‹ Fragments d'études pathologiques et cliniquesChapitre 31 sur 56 · LAUDANUM · texte numérisé non relu

LAUDANUM

Jaiidanuiii se dissipent en partie sous l'influence d'une médication stimulante. Le rétablissement des fonctions cérébrales ne pouvait cependant pas être complet dans un organe sillonné par des hémorrhagies antécédentes, sans ramollissement ultime et sans congestion apparente, ni pendant la vie ni à l'autopsie. La malade a succombé à un affaissement consécutif et surtout .à la gangrène du décubitus.

En relatant ce fait d'observation, je n'entends en aucune façon établir que le laudanum ne provoque jamais la mort par congestion cérébrale; mais ce fait prouve du moins que l'opium exerce une influence stupéfiante directe, qui peut dans certains cas apparaître dans toute sa simplicité sans cesser d'être très-grave.

TRAITEMENT

SYPHILIS CONSTITUTIONNELLE

Traitement de la syphilis constitutionnelle.

Messieurs,

Dans une carrière médicale qui touche aujourd'hui à sa fin, j'ai vu se produire et se dissiper bien des illusions thérapeutiques ; — comme tous mes confrères, j'ai eu les miennes.

Si j'ai dû renoncer à plus d'une croyance mal fondée, je ne suis cependant pas arrivé au scepticisme médical ; je crois toujours à la puissance de l'art de guérir, à l'efficacité de certains remèdes, à l'utilité de certaines médications.

Permettez-moi, Messieurs, de vous exposer successivement dans ces réunions confraternelles, celles de mes convictions pratiques qui se sont affermies par l'expérience. Je n'abuserai pas du temps de nos séances; j'utiliserai plus spécialement celles dont l'ordre du jour sera le moins chargé.

Parmi mes convictions les mieux établies, je trouve celle de la curabililé radicale et relativement rapide de la syphilis par une médication hydrargyreuse méthodique et sagement conduite, que j'appellerai liijdrargyrose subaiguë .

Cette conviction, je désire vous la faire partager et léguer à mes successeui's, comme une tradition de notre vieille école de Strasbourg, la méthode de traitement qui m'a paru la plus sûre.

SYPIirUS CONSTITUTION.NILLU:.

L'eflicacité du mercure dans le Iraitement de la syphilis n'est certes pas une nouveauté; elle est affirmée par l'expérience des siècles; elle est acceptée comme une vérité démontrée par l'immense majorité des praticiens : c'est presqu'un lieu commun vulgaire.

Cependant si vous creusez un peu plus profondément l'histoire passée et contemporaine, vous trouverez tout d'abord des contradicteurs convaincus et passionnés; ils contestent l'efficacité et n'affirment que les dangers de la médication hydrargyreuse.

Cette opinion médicale a pénétré dans les masses; elle fait partie intégrante des préjugés populaires qui souvent entravent la liberté d'action du médecin praticien.

Je crois inutile de m'escrimer ici contre une opinion autrefois doctrinale, mais qui n'est plus guère entretenue que par le charlatanisme des vendeurs de robs et de sirops ; — le peu de solidité de cette opinion ressortira du reste, je l'espère, de tout ce que nous dirons des résultats de notre propre observation.

Parmi les partisans même du mercure, les opinions les plus divergentes se produisent dès que vous pénétrez plus avant dans le détail de la médication hydrargyreuse, de son influence et de son mode d'application.

Les uns n'admettent plus la curabilité radicale de la syphilis, même par le mercure, dont ils reconnaissent du reste l'heureuse influence sur la marche et l'évolution des accidents spécifiques.

D'autres, et nous sommes du nombre, soutiennent que le mercure, méthodiquement employé, conduit à des guérisons radicales, et que la syphilis constitutionnelle n'est rien moins qu'un mal incurable.

La question du mode d'administration n'oflre pas de solution plus concordante.

TRAITEMENT

Les uns se déclarent partisans de l'administration interne; ils trouvent plus avantageux, plus sûr et plus efficace de faire servir le canal intestinal à l'absorption du remède. D'autres soutiennent la supériorité de l'absorption cutanée et préconisent plus spécialement le mode d'emploi qui porte le nom de traitement par frictions.

L'injection hypodermique, à son tour, n'est pas restée sans partisans.

Même divergence en ce qui concerne la rapidité, l'intensité et la durée de l'impression médicamenteuse à produire avec le mercure, pour arriver sûrement et rapidement à la guérison de la syphilis.

Les uns sacrifient tout à ce qui peut rendre la cure plus facile et le moins désagréable possible au malade; ils prennent leur temps et ne tentent pas de guérison rapide; peut-être pensent-ils arriver d'autant plus sûrement au but que l'administration du mercure est plus lente, plus insensible et plus prolongée.

Ce sont les nombreux partisans de Vhydrargyrose chronique, du traitement mercuriel sans, salivation, de la vieille méthode par extinction de Monlpellier.

Vhydrargijrose aiguë, employée dans les siècles passés, et plus spécialement exploitée par les médicastres des dix-septième et dix-huilième siècles, est depuis longtemps et trèsgénéralement abandonnée.

