DENSITÉ
QUANTITÉ d'urine en 24 heures.
QUANTITÉ de glucose dans 1 litre.
QUANTITÉ de glucose rendue en 24 heures.
Litres.
Grammes.
Grammes.
Le 11 nov.
Le 12 »
Le 13 »
Le 14 »
Le 15 »
Moyenne par litre, 71,142; par 24 heures, 306&r,762.
Dans le but d'apprécier l'influence du régime alimentaire seul, on soumet pendant sept jours, du ik au 21, la malade à une alimentation réglée, consistant en 125 grammes seulement de pain, deux portions de viande, deux côtelettes, deux œufs ; aucun médicament n'est prescrit.
Sous l'influence de ce régime, la quantité d'urine diminue notablement; elle tombe de /|.375 grammes d'abord, du 15 au 18, à 3853 grammes, et du 19 au 22, à 2947; cette quantité est encore sensiblement égale à celle des boissons.
La quantité de glucose descend d'abord à 257^''", 20 puis à 167,82 dans les vingt-quatre heures. De 71,14 par 1000, la proportion est réduite à 56,49. La densité de l'urine oscille entre 1,0331 et 1,0376.
MALADIES DE l' APPAREIL UfilNAIRE.
Pour obtenir des résultats plus marqués encore, on essaie de remplacer les 125 grammes de pain par du pain de gluten; mais la malade refuse de se soumettre à cette alimentation. Le pain de gluten lui inspire un dégoût insurmontable.
Le 23, on commence le traitement pharmaceutique associé au régime.
On prescrit l'opium à dose progressive, à commencer par trois pilules de 2 centigrammes, et augmenter d'une pilule tous les jours. La tolérance pour l'opium permet de porter successivement ce médicament jusqu'à la dose de 20 pilules, sans produire de narcotisme; indépendamment de l'opium en substance, la malade prenait d grammes de thériaque et de 1 à 3 grammes de bicarbonate d'ammoniaque.
Sous l'influence de cette médication, la faim et la soif diminuent notablement; la sécrétion cutanée se rétablit; la sécheresse de la peau fait place à des sueurs assez abondantes pendant la nuit; le prurit cesse. La quantité de l'urine rendue en vingt-quatre heures, toujours égale à celle de la boisson, est réduite à 1567,5, la pesanteur spécifique descend à 1,0278.
La quantité absolue de glucose, en vingt-quatre heures, tombe à 77,059, et sa quantité proportionnelle, par 1000 grammes, descend à 47,43.
Jusque vers le 15 décembre la situation change peu, et les urines offrent des variations peu notables, qui se rattachent soit à des écarts de régime, soit à d'autres causes, dont nous nous occuperons plus loin. Nous étant aperçu que la malade, au lieu d'eau, consommait des boissons édulcorées, on prescrit l'abstinence de toute tisane, et on remplaça les boissons par l'eau pure, une solution de bicarbonate de soude, et plus tard par l'eau de Vichy.
Une nouvelle diminution de la quantité absolue et pro-
GLUCOSURIE. /l97
portionuelle de glucose est le résultat de ce changement. C'est ainsi que, du 24 au 28 décembre 1851, la glucose rendue en vingt-quatre heures n'est plus que de 2>[i°\'2i ou 19,78 • par 1000.
A différentes reprises on suspend l'opium, soit en raison de constipation, soit par suite de dérangements dans les l'onctions digestives de l'estomac, soit parce que le médicament provoque des phénomènes d'excitation générale ou des vertiges et un peu de somnolence. Ces rémissions dans le traitement ne changent pas notablement le plan général de la médication, qui est poursuivi avec persévérance.
Le 20 janvier 1852, le pain est entièrement supprimé, et dès le lendemain il n'y a plus que J2^",36 de sucre dans les urines.
Enfin, du 22 au 30, la glucose disparaît complètement. Elle reparaît plus tard, et atteint quelquefois un chiffre assez élevé, oscillant entre 12 grammes et 8J grammes dans les vingt-quatre heures.
Ces oscillations dépendent uianifestement d'écarts de régime, et chaque fois que le sucre reparaît en quantité notable, la malade fait l'aveu de sa faute. Le lait n'exerce aucune influence sur la quantité de glucose; on en prescrit un litre par jour; la malade consomme en outre, dans le courant de l'été, du beurre et de l'huile d'olive, de 50 à 100 grammes.
