‹ Fragments d'études pathologiques et cliniquesChapitre 32 sur 56 · SYPHILIS · texte numérisé non relu

SYPHILIS

après la cure, et deux malades sont restés frappés d'imbécillité. Ces faits s'expliquent par les effets désastreux que des inflammations chroniques ou des gommes syphilitiques produisent nécessairement dans un tissu aussi délicat que celui du cerveau. Quand le mal n'est pas attaqué dès le début par un traitement énergique, les fibres et les cellules cérébrales comprimées ou ramollies disparaissent et la lésion fonctionnelle symptomatique devient incurable, de même qu'une cicatrice de la peau ou de l'os devient indélébile. 11 en est de même des affections de l'œil ou de l'oreille, de l'iritis syphilitique;

Mon but n'étant pas de traiter ici de la syphilis cérébrale, je n'entrerai pas dans de plus longs détails à cet égard. Je me permettrai seulement de vous rapporter un cas de syphilis spinale ou de paraplégie syphilitique très-grave, d'abord méconnue , puis diagnostiquée et rapidement guérie par l'hydrargyrose méthodique.

Il y a une dizaine d'années, je fus appelé en consultation pour donner mon avis sur un cas de paraplégie développée très-rapidement, sans cause connue; c'était chez un homme âgé de 36 ans, d'une bonne constitution et d'un tempérament nervoso-sanguin , marié depuis plusieurs années sans avoir eu d'enfant. Avant son mariage, il avait été atteint d'une paralysie du nerf oculo-moteur commun de l'œil droit, avec chute incomplète de la paupière, strabisme, diplopie et dilatation de la pupille droite. Cette affection avait été traitée et guérie à peu près complètement par des vésicatoires et des pilules purgatives de calomel et de jalap. Il ne restait plus qu'une légère dilatation de la pupille et un peu de convergence du globe de l'œil. Bien portant depuis cette époque, il n'avait souffert que de douleurs erratiques rhumaloïdes. La maladie actuelle datait de huit jours seulement; elle s'était

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développée très-rapidement, à la suite d'une fatigue, sans douleurs dans le rachis, par une sensation d'engourdissement, de lourdeur, de fourmillement des deux extrémités inférieures. Dès le troisième jour, les mouvements volontaires étaient complètement abolis, la sensibilité assez bien conservée, la miction difîicile. Au moment de l'examen, la paraplégie motrice était complète. Désirant se soumettre complètement à ma direction , le malade se fit transporter dans une maison de santé. Malgré l'examen le plus attentif, il me fut impossible de déterminer, dans les premiers jours de son admission, la cause et la nature de cette affection spinale. Je crus avoir affaire à une paraplégie congestive de cause rhumatismale, et je commençai la médication par des applications de ventouses et des cautérisations ponctuées le long du rachis. La paralysie de la vessie étant complète , le cathétérisme dut être pratiqué deux fois par jour, et les selles ne se produisaient qu'à l'aide de pilules purgatives. Pendant près de huit jours déjà, cette médication était appliquée sans succès, quand, en examinant l'œil du malade, je songeai à la possibilité d'une affection spécifique comme cause possible de la paralysie de l'oculo-moteur. J'avais en effet assez souvent déjà observé ce genre de paralysie à la suite de la syphilis. Je constatai, par l'interrogation, des antécédents suspects; le malade avait eu à l'àge de !29 ans des accidents primitifs, mais il ne croyait pas avoir eu d'accidents secondaires. En explorant les différentes régions du corps, je constatai néanmoins sur le front, à la racine des cheveux, une petite tumeur de la grosseur d'un pois , douloureuse à la pression , dure et confondue par sa base assez large avec l'os frontal; une autre tuméfaction, plus dift'use et également douloureuse, existait dans la région pariétale droite. Ces tumeurs étaient évidemment de nature suspecte, et quoiqu'il n'existât pas de douleurs ostéocopes, je

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diagnostiquai des périostoses gommeuses de nature syphilitique. Je me crus autorisé dès lors à conclure k l'identité de nature des accidents divers observés chez ce malade, et j'attribuai la paraplégie au développement probable d'une gomme syphilitique intra-rachidienne, peut-être médullaire, comprimant les cordons antérieurs de la moelle. J'instituai immédiatement la médication en conséquence. Pendant huit jours je fis prendre au malade, tous les jours, un bain d'une heure et, de deux jours Tun, un purgatif; je prescrivis un régime sévère de trois soupes seulement par jour, et , sans pousser plus loin cette cure préparatoire, je fis commencer les frictions mercurielles à la dose de 3 grammes d'abord , puis de 5 grammes de deux jours l'un : la première aux mollets, la deuxième aux cuisses, la troisième sur le ventre, la quatrième à la face interne des bras et des avant-bras. Dès le treizième jour, c'est-à-dire après la sixième friction , le malade eut un peu de stomatite ; mais en même temps le mouvement reparut aux extrémités inférieures, faible d'abord, puis peu à ' peu plus accentué. L'hydrargyrose n'était pas encore terminée, , que déjà la guérison de la paraplégie était assurée ; la miction t put se faire spontanément, mais la rétention d'urine avait \ fait place à un certain degré d'incontinence. La cure fut sus- | pendue après la seizième friction. Les tumeurs du crâne avaient toutes disparu avant la fin du traitement. Après la cessation des frictions et pendant la période reconstitutive, la paraplégie continua à s'améliorer et finit par faire place à une simple faiblesse des extrémités ; cette faiblesse et un certain degré d'incontinence d'urine persistèrent assez longtemps. Mais le malade, après un séjour aux eaux thermales, reprit complètement l'usage de ses membres inférieurs. Jusqu'à ce jour il est resté bien portant, n'a jamais eu d'enfant, n'a eu aucune rechute d'accidents spécifiques.