L'hydrargyrose subaiguë, par contre, cherche à produire dans l'organisme une influence médicamenteuse plus accentuée que celle introduite par la méthode par extinction, moins orageuse que celle de l'hydrargyrose aiguë et cependant suffisamment soutenue; elle ne redoute pas absolument la salivalion et la recherche même, en tant que signe physiologique favorable de l'action thérapeutique radicale. Cette méthode,

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prudente et hardie à la lois, compte encore bon nombre de partisans parmi les praticiens expérimentés de tous les pays.

Si les dilïerents modes et les différentes méthodes d'administration du métal que nous venons d'esquisser en grands traits divisent l'opinion du monde médical, la divergence n'est pas moindre en ce qui concerne les différentes préparations dont on peut faire usage, soit pour la médication interne ou externe. Les uns affectionnent plus spécialement les iodures et surtout le proto-iodure, d'autres préfèrent les chlorures et plus spécialement le sublimé.

Les uns préconisent les frictions avec l'onguent simple, d'autres préfèrent Tonguent double; une variété infinie de formules se disputent la prédilection des praticiens.

En face de tant d'opinions contradictoires, qui toutes en appellent à l'expérience, il semble bien difficile, même avec beaucoup d'esprit critique, d'arriver à une conviction sérieuse.

Faut-il donc que chaque jeune praticien recommence, ab ovo , au détriment de ses premiers malades, toute une série d'expérimentations, ou bien les vieux praticiens seraient-ils seuls autorisés à prétendre à des convictions légitimes? Telle n'est pas, Messieurs, ma pensée.

Je crois au contraire qu'avec un jugement sain, l'étude littéraire sérieuse et approfondie peut déjà singulièrement rapprocher du but. L'histoire des médications et des méthodes est à la portée de tout le monde : d'excellents livres, parmi lesquels je citerai celui de Simon de Hambourg, les exposent avec une grande érudition. Une étude historique consciencieuse peut, sinon suffire pour déterminer la conviction, du moins dégager certaines vérités pratiques, et circonscrire le domaine de l'expérimentation personnelle, en précisant les questions qu'il importe de résoudre.

TRAITEMENT

Parmi ces questions, la plus importante n'est pas celle de la préférence à donner à telle ou telle préparation, ou à tel ou tel mode d'administration interne ou externe. Il s'agit beaucoup moins de savoir si pour l'emploi interne les pilules de Sédillot valent mieux que les pilules de Dzondi, ou si le proto-iodure est préférable au bi-iodure; il s'agit également beaucoup moins de savoir si les frictions sont dans tous les cas plus avantageuses que la médication interne; ce qu'il importe avant tout, à notre avis, c'est d'établir expérimentalement quelle est la modification, ou, si vous aimez mieux, l'impression médicamenteuse générale à produire par la médication hydrargyreuse pour obtenir le plus rapidement (cito) et le plus sûrement (tuto) une guérison radicale de la syphilis constitutionnelle. Quant au troisième attribut de toute action thérapeutique, au jucunde^ ce serait vraiment être trop exigeant que de vouloir en faire une condition du traitement mercuriel.

Cette question capitale de l'effet médicamenteux à produire une fois résolue, il sera facile de se convaincre que le même but général peut être atteint par des voies différentes d'absorption et par différentes préparations, dont la valeur relative est à déterminer par le raisonnement et par Texpérimentation.

Pour apporter mon contingent à la solution de la question capitale que j'ai posée aussi nettement que possible, je ne pense pas qu'il soit nécessaire de reproduire ici l'historique de la discussion qui, depuis les siècles passés, s'agite entre les partisans de la méthode par extinction, que nous appellerons l'hydrargyrose chronique, et ceux qui préfèrent l'hydrargyrose subaiguë, ou une impression médicamenteuse plus rapide, suffisamment soutenue, mais non indéfiniment prolongée.

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Partisan convaincu de la dernière opinion, je crois plus avantageux, Messieurs, de faire ici, au lieu d'un historique de la question, que vous trouverez dans les livres, l'historique du développement de ma conviction personnelle. Ce genre d'histoire, que l'on fait rarement, peut aussi avoir quelque utilité; c'est à ce titre seulement que je me permettrai de vous entretenir de moi-même.

Quand j'entrai dans la carrière médicale, il y a plus de quarante ans, la médecine française ne s'était pas encore complètement dégagée des étreintes du dogmatisme de l'école de Broussais. -

La spécificité de la syphilis, la théorie d'un virus avaient été violemment combattues par des sectaires éloquents et des écrivains habiles. — La Faculté de Strasbourg était généralement fidèle à la méthode expérimentale et traditionnelle ; mais, à côté de la Faculté, l'hôpital militaire d'instruction comptait parmi ses professeurs des partisans de la doctrine du Val-de-Grâce. — Or c'est à l'hôpital militaire que j'entrai comme élève en 1829, et c'est dans cet établissement que je commençai mes premières études cliniques.

Dès mon début, je fus initié dans les idées de l'école de Broussais par Goupil, plus tard professeur à la Faculté, mais à cette époque aide-major à l'hôpital d'instruction.

Je lus également à cette époque quelques traités spéciaux écrits dans l'esprit de la doctrine du Val-de-Grâce, entre autres le traité de Bichon des Brus, entièrement consacré à la démonstration de la non-spécificité de la syphilis, du danger des traitements mercuriels et des avantages de la médication dite rationnelle ou antiphlogistique.

