APOPLEXIE SPINALE
est un peu plus prononcé à droite ; l'angle de la bouche est abaissé du môme côté. Cette différence ne s'accuse pas mieux quand la malade rit. En rapprochant ce fait, non observé par le médecin traitant, de la douleur qui a persisté pendant six semaines et était analogue à celle des membres, on est obligé d'admettre une légère paralysie du nerf facial. Les muscles de l'abdomen ne se contractent pas; on s'en assure facilement en faisant faire des efforts à la malade. Le ventre se gontle, k la vérité, mais sous l'action du diaphragme, car les parois abdominales restent flasques, et soulevée, la malade retombe sans pouvoir achever de s'asseoir.
Les muscles des gouttières conservent leur contractilité. Il n'y a pas de paralysie du rectum ni de la vessie.
Nulle part il n'y a abolition de la sensibilité, elle est partout tout à fait normale. La sensation double wébérienne est bien perçue aux membres inférieurs à la distance de 5 centimètres. Au contraire, les mouvements réflexes sont abolis, ce qu'on observe mieux au pied droit, où les muscles n'agissent pas, qu'à la jambe gauche, où les mouvements volontaires peuvent les remplacer.
Nous venons de faire passer un courant galvanique induit, très-fort et très-douloureux, dans les membres; il n'a produit aucune contraction, si ce n'est dans les muscles qui ont déjà retrouvé depuis longtemps une partie de leur puissance. Le courant continu, appliqué le pôle positif dans le dos, le pôle négatif aux extrémités, produit au contraire un mouvement fibrillaire dans tout le membre, sans déterminer de véritables contractions dans les muscles encore actifs.
Il n'y a pas à s'étonner de cette difl'érence d'action des deux courants ; plusieurs fois elle a été observée, et quelquesuns d'entre vous ont pu constater dernièrement le même phénomène, plus accentué encore, sur une paralysie faciale droite.
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Le courant continu, qui ne pouvait faire contracter le côté sain, produisait des mouvements dans le côté malade ; c'était le contraire pour le courant induit, qui n'agissait en aucune façon sur les muscles paralysés. Toutes les autres fonctions de la malade sont normales, l'embonpoint conservé, le teint un peu pâle sans être anémique.
Ce fait clinique vous met en face d'un ictus paralytique fort extraordinaire et par la cause occasionnelle et surtout par le siège des lésions fonctionnelles.
Une ménostasie subite chez une jeune fille, après quelques phénomènes prodromaux insignifiants en apparence, est suivie, tout à coup, de fourmillements excessivement douloureux dans le membre supérieur gauche, les deux extrémités inférieures et la joue droite ; mais la sensibilité tactile reste intacte ; par contre, la motilité est anéantie et reste, après cinq mois, abolie presque complètement dans les deux membres inférieurs, incomplètement au membre supérieur gauche; tandis qu'à la face on ne constate qu'une légère différence de profondeur du sillon naso-labial et un peu d'abaissement de l'angle droit de la bouche.
Les membres paralysés sont atrophiés et ne répondent plus à l'excitation électrique par courant induit; aucun réflexe ne peut être provoqué aux extrémités inférieures.
Ces particularités placent d'emblée ce fait en dehors de la catégorie des paralysies cérébrales suites d'apoplexie. En effet, s'il est possible d'observer, à la suite d'une apoplexie cérébrale, une paralysie simultanée des membres supérieurs et inférieurs, c'est sous forme d'hémiplégie que la lésion fonctionnelle se manifeste, et s'il existe certains cas de paralysie alterne dus à la lésion de la protubérance ou de la moelle allongée, je ne connais pas d'exemple de paralysie subite des trois membres avec paraplégie persistante, d'origine céré-
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brale. L'iiitégrilé complète des fonctions psychiques, la délimitation de la paralysie aux deux membres inférieurs et au membre supérieur gauche se rapportent bien plutôt à une affection intéressant plus spécialement Vappareil spinal, la moelle épinière ou son prolongement, la moelle allongée. Mais quelle est la nature de cette affection, et puis aussi quel siège plus précis peut-on assigner à la lésion, cause prochaine des accidents paralytiques?
Quanta la nature de l'alfection, l'instantanéité de l'invasion, la persistance de la paralysie après cinq mois de durée, imposent d'emblée l'idée d'une affection hémorrhagique. Quelle autre nature, en effet, pourrait-on assigner à cet ictus paralytique, apoplectiforme, par son mode d'invasion? On peut observer, il est vrai, chez les femmes et les jeunes filles hystériques, et quelquefois à la suite de suppression menstruelle, des paralysies nerveuses à invasion subite et de durée plus ou moins longue. Mais quelle différence entre l'affection qui nous occupe et la paralysie hystérique ne révèle pas l'analyse clinique un peu approfondie ! La paralysie hystérique ne survient pas sans autres phénomènes hystériques antécédents^ concomitants ou consécutifs. Rien de pareil dans le cas qui nous occupe; ni avant ni après l'attaque paralytique, notre malade n'a présenté le moindre phénomène de névrosisme. On ne peut pas considérer, en effet, comme tel les fourmillements, les élancements douloureux ressentis dans les Fnembres paralysés. Cette lésion de sensibilité a été instantanée; comme la paralysie motrice, elle a duré, en diminuant progressivement, plusieurs semaines, et depuis qu'elle a disparu, la sensibilité est restée intacte. Cette lésion fonctionnelle a eu évidemment une cause plus profonde que celle d'une simple névrose de sensibilité. L'hyperesthésie hystérique n'a ni ce siège délimité, ni cette persistance, ni cette marche suc-
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cessive graduelle. D'un autre côté, jamais la paralysie hystérique ne conduit aussi rapidement à l'atrophie musculaire des membres paralysés; elle n'abolit pas aussi absolument les réflexes ; la réflectilité spinale est, au contraire, parfois exagérée, et les muscles ne cessent pas aussi complètement de répondre à l'excitation galvanique.
Invoquera-t-on une simple congestion, une hyperémie spinale ? Mais la congestion et l'hyperémie ne persistent pas pendant des mois à un degré suffisant pour abolir complètement la motilité. Une simple congestion de la moelle ne peut pas rendre compte de la paralysie limitée à trois membres, avec persistance de la sensibilité tactile; elle ne peut pas borner son influence définitive aux fibres exclusivement motrices. J'en dirai autant de l'hydrorachis, lésion parfois consécutive à la congestion rachidienne prolongée. L'hydrorachis peut paralyser les deux membres inférieurs et agir également sur les membres supérieurs, mais il ne délimite pas son action sur l'élément moteur de la moelle; il agit en même temps sur la sensibiUté, qu'il engourdit et diminue. Jamais il ne donne lieu à l'atrophie consécutive rapide; il n'abolit pas les réflexes.
Quelquefois des tumeurs, des gommes syphilitiques donnent lieu à des attaques paralytiques se développant rapidement et parfois même apoplectiformes; vous en avez eu un exemple pendant l'année dernière ; mais ce sont là des attaques d'hémiplégie ou de paraplégie simple, selon le siège de la tumeur. Aucune tumeur ne peut, du reste, rendre compte de la forme paralytique qui nous occupe, de son mode d'invasion et de sa délimitation à trois membres.
L'embolisme, la thrombose et l'ischémie consécutive ne sont pas davantage discutables comme cause de cet ictus paralytique. L'élément causal (maladie du cœur ou des vais-