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Cette observation démontre que des tumeurs gommeuses peuvent se développer d'emblée, sans lésions antécédentes de la peau ou des muqueuses, et que ce genre d'affection peut être la première manifestation de la syphilis constitutionnelle. Or une syphilis cérébrale ou spinale, développée d'emblée chez un malade qui n'a jamais présenté d'accidents secondaires caractéristiques, est très-facilement méconnue; et, pour établir un diagnostic, il importe de tenir compte de tout ce qui peut devenir un indice de la nature du mal, des accidents primitifs aussi bien que des moindres phénomènes concomitants suspects.

L'efficacité du traitement mercuriel peut, dans des cas de ce genre, confirmer le diagnostic. La persistance de la paralysie à la suite de syphilis cérébro-spinale, traitée parla méthode de l'hydrargyrose subaiguë, ne prouve pas son inefficacité contre la syphilis. On comprend en effet très-bien que si une gomme cérébrale ou spinale intra-crânienne ou intra-rachidienne a trop longtemps comprimé des éléments nerveux, fibres ou cellules, l'atrophie ou la disparition par cicatrice des éléments nerveux, des fibres ou des cellules, produit des lésions fonctionnelles irrémédiables. Les cicatrices des gommes cutanées, sous -cutanées ou sous-périostiques ne sont-elles pas aussi indélébiles? Si elles ne laissent pas à leur suite de lésions fonctionnelles, c'est que le tissu cicatriciel ou une atrophie partielle du tissu osseux sont sans influence sur un os qui ne fonctionne que comme levier mécanique, tandis qu'il en est tout autrement pour le tissu nerveux.

Dans plusieurs cas de syphilis cérébrale que j'ai traités, l'hémiplégie, après s'être notablement améliorée, s'est maintenue à un certain degré et finalement a persisté sous forme d'une lésion fonctionnelle incurable. La vue peut aussi être à jamais compromise par différentes lésions persistantes consé-

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cutives à l'iritis syphilitique, et cela malgré la guérison solide et radicale de la syphilis elle-même.

Il existe toute une série de lésions organiques et d'accidents fonctionnels consécutifs qui échappent absolument a l'action du traitement spécifique, par cela seul qu'ils persistent après la guérison de la maladie virulente sous forme d'altérations ou de tissus indélébiles.

C'est ainsi que certains rétrécissements avec cornage sont l'inévitable conséquence de l'ulcération de la trachée; c'est ainsi que le testicule syphilitique peut amener l'atrophie de l'organe et la stérilité, l'hépatite syphihtique des lésions irrémédiables et mortelles des fonctions hépatiques et de la circulation abdominale.

Le meilleur traitement antisyphilitique ne guérit pas tous es cas de syphilis et ne peut pas guérir toutes les lésions consécutives aux ravages de cette cruelle maladie.

La cachexie consécutive k la syphilis produit dans les organes des altérations de nutrition qui modifient profondément la structure des tissus. Procédant de la syphilis, de pareilles lésions ne sont cependant plus de nature syphilitique. C'est ainsi que la syphilis invétérée conduit à l'albuminurie et à de profondes altérations du tissu rénal avec hydropisie, absolument réfractaires aux trailemenls spécifiques.

Il y a plus, la médication hydrargyreuse dans de telles conditions est plus nuisible qu'utile. Elle peut, d'autre part, malgré les plus grandes précautions, produire par elle-même des accidents graves, de véritables intoxications mercurielles aiguës et même la mort. Dans une pratique de plus de trente ans, j'ai pu éviter en général les salivations orageuses; je n'ai jamais constaté la nécrose des os de la mâchoire, la chute des dents, l'hydrargyrie grave de la peau. Néanmoins j'ai eu la douleur de perdre de mort presque subite un de mes ma-

TRAITEMENT

lades qui n'avait point salivé et qui était arrivé à la fin d'un traitement par frictions.

Cette observation offre assez d'intérêt pour être brièvement rapportée ; car il importe de ne pas cacher les revers.

Il y a cinq ans, je fus consulté par un jeune homme étranger à la ville. A la suite de chancre, il avait été atteint de syphilide qui, après plusieurs récidives, avait pris le caractère grave de tubercules syphilitiques ulcérés de la peau. Les traitements ordinaires mercuriels et iodiques avaient été prodigués sans succès depuis plusieurs mois. — J'engageai le n)alade à entrer dans la Toussaint, pour se soumettre à un traitement plus régulier et plus efficace.

Il supporta patiemment la cure préparatoire et une dizaine de frictions faites de deux jours l'un. Mais, son état s'étant très-seusiblement amélioré, il refusa de continuer son traitement et rentra chez lui. Les ulcères étaient en grande partie cicatrisés et tous les tubercules affaissés. Je le prévins de la probabilité d'une rechute. — Elle se produisit effectivement. — Avant la fin de l'année il se présenta dans un état plus grave que la première fois. Les tubercules s'étaient reproduits a la face et sur différentes régions du tronc. — Sa constitution était altérée; il avait le teint jaune terreux, se plaignait de palpitations et d'un peu de dyspnée. Par l'examen du cœur, je pus constater un souffle syslolique à la pointe. Il n'existait du reste ni œdème des extrémités, ni albuminurie, ni lésion pulmonaire appréciable. — Malgré ces conditions défavorables, je crus pouvoir tenter une nouvelle cure mercurielle. — Elle fut instituée avec beaucoup de précautions et régulièrement conduite, sans accident, jusqu'à la douzième friction. Aucune salivation ne s'était produite et toutes les lésions syphilitiques étaient arrivées en pleine voie d'évolution régressive. — J'avais visité le malade le matin et n'avais constaté aucun symptôme