Il serait trop long et du reste sans intérêt de rapporter toutes les oscillations observées pendant le cours de l'année 1852. Souvent la malade ne rendait plus de sucre pendant une série de jours plus ou moins longue ; puis la glucose reparaissait pour disparaître de nouveau.
Pendant cette longue période, l'état général de la malade s'améliora progressiveinent; les forces musculaires, sans reprendre leur énergie première, se relevèrent manifestement;
498 MALADIES DE l'aPPAREIL I HINAIIIE.
l'embonpoint reparut, et sauf quelques dérangemenls intercurrents dans les fonctions digestives, dus aux médicaments et au régime, la santé habituelle était passable.
Enfm vers la fm de 1852 et au commencement de 1853, le traitement par l'opium, les alcalins et le régime ayant été continués avec persévérance, la glucose disparut complètement de .l'urine, et la malade put supporter successivement une alimentation féculente, portée de 100 à 250 grammes de pain et plusieurs pommes de terre ou des légumes.
Une fois seulement, dans le courant du mois de février, quelques grammes de glucose reparurent dans l'urine pour disparaître aussitôt.
Aujourd'hui la malade supporte parfaitement, sans rendre de sucre, une alimentation mixte, composée de viande, de 250 grammes de pain et de légumes. Mais la disposition aux récidives n'est pas anéantie, comme le prouve la dernière réapparition de la glucose après un abus de pommes de terre.
L'appétit est bon; mais la malade ne prend pas plus d'aliments que les convalescents, et se contente d'une portion de viande et de deux œufs; la soif n'est plus augmentée; l'embonpoint est revenu; mais les forces musculaires n'ont pas tout à fait repris leur énergie primitive.
Toutes les fonctions s'exécutent, du reste, comme à l'état normal. Dans le courant du mois de mars, à deux reprises différentes, on a constaté une petite quantité d'albumine dans l'urine ; mais le sucre n'a plus reparu.
Nous comptons garder cette malade à notre service jusqu'à la fin de l'hiver. Sans affirmer une guérison radicale, nous pensons que les rechutes pourront être évitées par un régime mixte et une alimentation composée de viande et de féculents en proportion convenable.
Quelques faits intéressants paraissent encore dignes d'être
GLUCOSURIE.
mentionnés. Je n'ai pas voulu les relater dans le cours de l'observation, à mesure qu'ils ont été constatés, a6nde ne pas surcharger de détails le résumé succinct de la marche de la maladie.
A différentes reprises, pendant la première période du traitement, on vit tomber le chiffre de la glucose à un minimum extraordinaire à la suite d'un purgatif.
L'examen des matières fécales fournit la raison d'être de ce fait. Pendant que les matières fécales solides des selles normales n'offrent pas de trace de glucose, les selles liquides fournies par le purgatif en contiennent dans une proportion considérable.
C'est ainsi que, dans le courant du mois de novembre 4851, la quantité de glucose rendue en vingt-quatre heures s'élevait habituellement à 167 grammes en moyenne. Le 28, à la suite d'un purgatif, le chiffre est réduit à !i9^%[i5 ; mais en revanche on trouve 23 grammes de glucose dans les matières fécales rendues.
L'examen chimique a de plus constaté l'absence de la glucose dans la sueur et dans la salive de la malade.
La température du corps, mesurée au thermomètre, n'a Jamais paru notablement abaissée i^du 15 au 20 décembre 1851); on a constaté 88 degrés d'une manière constante.
Tl résulte de cette observation clinique, secondée jour par jour par l'analyse exacte de l'urine :
1° Que la glucosurie n'est pas une maladie incurable, et que, si la disposition aux récidives ou aux rechutes ne saurait être contestée, il est possible, avec de la persévérance, de faire non-seulement disparaître le sucre de l'urine, mais d'amener graduellement les malades à supporter un régime