A côté de son jeune collègue, un vieux principal, il s'appelait Traché, était resté partisan du mercure. 11 l'administrait à tous ses malades syphilitiques, sous forme de liqueur de

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Yaii Swieten n° 1 et n° 2; la première, plus faible; la seconde, plus forte. — Rarement ses malades salivaient ; ils guérissaient aussi ; quelques-uns plus rapidement que ceux de Goupil. — Sortis de l'hôpital, je ne les revoyais plus.

Sans me permettre de jugement, il me semblait, d'après ces premières leçons de l'expérience d'autrui, que l'on pouvait guérir la vérole avec ou sans mercure, et qu'en somme la syphilis n'était pas une affection très-grave.

Bientôt je quittai la médecine militaire (1831), pour entrer, comme aide de clinique, à la Faculté.

Il n'existait pas, à cette époque, de clinique spéciale des maladies vénériennes à l'école de Strasbourg ; mais un praticien distingué, médecin en chef de l'hôpital civil, le docteur Ristelhueber, avait ouvert un enseignement libre dans ses salles de l'annexe, située à l'autre bout de la ville, dans la maison de détention, près des Ponts-Couverts.

J'allais aussi souvent que possible à ses visites. — Les idées que j'avais pu emporter de l'hôpital militaire furent singulièrement ébranlées et par les leçons pratiques du maître et par ce que je pus observer par moi-même. — Dans ce service plus considérable, l'enchaînement étiologique des accidents dérivant de la contagion vénérienne, l'unité de leur origine et de leur nature, leur spécificité, leur virulence, en un mot, furent mis pour moi pleinement en évidence par une observation clinique plus étendue et plus variée. — Les doutes qu'avait fait naître une doctrine séduisante au premier abord, se dissipèrent, et une première conviction, celle du virus vénérien, de ses effets multiples, différents de siège et de forme variée, celle de leur gravité s'imposa à mon esprit. Quarante années d'observation et de pratique médicale n'ont fait que la confirmer. — Ristelhueber, partisan déclare de la virulence et de la spécificité des maladies vénériennes.

SYI>1IILIS GONSTITLTION.NELLli.

n'était cependant nullement convaincu de l'unité du principe contagieux ou du virus vénérien; il admettait dès celte époque, comme un fait démontré par l'observation, que le chancre hunlérien était l'accident primitif par excellence de la vérole constitutionnelle. Sans nier absolument la possibilité d'une syphilis procédant d'une blennorrhagie, il émettait des doutes à cet égard. — Quant au traitement de la syphilis constitutionnelle, il était partisan déclaré de la médication hydrargyreuse comme médication spécifique. — Mais sa méthode de traitement différait essentiellement de celle que j'avais yu iiiettre en pratique à l'hôpital militaire. — La médication hydrargyreuse employée par Rislelhueber n'était point uniforme. Il employait ce que l'on peut appeler une hydrargyrose mitigée dans les accidents primitifs ou secondaires peu graves. — A cet effet, il donnait aussi souvent la liqueur de Van Swieten à dose uniforme; mais plus souvent il administrait des pilules de mercure soluble de Hahnemann ou de sublimé à doses progressives et poussées assez loin pour provoquer des effets physiologiques sensibles en même temps que des effets thérapeutiques. Mais ce fut plus spécialement dans les cas de syphilis constitutionnelle grave, dans les cas invétérés, chez les récidivistes, chez ceux qui^ depuis des mois et des années, languissaient sous l'influence d'une vérole incomplètement traitée ou mal guérie, que je pus apprécier, dès cette époque, les ressources d'une méthode de traitement qui, par mes études antérieures à l'hôpital militaire, m'était apparue comme une hérésie thérapeutique.

Quand je vis attaquer ces graves affections par des traitements mercuriels énergiques, quand je les vis céder souvent rapidement au traitement par frictions, je dus considérer comme erronée l'opinion de ceux qui prétendaient que le mercure n'exerçait aucune influence thérapeutique spécifique

TRAITEMENT

et n'était qu'un sérieux danger de plus des manifestations dites syphilitiques.

Cependant la gravité des salivations que je vis parfois se produire sous l'influence du mercure si hardiment administré, avait frappé mon imagination et, tout en reconnaissant l'heureuse influence thérapeutique de cette méthode de traitement, la guérison me semblait trop chèrement achetée par les tortures que les effets physiologiques du remède imposaient aux malades.

Je n'étais donc nullement devenu partisan enthousiaste de la méthode par friction. Malgré des eff'ets curatifs incontestables, elle m'inspirait plutôt de la répugnance. Cette impression resta longtemps dominante dans mon esprit; elle ne disparut ni sous l'influence de mes nombreuses lectures, ni sous l'influence des succès obtenus par d'autres praticiens très-distingués de Strasbourg qui préconisaient et appliquaient la méthode par frictions. Cependant l'exemple des Ristelhueber, des Schaal, des Hessert et de leurs élèves ne resta pas sans influence sur mon avenir et la direction de ma propre expérimentation.