SVPIIIUS.

grave, quand je fus appelé subilemenl vers midi. Une heure avant, le malade avait eu subitement une grande dyspnée avec anxiété et syncope imminente. Je le trouvai assis dans son lit, couvert d'une sueur froide, la face pâle et anxieuse, le pouls filiforme très-fréquent, l'intelligence nette. Je fis immédiatement appliquer des sinapismes, j'administrai du vin généreux, de l'éther valérianique , puis de l'esprit de nitre dulcifié; le tout sans succès. Un bain sinapisé resta également inefficace. La circulation devint de plus en plus irrégulière, l'anxiété plus grande, et le malade succomba en ma présence au bout d'un quart d'heure. — L'autopsie ne fut point accordée. — Je ne sais si l'affection du cœur a été pour quelque chose dans cette mort presque subite. En tout cas, les accidents ressemblent à ceux que Rust décrit comme effets possibles du traitement mercuriel dans certains cas d'intolérance.

Quelque rares que soient les cas de ce genre, ils prouvent que l'hydrargyrose subaiguë est une médication dont il faut surveiller l'action avec le plus grand soin et qui même peut devenir dangereuse malgré les plus grandes précautions. Mais il est évident, d'autre part, que la rareté extrême de ces accidents ne doit pas faire renoncer à un traitement qui, plus que tout autre, offre des garanties pour une guérison radicale.

Il est à remarquer du reste que, pour être moins évidents, les dangers de l'hydrargyrose chronique sont en réalité bien plus certains et tout aussi graves. Elle conduit eu effet presque infailliblement à la cachexie mercurielle et à des lésions consécutives le plus souvent irrémédiables.

Avant de terminer cet exposé sommaire des faits qui servent de base à mes convictions thérapeutiques, je dois vous prémunir contre une interprétation qui fausserait ma pensée.

En vous communiquant le résumé de mon expérience sur

riiy(li ar£,7ro.se subaiguë, ou, si vous aimez mieux, sur le traitement par frictions, je n'ai voulu que vous démontrer que cette ujétlicalion offre au praticien une ressource précieuse dans les cas les plus graves, et que dans les cas légers ou récents, elle donne le plus de sécurité pour l'avenir des malades. — Mais je suis loin de vouloir généraliser cette méthode, en contestant la possibilité de traiter avec succès et de guérir la syphilis par d'autres méthodes de traitement moins difficiles à manier et plus faciles a adapter aux exigences ordinaires des malades.

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Messieurs,

Dans une première conférence, j'ai eu l'honneur de vous exposer le développement et, si je puis dire, la raison d'être de mes convictions sur le traitenient qui, dans la syphilis constitutionnelle, me paraît a la fois le plus rapide et le plus sûr. Il me reste a vous indiquer les règles et les préceptes les plus essentiels de cette méthode curative, tels que l'expérience les formule.

D'ordinaire le traitement comprend trois périodes dislincles, à savoir : la cure préparatoire; 2'' la cure spécifique ou l'hydrargyrose proprement dite ; 3" la cure reconstitutive.

La cure préparatoire est fondée sur les faits d'observation et d'expérience qui constatent que le mercure n'agit pas avec la même rapidité, ni avec la même sûreté dans toutes les conditions organiques individuelles. H en est qui favorisent et facilitent faction thérapeutique de cet agent; d'autres la contrarient ou l'annihilent; d'autres enfin ne permettent pas l'em ploi de ce médiramont. De là l'indication d'amener arlificioA -

5/|0 svinrirjs.

leinent l'organisme à des conditions favorables, d'écarler celles qui ne le sont pas, de le préparer en un mot à l'influence thérapeutique; de Ik encore l'indication de l'abstention dans le cas où les conditions sont trop défavorables, et les cures impossibles ou inefficaces.

Il importe de spécifier succinctement les différentes catégories de cas qui se présentent d'ordinaire dans la pratique et d'indiquer, sous forme de préceptes, ce que l'expérimentation et l'observation ont appris a leur égard.

D'ordinaire la syphilis atteint des sujets dans la force de l'âge, dans la plénitude de leur activité fonctionnelle et sociale. Quoique contaminés, ces organismes conservent, pendant un temps plus ou moins long, toute leur puissance d'assimilation et de nutrition; leur embonpoint, leurs forces ne sont pas sensiblement diminués; leur constitution matérielle et leur activité fonctionnelle sont restées, en apparence, intactes. Dans de telles conditions, les malades ne renoncent que trèsdifficilement à leur régime ordinaire; ils prétendent guérir sans cesser leurs occupations, en conservant toutes leurs habitudes; s'ils consentent à prendre des médicaments ou des remèdes pour détruire le mal dont ils se savent atteints, ils ne comprennent ni la nécessité d'une cure préparatoire, ni celle d'une thérapeutique hygiénique adjuvante. Proposer à ces malades la réclusion prolongée pendant la cure dans une chambre, le séjour dans une température égale, avec une notable réduction de la ration alimentaire d'entretien; vouloir les soumettre à un régime qui conduit à l'amaigrissement et à la déperdition de la substance et des forces organiques, c'est provoquer certainement de nombreuses objections et une résistance souvent difficile à vaincre. Que le praticien cède, qu'il administre d'emblée, sans aucune préparation, sans autre précaution, l'antisyphilitique par excellence; qu'il le

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donne à l'intérieur, à closes uniformes ou croissantes; qu'il fasse des frictions ou des injections hypodermiques, tous les jours, ou de deux jours l'un, peu importe le mode d'administration, on peut être certain que les cures entreprises et dirigées de cette façon n'amèneront que rarement une guérison à la fois radicale et rapide. C'est que le mercure n'agit pas avec eflicacité sur les sujets encore robustes, bien nourris et qui continuent à vivre dans les conditions de l'hygiène ordinaire. Son influence thérapeutique est rapide et sûre, au contraire, sur des malades dont l'organisme a été artificiellement réduit dans sa substance, qui se trouvent, au moment même de l'administration du spécifique, en voie d'un mouvement de dénutrition artificiellement produit et entretenu.