500 MALADIES DE l'aPPAREIL URINAIUE.
mixte, dans lequel les féculents entrent pour une forte proportion sans amener de rechute ;
2° Que la quantité de glucose rendue par les malades est assez sensiblement proportionnelle à la quantité de féculents pris comme aliments, et qu'il est possible de découvrir les écarts du régime prescrit par l'augmentation du chiffre de la glucose; que la quantité d'urine est sensiblement égale à celle de la boisson, et cette dernière proportionnelle à la quantité de féculents;
3° Que le régime joue incontestablement un grand rôle dans le traitement de la glucosurie;
Que le lait, les corps gras, le beurre, l'huile, les œufs et la viande doivent faire la base de l'alimentation ;
[i° Que l'abstinence complète de féculents paraît nécessaire pour faire disparaître complètement la glucose de l'urine ;
5° Que de petites quantités de pain, 100 grammes par jour, sont en général bien supportées et ne font pas reparaître le sucre dans l'urine, quand une fois la glucose cesse de se produire ;
6° Que la puissance d'assimilation augmente graduellement, et qu'il est possible, à l'aide des analyses chimiques, de constater le degré auquel il est convenable de s'arrêter ;
1° Que le régime est puissamment secondé par certains médicaments, et plus spécialement par l'emploi de l'opium à dose progressive et l'emploi des boissons alcalines ; que dans cette affection la tolérance pour l'opium est très-grande ;
8° Que la glucose se produit incontestablement dans l'appareil digestif, mais que l'absorption s'en empare habituellement, de manière à ce que les selles solides n'en contiennent pas de traces ;
9° Que les purgatifs peuvent diminuer la glucose dans les urines en évacuant par les selles une quantité plus ou moins
GLUCOSUlllli.
notable de cette substance, qui eût été éliminée par les urines.
Je m'abstiens à dessein de toute considération théorique sur la glucosurie. Je n'ai voulu que relater une observation, atin d'en déduire les conséquences qu'elle comporte.
Des observations et des expérimentations spéciales, que nous n'avons pas été en mesure de faire, peuvent seules résoudre les questions qu& la science formule, en vue d'élucider la cause prochaine du diabète.
LAUDANLM.
Observation d'empoisonnement par le laudanum.
{Gazette médicale de Slrashourg 1858.)
Dans la nuit du 3 au /j. février, les époux Fouderay, logés dans un hôtel garni de Strasbourg, prirent ensemble, dans l'intention de se suicider, une quantité considérable de laudanum, 80 grammes à peu près. Le lendemain seulement, à 3 heures de l'après-midi ^ on pénétra dans leur chambre; le mari était mort depuis un temps indéterminé; la femme, donnant encore quelques signes de vie, fut transportée à la clinique interne vers k heures du soir. On apprit que, longtemps avant son empoisonnement, elle avait été frappée de plusieurs attaques d'apoplexie, qu'elle était d'une intelligence affaiblie et atteinte d'une hémiplégie incomplète des membres droits. Pendant le trajet de l'hôtel à l'hôpital elle avait vomi; son manteau et ses habits étaient salis par un liquide jaune, exhalant l'odeur caractéristique du laudanum. L'interne de garde trouva la malade dans l'état suivant:
Décubitus dorsal, les traits présentent une remarquable expression d'immobilité et de calme, comme une statue de marbre, les yeux sont ouverts et d'une fixité étrange, la pupille très-contractée, se dilatant un peu par l'abaissement de la paupière. Les membres ont une certaine raideur, la sensibilité est obtuse, mais conservée; la malade n'exécute aucun mouvement, elle ne gémit pas et paraît plongée dans une stupeur profonde. Interrogée et secouée, elle répond
EMl'OISOMNEMliNT.
néanmoins à toutes les questions les mêmes paroles: «Je n'en sais rien. »
La parole est lente et bien accentuée, mais la voix éteinte et sans timbre.
Le pouls filiforme à 110, régulier. La température à l'aisselle à 37 degrés. Les extrémités froides, le teint plombé, cyanosé, mais pâle. La respiration est réduite à quatre inspirations par minute. Les veines jugulaires distendues.
Trois paquets d'ipéca, de 1 gramme, administrés successivement, provoquent encore un vomissement jaune, après lequel on préscrit une solution de 50 centigrammes de tannin dans 100 grammes de véhicule, à prendre par cuillerées de dix en dix minutes.
L'état de la malade reste le même pendant la nuit ; somnolence et stupeur profonde.
Le 5 février au matin on constate à peu près les mêmes symptômes que ceux ci-dessus mentionnés.