En entrant dans la carrière pratique, en i83/i , j'avais certainement déjà beaucoup vu, beaucoup comparé^ et encore plus lu et médité; cependant, je dois le dire, je commençai mes expérimentations personnelles sans autre conviction arrêtée que celle de la spécificité de" la syphilis. — Quant au traitement, j'étais convaincu que l'on pouvait guérir des chancres, des bubons et des syphilides sans mercure, mais je n'étais pas sur que ces guérisons fussent solides et radicales. J'étais convaincu aussi de l'action spécifique du mercure. Enfin, quant aux méthodes, j'étais assez disposé à un éclectisme thérapeutique, dont le critérium cependant n'était encore rien moins que solidement établi. Ce critérium, en

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effet, n'était et ne pouvait être que l'expérience personnelle elle-même.

Cette expérience ne tarda pas à se former sous l'influence de conditions certainement favorables pour les débuts d'un jeune praticien.

En 18â/i, j'étais agrégé de la Faculté de médecine; bientôt après je fus nommé chef des cliniques, et dès 1837 je fus chargé par le ministre de l'instruction publique d'un enseignement clinique spécial, nouvellement créé, sur les maladies syphilitiques et cutanées. — C'était l'époque des brillants débuts de Ricord et de la réaction définitive contre les doctrines antispécifiques formulées par l'école de Broussais.

Déjà j'étais sur les points essentiels en communauté de conviction doctrinale avec le jeune maître qui, pendant tant d'années, allait dominer de son autorité la théorie et le traitement des maladies syphilitiques en France.

Je lus avec une vraie passion ses livres et ses écrits, je répétai ses expériences d'inoculation sur une assez grande échelle, et j'arrivai à peu près aux mêmes résultats. La distinction du bubon virulent ou chancre glandulaire et du bubon sympathique non virulent, me parut fondée en clinique, aussi bien que la différence fondamentale du virus blennorrhagique et chancreux. Cependant des faits incontestables me semblaient, dès mes débuts, démontrer la contagiosité de la syphiUs secondaire, niée dans les premiers temps par Ricord. Quant au traitement, j'avoue que l'autorité de Ricord exerça une grande influence sur mes premières expérimentations thérapeutiques. Je fus alors grand partisan du proto-iodure de mercure administré à l'intérieur.

Mais je ne tardai pas à me convaincre que les doses uniformes et en somme peu élevées conduisaient à des traitements mercuriels souvent indéfiniment prolongés, que les

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récidives étaient fréquentes et qu'en somme l'hydrargyrose chronique par médication interne, tout en introduisant dans l'organisme une très-grande quantité de métal, n'aboutissait cependant pas à des cures radicales.

C'est dans la pratique civile surtout que je fis k cet égard de nombreuses et tristes expériences. Permettez-moi d'en citer une qui m'a laissé une profonde et douloureuse impression. C'est l'histoire d'un jeune homme qui, atteint d'un chancre induré, se confia à cette époque à mes soins et que je traitai, dès le début, d'après la méthode de Ricord. Soumis à des conditions hygiéniques sévères, il prit régulièrement le remède à la dose de deux et plus tard de quatre pilules de proto-iodure de 5 centigrammes. Il ne survint pas de salivation et le chancre guérit au bout de quatre semaines.

Quoique le malade prît encore deux pilules pendant près de trois semaines après sa guérison apparente, il fut atteint quelques mois plus tard d'un psoriasis syphilitique et d'ulcérations superficielles du voile du palais. Je dus recommencer la médication. Elle fut de nouveau suivie avec persévérance. ^Les accidents secondaires avaient disparu après deux mois et le malade continua son traitement pendant un mois entier après cette nouvelle guérison apparente. Le malade n'avait pas salivé; mais ses organes digestifs étaient compromis; il digérait mal ; il était atteint d'une diarrhée chronique et avait beaucoup maigri. — Un séjour à la campagne, un régime approprié rétablirent ses forces et la régularité de ses fonctions. Il se croyait, et je le crus aussi, solidement guéri. Un an après il se fiança et se maria ; mais avant la fin de la première année de son mariage, l'éruption syphilitique reparut sous forme d'un psoriasis palmaire, avec des douleurs nocturnes dans le tibia. J'étais désolé autant que le patient, mais que faire ? Je proposai le traitement par frictions ; il ne fut

SyPTIlUS CONSTITUTIONNELLE.

point accepté ; je dus me résigner à recommencer encore une fois rhydrargyrose interne; je débutai, comme pour les frictions, par un traitement préparatoire, un régime sévère, des bains et quelques purgatifs; puis je recommençai le protoiodure, à doses faibles d'abord. Une pilule de i centigramme matin et soir, et j'augmentai, comme dans le traitement de Dzondi, d'une pilule tous les deux jours.

J'arrivai jusqu'à huit pilules matin et soir, sans provoquer d'accidents. Les symptômes syphilitiques s'amendèrent et disparurent complètement. Après trois mois de traitement, la guérison parut consolidée. Elle ne l'était cependant pas ; car plusieurs années après les douleurs ostéocopes reparurent. Elles cédèrent à une médication iodique longtemps continuée et reprise par trois fois à des intervalles de six mois. Depuis ce temps il n'y eut plus d'accidents syphilitiques caractérisés, mais la santé du malade ne redevint jamais ce qu'elle avait été dans sa jeunesse, et le mariage resta stérile.

Ce fait résume un grand nombre d'autres cas analogues que j'observai successivement. Il devint de plus en plus évident pour moi que cette thérapeutique était mauvaise, et c'est, forcé par cette évidence, que je revins dès 1840, dans mon enseignement cHnique aussi bien que dans ma pratique civile, aux traditions anciennes des Fabre, des Rust, des Ristelhueber, des Schaal, des Hessert, etc.