Si la cui^a [amis et la médication déperditante améliorent et peuvent même guérir la syphilis conslitutionnelle, elles sont aussi un élément thérapeutique préparatoire nécessaire et un adjuvant indispensable à toute cure mercurielle régulière dans les conditions sus-mentionnées. La cure préparatoire est dans ces cas une condition essentielle du succès.

Elle a pour but de produire artificiellement un mouvement de dénutrition générale et progressive qui, arrivée à un certain degré, devra être artificiellement maintenue pendant toute la durée du traitement spécifique lui-même. Les moyens d'atteindre le but proposé sont :

a) La réduction de l'alimentation. Dans les cas ordinaires on peut d'emblée, du régime habituel, arriver au régime de l'amaigrissement, c'est-à-dire à la ration de trois soupes par jour, sans vin, sans bière et sans alcooliques.

6) Pour que cette réduction puisse être supportée, le repos est indispensable. Les occupations ordinaires seront donc suspendues. Le malade se couchera de bonne heure et se lèvera tard.

SYPIJILIS.

c) Pour hâter le mouvement de dénutrition et pour abréger la cure préparatoire, on a conseillé de commencer le traitement par une saignée. Je ne pense pas que la soustraction directe du sang soit nécessaire. Je ne me suis jamais servi de ce moyen, généralement abandonné. Par contre, j'ai fréquemment employé les purgatifs ; je les considère comme un des meilleurs auxiliaires du régime pour arriver rapidement à la réduction des forces et de l'embonpoint. Dans la plupart des cures que nous avons entreprises, nous avons administré, pendant la période préparatoire, de deux jours l'un, un purgatif. D'ordinaire c'était l'eau laxative de Vienne, quelquefois, mais beaucoup plus rarement, l'eau de Sedlitz, la limonade de Roger ou des pilules drastiques.

d) L'effet déperditeur du régime et des purgatifs est secondé en outre par des bains prolongés, pris le matin ou le soir, les jours intermédiaires, en alternance avec les purges. Les bains sont fort utiles dans la cure préparatoire ; ils sont débilitants et calment l'irritation inflammatoire qui caractérise la plupart des manifestations syphilitiques ; ils agissent donc favorablement sur la plupart des accidents secondaires de la peau, des muqueuses, des glandes ou des os ; d'autre part, les bains disposent favorablement à la transpiration et plus spécialement aussi à l'absorption médicamenteuse. Or comme nous préférons, en général, la voie cutanée ou Temploi du mercure en frictions, nous considérons les bains, répétés de deux jours l'un, comme un élément indispensable de la cure préparatoire de cette forme d'administration.

e) La médication sudori tique enfin trouve également une place utile dans la cure préparatoire et se continue avec avanlage plus tard pendant l'hydrargyrose elle-même. En provoquant artificiellement une sécrétion cutanée plus abondan(e, les praticiens anciens avaient sans doute agi en vue

TlV.UTËiVIENT.

deliminer par la voie de la sudation le principe morbifique lui-même ou le virus syphilitique. De là les cures sudorales exagérées employées par les premiers expérimentateurs. La base théorique de cette médication ne s'est point maintenue ; les sudations excessives ont été abandonnées; mais l'expérience définitive a retenu dans la pratique, comme infiniment utile, l'emploi des sudorifîques, et, comme indispensable, le maintien d'une température égale et assez élevée, J.6 à 18 degrés centigrades, pendant toute la durée du traitement hydrargyreux.

La cure préparatoire, applicable aux cas sus-mentionnés, doit atteindre son but dans un temps relativement court, dans l'espace d'une à deux semaines au plus. Le temps, en effet, est un élément précieux à ménager pour les malades. Gomme l'hydrargyrose elle-même prend au moins trois à quatre semaines, et que pendant tout ce temps le régime sévère doit être maintenu, il n'est pas nécessaire et pourrait même être dangereux d'arriver à une dénutrition trop forte avant le commencement de la seconde période du traitement •

Pour déterminer l'effet de la médication, une pesée du malade pourra être faite tous les deux ou trois jours. La diminution du poids du corps complétera les éléments d'une appréciation, qui se fait du reste parfaitement avec un peu d'habitude par la simple inspection du malade.

Pour me résumer, je donne ici la prescription du traitement préparatoire, telle que je la formule d'ordinaire :

a) Ne plus quitter la chambre ; se coucher de bonne heure et se lever tard ; maintenir dans l'appartement une température égale de 16 a 18 degrés centigrades.

6) En alternance, prendre un jour un purgatif, le jour suivant un bain.

c) Le jour de purge, lo matin à G ou 7 heures, 120 gram-

SïriiiLis.

mes d'eau laxative de Vienne, la moitié en une fois, l'autre moitié par cuillerées de demi-heure en demi-heure, jusqu'à une première selle. Après chaque selle, une tasse de bouillon de veau. A midi, potage; le soir, soupe et œuf.

d) Le jour du bain, ce dernier sera pris le matin a 7 heures en été, à 8 heures en hiver, pendant une heure, à 30 degrés, près du lit; après le bain, une tasse ele décoction sudorilique. Repos au lit pendant deux heures. Café au lait à 10 heures ; à i heure, soupe seule ou, selon les cas, avec un œuf ou une côtelette. Le soir à 7 heures, soupe seule; à 9 heures, une tasse de tisane sudorifique chaude.