Aucune réaction, pas de trace d'un état congestif, leint pâle plombé, température à 37 1/2 degrés. Pouls très-petit, à 110, toujours régulier; choc du cœur parfaitement appréciable, bruits bien accentués, pouls veineux dans les jugulaires distendues. Immobilité complète des traits, regard fixe, contraction des pupilles, même rareté de la respiration, quatre ou cinq par minute. Les inspirations sont profondes, les intervalles irréguliers. L'air pénètre dans le poumon, à chaque inspiration bruit vésiculaire bien marqué. 11 n'y a pas de spasmes, mais un simple oubli de respirer. Urines involontaires, constipation, papules blanches de la grosseur d'une petite tête d'épingle, prurigineuses, assez nombreuses sous les clavicules et à la poitrine.
La raideur des muscles est moindre, la malade exécute lentement et avec tremblement quelques mouvements coni-
LAUDAiNUM. 505
mandés, du côté gauche plus facilement qu'à droite. A dilîerentes reprises elle inspire sous la même inlluence de la volonté, mais elle retombe aussitôt dans un état complet d'indifférence et d'insensibilité.
Prescriptions. Infusion de café noir répétée deux fois dans la journée. D'heure en heure une cuillerée de vin de Malaga. Lotions répétées au vin chaud aromatique.
Sous l'influence du même traitement continué les jours suivants, les symptômes les plus graves s'amendent, sans réaction aucune, sans phénomène congestif. Le 6, la respiration arrive à 9 inspirations par minute; le 8, elle est à 13; le 10, à 15; le IJ, à 16. La cyanose disparaît ainsi que le pouls des jugulaires, la température arrive à 37 degrés, puis à 38 degrés. Les mouvements deviennent plus libres, les traits perdent leur immobilité.
Le 18, la malade paraissait assez bien rétablie des suites immédiates de l'empoisonnement, elle pouvait être levée une partie de la journée, mais elle restait indifférente, hébétée, avec une certaine faiblesse paralytique du côté droit. Il nous a été impossible d'apprendre jusqu'à quel point cet état cérébral existait avant l'empoisonnement. Au bout de quelques semaines, la malade retombe dans un état d'indifférence et d'affaissement plus complet, ne pouvant plus quitter son lit; elle est atteinte de constipation opiniâtre, d'incontinence d'urine, et succombe à un décubitus gangréneux.
L'autopsie révéla plusieurs petits foyers apoplectiques très-anciens dans le lobe cérébral gauche. Le détail de ces lésions n'offre aucun intérêt spécial en ce qui concerne l'empoisonnement.
Réflexions. Dans les symptômes d'intoxication ci-dessus mentionnés, ce qui nous a le plus vivement frappé, c'est: 1° le ralentissement extraordinaire des mouvements do la
EMPOISONNEMliNl.
respiration; 2° l'absence de tout phénomène de congestion; 3° l'amélioration lente et progressive des symptômes, sans réaction, malgré une médication stimulante assez active.
Dans le cas particulier, l'influence toxique du laudanum paraît avoir plus spécialement revêtu la forme d'une action stupéfiante directe sur le système nerveux. Plongée dans un état d'indifférence complet, la malade oublie, si je puis dire, de respirer.
L'asphyxie est imminente, elle est annoncée par le teint plombé, par le refroidissement, par la plénitude des veines jugulaires, le pouls veineux, la distension du cœur droit, et cependant la malade reste dans un calme placide, avec une physionomie sans anxiété, dans une immobilité de statue. Non-seulement l'imminence de l'asphyxie, si évidente pour l'observateur, n'est pas perçue par la malade sous forme du besoin de respirer, mais l'excitation réflexe, le phénomène instinctif est lui-même suspendu par suite de l'état d'insensibilité de la moelle allongée elle-même. Cet état me paraissait avoir une certaine analogie avec les effets produits par la commotion cérébrale sur la respiration.
Pendant toute l'évolution de la maladie produite par le laudanum, le système vasculaire est resté, si je puis dire, indifférent à l'influence toxique. Aucune trace de congestion vers la tête n'a existé ni au début de l'empoisonnement ni dans la suite. La peau est restée constamment affaissée et pâle ; sauf la teinte plombée et la distension des jugulaires, évidemment consécutives au défaut des inspirations, rien à l'intérieur ne révélait un effet quelconque sur le système vasculaire. Le pouls était petit, filiforme, fréquent, comme dans l'asphyxie lente.
C'est lentement et progressivement, sans réaction vasculaire et sans accident congestif, que les effets stupéfiants du