Je n'eus pas à m'en repentir.

Je ne vous fatiguerai point, Messieurs, par la relation de l'interminable série d'observations et d'expérimentations cliniques qui m'ont démontré la curabilité rapide et radicale de la syphilis constitutionnelle par la méthode dont je résumerai plus tard les règles et les préceptes.

De ces observations je ne donnerai que le résultat général, appuyé de quelques faits plus détaillés qui peuvent servir de

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types ou qui offrent par eux-mêmes un intérêt spécial. Je crois pouvoir diviser ces observations en deux groupes.

Le premier comprend les cas de syphilis secondaires récentes, traités d'emblée par l'hydrargyrose subaiguë. Ce sont en général des syphilides superficielles ou profondes, des ulcérations syphilitiques secondaires des muqueuses, des tubercules plats,- des iritis, parfois c'étaient même des affections osseuses, des périostoses, des gommes, etc. Or ces observations peuvent se résumer dans la proposition suivante: «Toutes les fois que j'ai pu faire accepter, dès le début de la syphilis constitutionnelle, la médication proposée, je n'ai eu qu'à m'en féliciter. La guérison en général était rapide et les récidives se comptent facilement, car elles représentent l'exception. »

J'ai suivi un grand nombre de mes anciens malades pendant dix, vingt et trente ans; beaucoup d'entre eux sont aujourd'hui presque des vieillards, des pères et des grandspères. Leur santé et celle de leurs enfants est restée excellente. Je m'inscris donc absolument en faux contre l'assertion désolante de l'incurabilité de la syphilis constitutionnelle.

Oui, celte idée d'incurabilité s'impose à l'esprit du praticien trop engagé dans une mauvaise voie thérapeutique ; elle est inévitablement la conséquence du traitement par extinction de la médication par Vhydrargyrose chronique qui longtemps a dominé, et qui malheureusement domine encore la pratique médicale. La première observation que j'ai citée est le spécimen-type de l'expérimentation poursuivie dans cette direction. Voici mis en regard le type des faits qui réfutent l'incurabilité.

En i8/|.0, je fus consulté par un jeune homme, étudiant en droit, qui, trois mois après un chancre, fut atteint de syphilides squammeuses ; c'était le ûls d'une bonne famille, d'ex -

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cellente constitution. J'obtins toute sa confiance et celle de ses parents. La proposition d'un traitement radical immédiat, mais rigoureux, fut acceptée avec empressement. — La cure préparatoire dura quinze jours et produisit, avec'^ l'amaigrissement du malade, une notable amélioration des accidents. Quatorze frictions furent ensuite pratiquées en trente-deux jours ; il survint une salivation après la sixième friction ; elle nécessita quelques purgatifs et une médication locale, avec une interruption de trois jours; les accidents syphilitiques avaient disparu à la huitième friction. — Très-amaigri et fatigué après sa cure, le malade se remit avec une grande rapidité, et sa santé, bientôt aussi bonne qu'avant, ne s'est plus altérée depuis. Il est aujourd'hui âgé de 58 ans, père de famille, et ses enfants sont bien portants; il n'a plus jamais eu aucune réminiscence de son ancienne affection.

J'ai recueilli bien des observations analogues de syphilis, de forme et de siège variés ; mais je ne vois aucun intérêt à les reproduire; j'aime mieux vous citer un cas d'insuccès grave; il démontre dans quelle condition on observe, de préférence, les récidives; car il serait contraire au bon sens et à la vérité scientifique d'avancer qu'elles ne se produisent jamais. En dehors de quelques cas de récidive assez rares chez des malades qui ont dû refaire soit un traitement mercuriel soit un traitement iodique, ma mémoire me rappelle un cas qui, traité dès le début, périt néanmoins victime d'accidents qui, en partie, peuvent être mis à charge de la syphilis constitutionnelle. — Il y a une quinzaine d'années , je fus appelé en consultation par un confrère de la campagne pour un cas grave d'ulcération du voile du palais, chez un homme aisé et père de famille. Quelques mois avant, il avait été atteint d'un chancre récent qui , sous l'influence d'un mauvais régime (le malade avait caché son affection et s'était traité lui-même),

TRAITEMENT

avait pris le caractère phagéclénique. Ce chancre s'était cicatrisé, néanmoins, sous l'influence d'une médication locale et de pilules mercurielles qui n'avaient point produit de salivation.