Selon l'état antérieur, la nature des accidents syphilitiques ou la rapidité plus ou moins grande de l'amaigrissement, la cure préparatoire sera plus ou moins prolongée. Sa durée varie de quelques jours à deux semaines. Elle sera de plus courte durée chez les individus déjà détériorés. Dans ces cas, on pourra se borner à quelques bains, à un ou deux purgatifs, et commencer de suite la médication spécifique. On abrégera notablement la cure préparatoire toutes les fois que la marche des accidents syphilitiques menace de destruction un organe important, tel que le voile du palais, le larynx, l'œil, le nez, le cerveau, la moelle épinière, etc., etc.

Dans les cas de ce genre j'ai souvent prescrit, le matin du premier jour, un bain savonneux de deux heures, trois soupes pour toute alimentation, et, dès le soir, une première friction de deux grammes d'onguent. Le lendemain matin, un purgatif. Un deuxième bain le troisième jour au matin, avec friction le soir.

Purgatif le quatrième jour, sans friction. On peut ainsi fusionner avec avantage le traitement préparatoire et la cure spécifique.

Ces cures fatiguent beaucoup plus et offrent moins de se-

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curité puur l'avenir ; elles ne doivent donc s'appliquer qu'en cas d'urgence et à titre d'exceptions.

Une seconde catégorie de cas comprend les sujets syphilitiques déjà profondément atteints dans leur nutrition, anémiques et cachectiques, soit par suite de la syphilis ellemême, soit par suite de traitements antérieurs subis sans succès.

Dans les cas de ce genre, il importe d'individualiser encore davantage, et la conduite à tenir dépend d'une analyse et d'une appréciation clinique approfondie. Les faits d'observation dont il faut tenir le plus compte peuvent se résumer comme il suit :

Plus souvent qu'on ne le pense généralement, l'état cachectique dépend de la syphilis même. Dans ces cas, la cure préparatoire nous a toujours paru avantageuse. Mais on insistera moins sur les purgatifs, ou on ne provoquera que deux ou trois selles en donnant l'eau laxative par cuillerées, de demi-heure en demi-heure. Les bains seront moins prolongés, le régime un peu moins débilitant. Les sudorifiques seront de préférence mis en réquisition.

Dans les cas où la cachexie est encore plus accentuée et sè rapproche de l'état marantique, on pourrait être tenté de recourir à une cure préparatoire reconstitutive, à un régime fortifiant, à l'emploi des toniques et des ferrugineux, avant de soumettre l'organisme à l'influence altérante du mercure. L'expérience ne sanctionne pas ces vues théoriques; elle démontre que ce genre de médication ne peut rien contre un état cachectique développé et entretenu par la syphilis* De nombreuses observations prouvent, au contraire, qu'un traitement spécifique sagement conduit guérit à la fois la vérole et permet une reconstitution rapide et intégrale de l'organisme profondément miné. J'ai cité plus haut

S/lC) SYPHILIS.

plusieurs observations qui démontrent que dans ces cas on peut avec avantage commencer d'emblée la cure spécifique el se borner à quelques bains pour préparer la peau à l'absorption. D'autre part, le régime alimentaire sera moins sévère pendant la cure elle-même.

L'état marantique n'est pas toujours le produit de la syphilis seule. Des traitements mercuriels mal conduits ne concourent que trop souvent à la production d'un état général de grave détérioration, oii la cachexie mercurielle se combine avec la cachexie syphilitique. Ces cas sont embarrassants. 11 peut être avantageux parfois de faire suivre aux malades une cure iodique préparatoire, avec un régime plutôt reconstitutif que débilitant. On peut aussi employer comme cure préparatoire un traitement par les décoctions de Zittmann ou de Feltz. L'expérience néanmoins démontre que même dans ces cas le traitement mercuriel peut avec avantage être recommencé, sans cure préparatoire prolongée, et que, bien conduite, l'hydrargyrose subaiguë ^ en guérissant radicalement la vérole, permet une reconstitution consécutive que l'on eût tentée en vain par une cure préparatoire roborante ou un traitement différent.

Parmi les conditions qui exigent une cure préparatoire spéciale, nous devons mentionner la dyscrasie scorbutique prononcée, ainsi que le ramollissement et l'ulcération des gencives, développés, soit sous l'influence du scorbut, soit sous l'influence d'une hydrargyrose chronique antécédente. 11 serait imprudent de commencer dans ces cas une médication altérante qui pourrait aggraver l'état général du malade, ou produire des salivations dangereuses et menaçantes.

Une médication antiscorbutique roborante, combinée avec un traitement local approprié aux lésions buccales, est à instituer comme cure préparatoire dans ces conditions spéciales.

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Enlin il est des états organiques qui contre-intliqueut la cure luercurielle et iiepermetleut pas d'en espérer la guérison des malades.

Nous rangeons dans cette catégorie la phthisie pulmonaire et plus spécialement les pneumonies tuberculeuses en voie de ramollissement et les tubercules proprement dits. Le traitement mercuriel aggrave rapidement l'évolution de ces graves alfections, il ne peut être ni entrepris avec espoir, ni continué sans danger. Mais dans quelques cas de ce genre se pose un des plus importants problèmes diagnostiques : celui de savoir si les accidents pulmonaires sont réellement de nature pneumophymique ou tuberculeuse, ou si les symptômes pulmonaires ne se trouvent pas sous la dépendance directe de l'infection syphilitique.

