sondera la profondeur. La vaste im- » mensité des cieux,les abîmes inépui- » sables des mers, ne sont qu'une faible » image des sphères immenses qu'em- » brasse sa sagesse et des trésors qu'elle » contient. Les peuples se prosterneront » devant lui d'aussi loin qu'ils le verront; » ils seront persuadés dès qu'ils l'auront » entendu, et ils n'auront tous qu'une v voix pour applaudir à ses actions. Tout » l'univers retentira du bruit de son nom » et sera rempli de sa gloire; la Chine en
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» verra les rayons venir jusqu'à elle; ils » pe'nétreront chez les nations les plus > barbares , et parviendront jusqu'aux dé- » serts inaccessibles ou trop éloignés pour » les vaisseaux. Sous l'un et l'autre hémis- » phère, en -deçà et au-delà des mers, » aucun climat , aucune région , aucun » pays éclairé par les astres , ou mouillé » par la rosée , et habité par les hommes , » où son nom ne soit béni et révéré. Aussi » est-il dit : Le Tien (le ciel, Dieu) Vas- » socia à sa gloire » (i).
(i) Les promesses faites aux peuples sur l'ave'nement du Saint par excellence, long-temps avant la naissance de Jésus, étaient excessivement nombreuses et clairement exprimées à la Chine. Le sens tant cherché des hiéroglyphes égyptiens, donnera peut-être, et tout me porte à le croire, l'expression des mêmes promesses faites à l'Egypte.
tl était annoncé aux anciens Chinois, que le Saint sciait le Tien (Dieu), devenu visible et enseignant les hommes ; et, d'après le principe posé par les anciens à l'égard des saints, des sages, des libérateurs ou sauveurs des peuples, quil naîtrait d'une vierge.
Il était annoncé encore, que sa mère , après Valoir enfanté comme un tendre agneau, sans efforts , sans souillure , le coucherait dans un petit réduit , à côté du chemin ,■ que des bœufs et des agneaux V échaufferaient
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C'est l'annonce de cette seconde révélation, qui, jetant du doute dans l'esprit des idolâtres , leur faisait adopter, comme pouvant être le vrai culte , celui des dieux étrangers ; c'est elle qui leur fît élever dans Athènes un autel au dieu inconnu; c'est elle enfin qui avait fait circuler dans tout l'Orient ces bruits prophétiques dont parlent Suétone et Tacite ; bruits qui précédèrent de bien peu d'années la venue du nouveau MoïSE, du bon roi, du roi nœo MeSsiE , de ce roi figuré partout par les Wî3 Egyptiens sous l'emblème du serpent, et nommé par eux MeiSI.
Cette seconde révélation eut lieu en effet par l'avènement dISO. Son nom , ytï>> donné à tous ceux qui devaient être considérés comme sauveurs des nations, se trouve dans la langue hébraïque -égyp-
dt leur haleine ; que les hahitans des bois accourraient nalgré la rigueur du froid; que les oiseaux voleraient virs lui pour le couvrir de leurs ailes.
Enfin, il était annoncé qu après avoir renouvelé' Vunvers , changé les mœurs publiques , il expierait les peliës du monde y mourrait dans la douleur et V opprobre} et qu'il ouvrirait le ciel.
tienne, avec tous les caractères d'une étymologie hiéroglyphique; dans les prophètes, en termes hiéroglyphiques; et parmi les hiéroglyphes égyptiens, comme radical incontestable du mot alphabétique ISO.
Cet ISO, que des vertus et une puissance morale surnaturelle faisaient appeler fils de Dieu; ce IeSOus, Jésus enfin, devait être NAZARÉEN, nom distinctif des initiés en Egypte , dès le temps de Joseph. Ce patriarche, le sauveur de l'Egypte , était initié. Joseph est nommé NAZARÉEN par Jacob lui-même.
Jésus devait donc être Nazaréen. Pour les appelés , c'est-à-dire, pour les hommes dont la vocation n'avait pas encore été marquée par le baptême, premier degré de Tinitiation, il fut Nazaréen, maij de Nazareth, quoique cette ville ne fût pas celle où il était né. Pour les élus} c'est-à-dire, pour ceux sur la tête des-
rfe quels l'eau avait été déjà répandue , à qti dès ce moment il était donné de partiel
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voyé , du nouveau Moïse ; de prendre son nom SiLE, qui veut dire envoyé, apostre s nom donné dans les mystères, dès le temps de Joseph, à ceux qu'on chargeait d'être la doctrine des peuples; pour ces apôtres, dis-je, Jésus devait être Nazaréen, il le fut; mais son nazaréat avait une source divine , sa vocation venant de Dieu même ; et c'est pour cela que Jean , le Baptiste , initiant le peuple aux premiers mystères de SiLE par les eaux du baptême, se refuse d'abord à baptiser Jésus.
Pour les Juifs , attachés à la lettre , Jésus devait être Nazaréen, c'est-k-dire , appelé d'Egypte. Il le fut, et néanmoins cette même vocation, prise à la lettre, leur fit repousser ce nouveau Moïse , ce Messie annoncé, attendu depuis tant de siècles. Sans nier absolument la plupart des prodiges dont ISO les avait rendus témoins , les Juifs crurent découvrir une source impure à cette puissance surhumaine. Ils reprochèrent à Jésus de s'être fait initier aux secrets de l'Egypte , et d'ê-