Le malade était amaigri et de constitution délicate; il n'avait pas été scrofuleux. L'ulcère siégeait au voile du palais et l'entamait déjà assez profondément dans l'étendue d'une pièce de 50 centimes sans perforation. Je proposai un traitement par frictions ; mais, vu l'imminence de la perforation, la cure préparatoire dut être limitée à deux bains. Des frictions de deux grammes d'abord, puis après quatre frictions de 5 grammes, furent pratiquées de deux jours l'un ; le malade saliva médiocrement ; mais après la dixième friction la cicatrisation marcha rapidement ; elle était complète avant la fin de la cure, qui fut poussée jusqu'à seize frictions. Le malade, très-affaibli , se remit cependant assez promptement, reprit ses occupations et resta bien portant pendant un an. Après un refroidissement et, selon le médecin traitant, après des débauches réitérées, le malade fut atteint de douleurs vives et profondes dans la région frontale de la racine du nez et du palais ; un gonflement diff'us comme œdémateux s'était produit dans la région du palais ; le voile était gonflé et douloureux, mais sans ulcération. Nous reconnûmes l'existence d'une périostite grave. Malgré une médication iodique et quelques frictions, l'affection arriva à la suppuration , le malade fut atteint d'accidents cérébraux graves, de coma et de convulsion ; il succomba à une périostite suppurée , probablement étendue jusqu'à la base du crâne. L'autopsie ne fut point accordée. Cette afl'ection était-elle syphilitique? ou bien le traitement mercuriel antérieur avait-il prédisposé le malade à une périostite phlegmoneuse ? Je ne trancherai point la question. Je cite le fait parce qu'il peut être compté comme un cas de récidive ; peut-être aussi démontre-t-il l'influence funeste

SYPHILIS CONSTITUTIONNELLE

des imprudences chez les malades qui ont subi des traitements mercuriels.

Quoi qu'il en soit, je puis affirmer que les faits de ce genre sont excessivement rares ; c'est le seul que j'aie observé dans ma longue carrière pratique. La guérison solide et radicale représente la règle. Les récidives constituent l'exception, et cette exception s'explique, soit par l'insuffisance de la durée du traitement préparatoire, soit par des écarts de régime ou des fautes commises pendant ou après la cure.

Dans une deuxième série d'observations sur laquelle s'appuie ma conviction , je range les cas de syphilis constitutionnelle plus graves qui avaient récidivé ou n'avaient point été guéris par des médications mercurielles antérieures. Les traitements subis avaient presque toujours été appliqués d'après la méthode de l'hydrargyrose chronique. La plupart de ces malades avaient pris à différentes reprises et pendant des mois des pilules de prolo-iodure, du sublimé ou d'autres préparations, des décoctions de Zittmann, de Feltz, de l'iodure à hautes doses à l'intérieur; d'autres, en plus petit nombre, avaient fait des traitements par frictions selon la vieille méthode de Montpellier, ou d'après la méthode de Montpellier rajeunie et modifiée par le professeur Siegmund. Cette série d'observations très-nombreuses et poursuivies depuis quarante ans a exercé sur mes convictions une double influence. D'un côté elle m'a démontré l'inefficacité et l'insuffisance de l'hydrargyrose chronique, ses fâcheux effets sur la constitution des malades ; enfin l'incurabilité souvent radicale de la vérole par ce type de traitement ; de l'autre, la possibilité d'obtenir des guérisons rapides, solides et radicales, même dans des cas presque désespérés, par l'hydrargyrose subaiguë et plus spécialement parle traitement par frictions, rigoureusement exécuté d'après les règles et les préceptes formulés déjà dans

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ce qu'il y a d'essentiel par Fabre, par Rust, par Simon de Hambourg, et tel qu'il a toujours été appliqué à Strasbourg par bon nombre de praticiens de notre antique cité universitaire. Parmi ces nombreuses observations, je me permettrai de relater brièvement quelques faits plus spécialement dignes d'intérêt.

Un des plus remarquables concerne un cas de syphilis invétérée avec cachexie prononcée, que je fus appelé à traiter avec mon collègue, M. le professeur Bach, il y a une vingtaine d'années. C'était un homme d'une trentaine d'années, autrefois robuste et de bonne constitution. Ce jeune homme avait contracté, quelques années auparavant, un chancre et fut atteint bientôt après de syphilides. D'une prodigieuse activité et engagé dans les grandes affaires, il n'avait jamais subi de traitement régulier entraînant la suspension absolue de ses occupations; mais il avait pris, sous la direction de plusieurs médecins, des préparations mercurielles et iodiques pendant des semaines et des mois. Les médications multiples, séparées par des intervalles de guérlson apparente ou de simples améliorations, n'avaient abouti qu'à d'incessantes rechutes et, finalement, à une situation presque désespérée. — L'état dans lequel le malade s'est présenté à notre observation était des plus graves. Depuis plusieurs semaines il n'avait plus quitté la chambre que pour venir à Strasbourg, dans un hôtel où il était descendu, en vue d'avoir l'avis de M. Bach et le mien, sur le traitement à employer et qu'il comptait suivre chez lui. Sa constitution était profondément minée, l'habitus cachectique, le teint pâle et terreux dans la I région de la peau que la syphilide, dont elle était couverte, i laissait encore libre. Sa physionomie était méconnaissable. Sur 1 le front, aux ailes du nez, sur les joues et le menton existaient, soit de gros tubercules en voie de développement, soit

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des cicatrices, soit des croûtes épaisses sous lesquelles se cachaient des ulcérations serpigineuses. Une éruption analogue, par plaques tuberculeuses et crustacées, ravageait le dos, les épaules et la poitrine. Des lésions semblables plus discrètes existaient aux membres supérieurs et inférieurs, laissant cependant entre elles d'assez grands intervalles, surtout aux faces internes, et permettaient encore une médication externe. Des douleurs nocturnes empêchaient presque absolument le sommeil depuis plusieurs semaines, et les tibias étaient couverts de périostoses circonscrites multiples. Les muqueuses J)uccale et pharyngienne étaient intactes ; mais l'appétit était nul, les digestions difficiles et la diarrhée fréquente. L'amaigrissement était notable et les forces presque épuisées. Les organes respiratoires étaient intacts et la circulation régulière ; cependant vers le soir le malade prétendait avoir des mouvements fébriles.