La syphilis viscérale, sous forme de gomme ou de pneumonie syphilitique chronique, peut en effet atteindre le poumon aussi bien que le foie, le testicule, le cerveau ou la moelle. Elle peut se montrer parfaitement analogue dans sa forme à une phthisie tuberculeuse commençante et, prise pour ce qu'elle n'est pas en réalité, éloigner toute idée du seul traitement efticace. Il faut une analyse clinique approfondie pour déterminer les cas de ce genre. Parfois ce n'est que par le résultat du traitement ([ue le diagnostic définitif se confirme ou se dément.

J'ai eu occasion de traiter avec succès dans ma carrière clinique passée plusieurs cas de ces pseudo-phthisies qui n'étaient que des gommes syphilitiques du poumon. Tout récemment encore, j'ai observé avec un de mes jeunes confrères, M. E. Bœckel, un fait de ce genre, qui s'est heureusement terminé par une guérison inespérée sous l'influence 'd'un traitement mercuriel.

Ces faits prouvent qu'avant de se laisser détourner chez un

SUMIILIS.

syphilitique avéré d'une cure niercurielle par des manifestations pulmonaires analogues à celles de la phthisie commençante, il importe de réunir toutes les données nécessaires à un diagnostic certain de la tuberculose.

Dans les cas douteux, mieux encore vaut tenter une cure incertaine, qui peut aboutir à la guérison, que de laisser misérablement périr un malade de syphilis pulmonaire méconnue. J'ai, pour mon compte, tenu cette conduite dans plusieurs cas de ce genre. J'ai eu le bonheur de sauver quelques malades; mais j'ai vu aussi mourir par ramollissement pulmonaire, activé par le traitement mercuriel, de vrais phthisiques atteints de symptômes syphilitiques. On est donc autorisé à dire que dans les cas de phthisie tuberculeuse non douteuse et bien démontrée par l'analyse clinique, le traitement mercuriel est contre-indiqué. Il l'est également chez les syphilitiques atteints de lésions graves et anciennes des reins,, avec albuminurie et hydropisie. Le mercure ne guérit plus ces lésions, parfois consécutives à la cachexie syphilitique, pas plus que les altérations du foie déjà arrivées à un haut degré de développement. La médication hydrargyreuse, dans ces cas désespérés, ne fait que hâter la terminaison fatale, sans offrir de chance de succès. Il en est de même de certains cas de syphilis développée chez des sujets scrofuleux trop profondément atteints dans leur constitution ou porteurs de lésionstrop étendues et trop graves pour supporter une médicalioa hydrargyreuse subaiguë. Mieux vaut, dans ces cas, tenter un traitement iodique et s'abstenir de l'hydrargyrose.

Je puis citer, h l'appui, des faits qui m'ont vivement frappé. C'est ainsi que j'ai observé, avec notre regretté collègue feu, M. le professeur Stœber, un jeune homme, scrofuleux dan son enfance, qui, atteint plus lard de syphilis, se présenta^ avec une affection ulcéreuse du nez. Après avoir complèle-

TRMTRMRiXT.

ment détruit les parties molles, les cartilages et les os du nez, le mal s'était étendu profondément dans le pharynx, de sorte que l'on pouvait en voir la paroi postérieure à travers une large ouverture occupant le milieu de la face. C'est en vain qu'après l'insuccès de plusieurs traitements iodiques et mercuriels, on tenta, comme dernière chance de salut, un traitement par frictions. La cure ne put pas être conduite à bonne fin, et le malade, après avoir quitté la Toussaint non guéri et plus affaibli encore, mourut épuisé, à la campagne, quelques semaines après.

Par contre, j'ai vu un malade syphilitique qui, atteint de nécroses étendues des os du crâne et de suppurations graves, avait été préalablement soumis à un traitement chirurgical approprié et à des médications iodiques, se remettre assez bien pour subir plus tard, avec succès, un traitement mercuriel finalement efficace.

La cure préparatoire peut donc offrir des indications trèsdiverses à remplir; elles varient selon les conditions organiques qu'il importe de produire ou d'écarter, en vue de favoriser ou de rendre possible l'action thérapeutique du mercure.

Il est impossible d'entrer ici dans tous les détails des cas individuels.

La deuxième période du traitement comprend l'administraition du médicament spécifique: l'hydrargyrose proprement

dite; elle a pour but de produire dans un temps relativement i assez court, dans l'espace de trois à quatre semaines, une

impression médicamenteuse assez forte et assez soutenue pour 1 faire disparaître les manifestations syphilitiques et pour en

• empêcher le retour. Ce but peut être assez sûrement atteint

• en administrant le mercure de manière à produire, du 'dixième au vingtième jour du traitement, un effet physioi logique caractérisé par un certain degré d'aiïection de la

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bouche ci \m oiïet tliérapeiitiqne sinjultané sur les accidenls spécifiques de la maladie. La coïncidence de ces deux effeis, vers l'époque indiquée, est le meilleur signe de refficaciié radicale probable de la cure. Pour consolider la guérison, il importe ensuite de soutenir l'action médicamenteuse, physiologique et lliérapeu tique, pendant une dizaine de jours seulement, sans toutefois imposer au malade les tortures d'uno stomatite intense, facile à éviter avec quelques précautions que nous indiquerons plus loin.

Les salivations prématurées qui surviennent sous l'influenco de doses trop fortes ou trop rapprochées, ou bien en raison d'une impressionnabililé trop grande des malades, sont Irèsfàcheuses, car elles sont sans influence sur le mal syphilitique et empéclient de continuer le traitement. Une impression médicamenteuse trop forte pour être soutenue et trop rapidement produite, ne peut pas guérir un mal chronique dont l'évolution progressive et régressive est nécessairement de longue durée. Ce sont des cures manquées qu'il faut reprendre avec plus de précautions. Il importe par conséquent de n'administrer le mercure qu'à faible dose au début et d'augmenter, progressivement, mais très-modérément, de manière à n pousser la médication avec plus de hardiesse que vers l'époqu où l'effet thérapeutique peut déjà se faire sentir.

Utile au praticien comme signe d'une impression mercurielle sufïisamment énergique, la salivation n'est nullement nécessaire à la guérison de la syphilis. II est donc inutile de rechercher par de trop fortes doses de médicaments un effet qui n'exerce par lui-même aucune influence thérapeutique. Mais quand cet effet se produit à une époque plus avancée, et il se produit presque toujours dans les traitements qui visent à une cure radicale, il ne doit pas faire immédiatement suspendre ou arrêter le traitement, car on risque sans cela

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de rester en deçà de l'impression nécessaire à la guérison complète et radicale de la syphilis.

En l'absence de l'effet physiologique, l'effet thérapeutique très-accentué peut suffire, et l'expérience acquise permet d'indiquer la durée moyenne des impressions médicamenteuses nécessaires à la consolidation de la guérison. Trèsfréquemment on peut observer, du reste, en l'absence de la salivation, d'autres effets physiologiques appréciables qui indiquent que le mercure agit assez fortement sur l'organisme ; tels sont : l'inappétence, la langue chargée, le dégoût des aliments, la diarrhée, de légers mouvements fébriles, etc., etc.

On peut certainement produire une influence thérapeutique identique, quelle que soit la voie d'introduction du médicament. Si nous préférons, en général, l'absorption cutanée, la raison en est bien simple : à l'intérieur, le mercure, quelle que soit la préparation choisie , exerce toujours sur la muqueuse gastro-intestinale une influence plus ou moins fâcheuse. Quand on l'administre à doses progressives et pendant un temps relativement assez long, il est bien difficile d'éviter des effets qui ne permettent plus aux organes digestifs de fonctionner avec régularité, au moment où, la cure terminée, l'organisme doit se refaire, si je puis dire, à neuf et a tant besoin d'une alimentation progressive et reconstituante.

Les frictions sont donc en général préférables.

Gomme règles générales , on peut établir: 1° le maintien d'un régime ahmentaire analogue à celui de la cure préparatoire et plus ou moins sévère, selon l'état général de la nutrition; 2° la nécessité d'une température ambiante égale et assez élevée, de 16 à 18 degrés centigrades ; 3° il est avantageux de faire conserver au malade le môme linge du corps et du lit, afin de maintenir une atmosphère chargée de vapeurs mercu-

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rielles qui , absorbées par Ja respiration , contribuent puissamment, au bout de quelque temps, h l'action thérapeutique de la médication ; li" il peut être avantageux de modifier cette règle dans les cas de salivation plus accentuée, d'interposer même la médication purgative et d'employer un traitement local contre l'affection buccale ; tout cela en vue d'éviter les salivations trop intenses et de pouvoir continuer les frictions pendant le temps nécessaire à une guérison radicale.

Les frictions se font d'ordinaire par séries de quatre frictions. La première série avec 2 grammes d'onguent double, pratiquée de deux jours l'un. Le malade doit appliquer luimême l'ongiient et le faire pénétrer par une onction douce continuée pendant dix minutes. A cet effet, il divise le paquet d'onguent en deux parties égales et frictionne l'extrémité gauche avec la main droite et vice versâ.

Le premier jour l'onction se fait à la face interne des jambes et aux mollets.

Le troisième jour, à la face interne des cuisses.

Le cinquième jour, à la face antérieure du ventre, du tronc.

Le septième, à la face externe des avant-bras et des bras.

S'il ne survient aucun symptôme d'hydrargyrose après la première série, on passe à la seconde, dans le même ordre, mais avec 3 grammes d'onguent.

Si au contraire l'influence sur les gencives se produit déjà avant ou après la cinquième friction, on ne reste à la même dose que dans la deuxième série et l'on maintient la salivation à un degré modéré par des gargarismes au chlorate de potasse, et au besoin par des purgatifs interposés. On peut augmenter la dose de l'onguent jusqu'à /|. ou 5 grammes pour la troisième série de frictions, s'il ne se produit pas de salivation et pas de signes d'une influence hydrargyreuse accentuée.

En cas de salivation trop intense, on fait changer de linge î

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on interpose de deux jours l'un un purgatif et l'on espace de deux jours ou de trois jours les frictions ultérieures que l'on juge encore nécessaires. Nous sommes presque toujours parvenu à éviter ainsi les salivations graves. Douze et dans les cas invétérés seize frictions, les dernières souvent plus espacées, suffirent d'ordinaire pour obtenir des guérisons solides. La durée de cette période de traitement est donc de vingt-quatre jours au moins; mais elle peut aussi aller jusqu'à cinq semaines. En continuant trop longtemps , on s'expose à des dangers sérieux. Ces dangers peuvent même surgir plus tôt dans des cas exceptionnels. J'ai rapporté, dans la dernière conférence, un fait malheureux de ce genre, qui s'est produit avant la douzième friction d'un traitement repris six mois après une rechute.

Quand l'effet physiologique et thérapeutique s'est produit régulièrement pendant la deuxième phase du traitement, on arrête la médication hydrargyreuse. On prescrit un bain savonneux, on fait changer de linge et l'on passe à la

Troisième période du traitement : celle de la reconstitution de l'organisme.