Après consultation, nous tombâmes d'accord, M. Bach et moi, que la meilleure chance de salut devait être cherchée dans un traitement par frictions régulier et méthodique, modifié selon les indications fournies par la cachexie profonde et l'extrême faiblesse du malade.

Quand la proposition fut faite au malade, il nous répondit que si nous n'avions à lui proposer qu'un nouveau traitement mercuriel, il n'avait plus qu'à se laisser mourir; qu'il était gorgé de mercure et d'iode; qu'il avait pris des pilules par centaines et la solution d'iodurepar litres. A force d'insistance, il se laissa persuader et prit la résolution virile de se soumettre à nos prescriptions*

Le traitement préparatoire fut moins rigoureux que d'ordinairô. Quant au régime alimentaire, on permit une aile de poulet ou une côtelette au repas principal. Les purgatifs ne furent administrés qu'avec précaution, à des intervalles plus

TfiAITEMENï.

éloignés; nous insistâmes sur les bains, les décoctions de bois sudoriûques. Ce traitement dura néanmoins près de trois semaines; il améliora sensiblement l'irritation des plaies ulcéreuses et l'état général. La seconde période fut conduite avec précaution. On commença les frictions à la dose de 2 grammes seulement, puis à la dose de 5 grammes de deux jours l'un; le malade fut maintenu au lit jusqu'à 11 heures du malin, et se couchait a 5 heures. Il resta dans une température constante de 18 degrés et ne changeait de linge qu'autant que la nécessité de la suppuration le commandait dans les premiers temps. Il saliva après la dixième friction. Le traitement ne fut interrompu que quelques' jours et repris dès que les accidents de la bouche se furent un peu calmés; les accidents ne redevinrent nullement graves après la reprise des frictions, qui furent continuées jusqu'à vingt-trois. Dès que la salivation parut, l'effet thérapeutique s'accentua et la guérison des tubercules et des ulcères était achevée en même temps que la deuxième période de la cure. Après un repos de quelques jours, le malade fit encore quelques frictions supplémentaires, à trois jours d'intervalle; puis enûn, après plus de six semaines de frictions, il prit quelques bains et fut soumis au régime reconstitutif de la troisième période. — La rapidité du retour de ce malade à une santé dont il avait perdu, si je puis dire, le souvenir, fut remarquable. En moins d'un mois il s'était refait, avait repris des forces, un certain degré d'embonpoint et une bonne teinte de la peau. Cette dernière, malheureusement, surtout à la face, était couturée de cicatrices encore rouges, analogues plutôt à celles de la brûlure qu'à celles de la variole. Mais enfln la guérison était solide.

Un traitement iodique consécutif fut conseillé après deux mois et dura quelques semaines, sans changement du régime

528 SYPHILIS CONSTITUTIONNELLE

ordinaire. J'ai suivi ce malade jusque dans ces derniers temps où il a quitté l'Alsace. Il s'est marié deux années après sa cure; mais ici je dois mentionner un fait intéressant. A trois reprises différentes, sa femme devint enceinte et fit successivement trois fausses couches à trois mois. Consulté par le mari et la femme, je ne pus découvrir ni chez l'une ni chez l'autre aucun symptôme suspect de syphilis. Je conseillai néanmoins un nouveau traitement iodique au mari. Quelques mois après, nouvelle grossesse qui arriva à terme avec un enfant bien constitué, qui vécut et prospéra. Deux autres enfants suivirent, et rien chez ces enfants ne vint révéler un mal héréditaire. J'ai revu souvent mon ancien malade, et jamais il n'a plus eu de symptômes suspects.

Je retrouve dans mes observations un fait analogue d'un cas de tubercules syphilitiques d'une extrême gravité et aussi solidement, aussi radicalement guéri.

Appelé à Colmar en consultation par deux confrères pour un cas de syphilis désespéré, il y a vingt ans, je fus mis en présence d'un jeune homme d'une vingtaine d'années qui, après un chancre, fut atteint de syphilides. Après plusieurs traitements mercuriels et iodiques insuffisants, et de récidives en récidives, il en était arrivé à un état de profonde cachexie. Depuis plusieurs semaines il n'avait plus quitté le lit, ses nuits étaient sans sommeil, des douleurs nocturnes lui arrachaient des plaintes incessantes, sa face était couverte de croûtes épaisses comme des écailles d'huître, et la même lésion existait aux membres et sur le tronc; l'amaigrissement était notable, les fonctions digestives étaient troublées par de l'inappétence et par des accidents de dyspepsie, suite de traitements internes répétés sans succès. Dans la consultation et après discussion des traitements divers proposés, on s'arrêta à la tentative d'un nouveau traitement mercuriel à instituer d'après le type de l'hydrargyrose subaiguë par frictions. Ce

TUATTEMENT.

traitement, dirigé par mes habiles confrères, aboutit, après salivation assez orageuse, à une guérison radicale. J'ai revu souvent cet homme depuis cette époque. Il est resté défiguré par de nombreuses cicatrices, mais il n'a plus eu d'accidents syphilitiques. Sa constitution, cependant déjà peu forte avant sa maladie, est restée faible. Il ne s'est pas marié. En 1856 il a été atteint d'hémoptysie, mais il n'est cependant pas devenu phthisique ; il s'est remis au contraire, et ce n'est que depuis quelques années que je l'ai perdu de vue.