A ce moment, les malades sont généralement fort éprouvés, quelquefois jusqu'à l'épuisement; ils sont amaigris et peuvent avoir perdu jusqu'à 12 kilogrammes de leur poids. Quoique l'appétit se trouve d'ordinaire notablement diminué, il reparaît cependant bientôt, dès que les malades ont pris leur bain et changé d'atmosphère. On commence dès lors, avec précautions, l'alimentation progressive, en ajoutant au potage de midi une petite quantité de viande rôtie et juteuse, ou en augmentant la ration déjà prescrite. On prescrit en même temps un peu d'eau vineuse, puis du vin de Bordeaux à petites doses, et l'on augmente successivement la ration alimentaire à chaque repas en adaptant avec soin la quantité et

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la qualité des aliments aux forces digestives du malade, comme on le lait dans une convalescence ordinaire. I^s organes digestifs qui n'ont point souffert directement reprennent rapidement un fonctionnement énergique. C'est, si je puis dire, à vue d'œil et rapidement que se produisent les manifestations d'une nutrition active et d'une sanguification normale. Le teint coloré, les forces et l'embonpoint reparaissent d'ordinaire dans l'espace de quinze jours à trois semaines. Ce n'est qu'à ce moment que l'on doit permettre la première sortie aux malades, dans la mauvaise saison. En été, le convalescent peut, dès la première semaine delà convalescence, respirer l'air libre pendant quelques heures. Pour plus de sécurité pour l'avenir, j'ai souvent prescrit à mes malades de se soumettre, après deux mois de convalescence franche, à une cure iodique modérée de trois à quatre semaines de durée, tout en continuant leur régime et leurs occupations habituelles.

Les préceptes à suivre dans l'hydrargyrose subaiguë par médication interne ne diffèrent pas essentiellement de celles du traitement par frictions. Seulement il faut plus de précautions dans la période de reconstitution, et la convalescence est d'ordinaire plus longue et plus difficile.

Malgré ma prédilection pour le traitement mercuriel , je reconnais avec tous les praticiens que la syphilis peut être avantageusement combattue, dans certains cas, par d'autres médications. A leur tête je place le traitement iodique. L'iodure de potassium exerce une influence thérapeutique puissante dans certains cas de syphilis ancienne, mal traitée, ou incomplètement guérie par la médication hydrargyreuse employée surtout selon la méthode par extinction. Par contre son efficacité, dans les cas de syphilis secondaire récente, est pour le moins fort douteuse. Les cures iodiques entreprises

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dans ces conditions, alors même qu'elles exercent une certaine influence sur les manifestations symptomatiques de la syphilis (ce qui est loin de se réaliser dans tous les cas) , ne produisent, en général, pas de guérison radicale, et le mal reparaît sous la même forme ou sous une autre quelque temps après la suspension du remède.

Dans- le temps, notre regretté collègue, M. le professeur Kiiss , avait avancé un fait qui, s'il s'était confirmé par l'expérience, eût été un précieux élément de diagnostic des cas passibles de préférence de la ]nédication iodique. M. Kiiss pensait que les accidents syphilitiques qui siègent dans l'épithélium des muqueuses ou de la peau étaient plus spécialement influencés et guéris par le mercare , tandis que l'iode exerçait une action spécifique sur les affections du tissu conjonctif sur les périostites, les tubercules syphilitiques de la peau, les gommes et la syphilis viscérale du foie, du poumon et du cerveau. Mes propres observations n'ont point confirmé cette opinion. Je ne pense pas qu'elle puisse être maintenue en face des nombreux cas de guérison de syphilis du tissu conjonctif obtenus par des traitements mercuriels bien conduits et de l'insuccès de l'iode dans bon nombre de ces mêmes cas. Ce qui a pu prêter de l'appui à cette opinion , c'est le fait de l'heureuse influence de l'iode dans des cas de syphilis ancienne et profonde inutilement traitée par l'hydrargyrose chronique. Mais nous avons cité même des observations de ce genre qui ont parfaitement guéri par une médication hydrargyreuse mieux entendue.

Il est des cas malheureux où le mercure et rio.de échouent également. Dans ces conditions fâcheuses, il importe de rechercher avec soin les causes organiques qui s'opposent à l'action des médications spécifiques et qui entretiennent le processus morbide. Parfois ce sont des lésions organiques.

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îrréQiédiables qui compliqueiU la situation et ne laissent plus de place qu'à des médications symptomatiques. D'autres fois ce sont des états diathésiques scrofuleux ou herpétiques qui peuvent encore être heureusement combattus par des moyens appropriés et dont la guérison permet de revenir plus tard, avec succès, à un traitement spécifique delà syphilis. Dans les cas oii la question diagnostique que le praticien se pose ne peut être résolue, on peut tenter d'autres médications empiriques , auxquelles l'expérience attribue une certaine efficacité.

C'est ainsi que les décoctions de Zittmann et de Feltz . l'hydrothérapie, les eaux sulfureuses, les préparations d'or et d'argent ont parfois rendu d'incontestables services. J'ai moimême guéri plusieurs rechutes graves de syphilis des os par l'hydrochlorate d'or et de soude. J'ai également vu un épouvantable ulcère serpigineux, qui avait détruit une grande partie de la peau de la verge, du scrotum et des cuisses, guérir sous l'influence de l'acide nitrique, administré, en désespoir de cause, sous forme de limonade, à la dose d'un demi-gramme par litre d'eau et continué pendant plusieurs semaines. Mais ce sont là des cas exceptionnels , des ressources douteuses, qu'il est bon d'avoir en réserve, mais sur lesquelles il ne faut pas trop compter.

En terminant, Messieurs et chers confrères, je vous remercie de la bienveillante attention que vous avez bien voulu prêter à l'exposé de quelques-uns de mes souvenirs cliniques. Mon but est atteint si j'ai pu affermir dans vos souvenirs quelques-unes des vieilles traditions de l'ancienne École do Strasbourg.

!■ AITS EXTKAORUlNAlllES.

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