J'ai traité par la même méthode un très-grand nombre d'ulcères profonds du voile du palais, avec ou sans perforation, qui avaient résisté à des médications mercurielles et iodiques antérieures. Ces lésions graves ont été rapidement guéries sans récidives ultérieures. J'ai suivi plusieurs de ces anciens malades depuis de longues années et j'ai pu m'assurer de la solidité de leur guérison. Pour ne citer que quelques faits, je mentionnerai celui d'une jeune femme qui me fit appeler, il y a douze ans, pour une affection de la gorge. C'était un ulcère évidemment syphilitique occupant la partie gauche du voile du palais. L'ulcération, arrondie comme une pièce de vingt centimes, entamait déjà profondément le voile ; elle avait pris sans succès de l'iode et des pilules de sublimé; la perforation était imminente. Sans nouveau traitement préparatoire, j'instituai la médication par frictions avec toutes les précautions voulues et un régime des plus sévères. La guérison fut rapide, après une salivation médiocre. La médication fut continuée jusqu'à seize frictions et dura plus d'un mois et demi. La reconstitution fut rapide et la santé redevint excellente. Mariée depuis, elle donna le jour à deux enfants bien portants.

Je pourrai citer plusieurs observations d'hommes que j'ai traités jadis pour des accidents graves du mémo genre et

530 siriiiLJS.

qui, restés bien portants, sont aujourd'hui pères d'enfants robustes.

Sans m'arrèter à ces laits très-ordinaires je vous demanderai la permission de rapporter très-brièvement l'observation d'un cas d'ulcération destructive du voile du palais, traite pendant des mois sans succès par la méthode de Siegmund, et guéri en peu de temps, et je l'espère radicalement, par la vieille méthode.

Il y a quelques années, mon confrère M. le docteur Sée me pria de l'assister dans le traitement d'un jeune homme de Francfort, atteint d'une grave affection syphilitique. A la suite d'un chancre, ce jeune homme avait été affecté d'un ulcère à la gorge de nature syphilitique. Après plusieurs traitements mercuriels et iodiques suivis de récidives ou d'insuccès, il fut soumis par un médecin de Francfort au traitement par frictions, d'après la méthode de Siegmund. Cette méthode avait été suivie avec rigueur et persévérance pendant plusieui,mois ; le malade avait fait cinquante frictions sans saliver, mais aussi sans obtenir ni guérison, ni même amélioration durable. Quand il me fut présenté, sa physionomie était cachectique, son teint terreux et pâle, l'amaigrissement considérable, la voix rauque et nasonnée, Thaleine fétide, la déglutition très-difficile, les liquides revenant en partie par les narines, les substances solides causaient de vives douleurs. A l'inspection on put constater une destruction trèsétendue, on peut même dire presque complète du voile du palais; les piliers seuls, à bords échancrés et couverts d'une couenne jaunâtre, étaient encore assez intacts. La paroi postérieure du pharynx était aussi entamée. Malgré ces graves désordres et la grande quantité de mercure déjà absorbée, je crus devoir insister sur un nouveau traitement mercuriel. dirigé d'après d'aulres règles et un autre principe que celui

TRA.ITEi\IENT.

d'introduire un spécifique thérapeutique, tout en évitant ses eflets physiologiques. M. Sée voulut bien se charger a la Toussaint de la direction de cette nouvelle médication.

Le résultat fut des plus satisfaisants. Après six semaines et une salivation facilement maintenue à un degré modéré, la cicatrisation était solide et complète ; la voix était beaucoup moins nasonnée, la déglutition assez facile. Mais ce qui fut surtout remarquable, ce fut la rapidité et la plénitude de la reconstitution du malade. L'état cachectique disparut déjà pendant l'emploi des frictions et le malade reprit un meilleur teint. Je l'ai vu un an après sa guérison dans un état de santé florissant.

Parmi les cas graves de syphilis constitutionnelle radicalement et rapidement guéris, je retrouve également quelques faits bien remarquables de syphilis cérébrale et spinale; ils démontrent que la syphilis viscérale ne résiste pas plus à un traitement méthodique que la syphilis cutanée ou osseuse. Les accidents syphilitiques du cerveau et de la moelle ont été longtemps méconnus. Notre ancienne clinique de Strasbourg n'est pas restée étrangère à la démonstration de l'existence de cette forme de syphihs viscérale, bien autrement grave dans ses conséquences que celle de la peau et des muqueuses. 11 m'est bien permis de le rappeler, car bien des gens ont fait ■ semblant d'ignorer d'où leur sont venues les premières obser- 'Valions incontestables de syphilis cérébrale. Quoi qu'il en soit, j'ai traité avec succès, soit seul, soit avec des confrères, au • moins vingt cas d'hémiplégie syphilitique compliquée d'altéî ration plus ou moins grave de l'intelligence ou de convulsions I épi lepti formes. Tous ont été radicalement guéris de leur !■ syphilis par un traitement méthodique par frictions, mais ! tous n'ont pas repris l'intégrité de leurs fonctions cérébrales. iChez plusieurs , des hémiplégies incomplètes ont persisté

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