FAITS EXTRAORDINAIRES EN MÉDECINE
Des faits extraordinaires en médecine et de la difficulté de les apprécier.
{Oaietle médicale de Slrasloury 18C5. Société de médecine.)
Tout le monde, dans cette réunion de praticiens éminents, connaît et apprécie les difficultés inhérentes à la nature même de l'objet de nos études. De tous les phénomènes naturels, les manifestations de l'organisation vivante sont les plus complexes, les plus mobiles, les moins faciles à saisir dans leur infinie variété. Leur enchaînement étiologique est plein de mystère ; la subordmation des causes et des effets se dérobe souvent aux plus sévères, aux plus laborieuses investigations. Ces difficultés sont telles, qu'après plus de deux mille ans, la plus ancienne des sciences est encore l'une des moins complètes, et l'art de guérir, dont les origines remontent aux temps les plus reculés, ne peut pas encore répudier d'une manière absolue le vieil adage de Vexperientîa fallax.
(Cependant, Messieurs, il est un principe que le vrai médecin n'oubliera jamais. C'est le principe môme en vertu duquel la science existe, se fonde et se développe, le principe san^ lequel il n'y aurait pas d'expérience, et partant plus de pratique médicale possible. Ce principe est celui de la fixité, de l'immutabilité môme des lois de l'organisation vivante. Pour le physiologiste, pour le médecin, il n'existe pas, il ne peut
FAITS liVi'UAORDliNAIRliS E.N AU'iDlîCI.NE.
pas exister de fait ijioiogique (aisant exception aux lois de l;i nature vivante.
Quand vous rencontrez des laits contradictoires, quand, par exemple, sous l'influence d'une môme cause apparente vous voyez se produire des. effets directement opposés, vous savez que vous êtes en face d'une observation insuffisante, d'une analyse incomplète, ou d'une idée étiologique erronée; vous êtes d'emblée convaincu que, trompé par les apparences, vous avez assimilé des choses dissemblables, ou que vous avez mal apprécié les conditions essentielles nécessaires a la production des phénomènes. Mais vous n'admettez pas que la contradiction apparente des manifestations phénoménales implique contradiction dans les lois qui régissent l'organisme vivant.
En sera-t-il autrement quand il se présente à notre observation un de ces faits biologiques qui, par leur étrangeté, semblent réellement en opposition avec les données premières de l'expérience traditionnelle. Que le vulgaire entraintj, subjugué par l'attrait du merveilleux, fasse dans ces cas bon marché de la science acquise et des lois qu'elle formule, qu'il invoque volontiers des influences mystérieuses, des causes occultes, voire même surnaturelles, cela se comprend. Le contraire même ne se comprendrait pas quand on veut bien réfléchir un instant à tout ce qui s'introduit d'étrange dans les habitudes intellectuelles depuis les contes de fées dont on nourrit la crédulité de l'enfance jusqu'aux dissertations des membres de l'Institut sur les nécessités du surnaturel. Que le mysticisme, c'est-à-dire la croyance k l'intervention d'agents surnaturels, d'esprits, de démons ou de qualités occultes de la matière dans la production des phénomènes, que le mysticisme, dis-je, fasse partie intégrante de la nature humaine et représente inévitablement l'une des tendaiices de l'esprit humain, c'est là un fait historique incontestable. Mais je pense
DIFFICULTJi DE LES AIM'IIKCI BR.
que sa part restera toujours encore assez large, alors même qu'elle serait restreinte au domaine de la métaphysique ou de la théologie. — En biologie et en médecine le mysticisme a pour conséquence trop inévitable la mystification de ses adeptes ou du public pour que nous n'ayons pas quelque droit de déténse contre son intrusion dans la science.
L'histoire de la science a dû consacrer au mysticisme médical plus d'un chapitre critique. Appuyés sur des faits en apparence extraordinaires , il a tenté plus d'une fois de forcer la porte, et malheureusement aussi, plus d'une fois il a engagé la lutte au sein même du sanctuaire. Sans remonter de la théurgie grecque et romaine à celle non moins superstitieuse du moyen âge, ne voyons-nous pas encore aujourd'hui le même esprit présider à une foule de pratiques que vous connaissez tous, confrères de la campagne aussi bien que confrères de la cité. Et ce ne sont pas là des pratiques occultes, elles sont justifiées, encouragées, patronnées par des esprits du reste cultivés, et avant tout par des esprits sincères. Mais cette sincérité même prouve que le haut enseignement, les hautes études, les hautes positions n'ont pas plus complètement assaini l'esprit dans les régions élevées que l'école primaire n'a complètement purgé celui de nos campagnards.
Quand on réfléchit à cette tendance, on est moins stupéfait de se trouver quelquefois tout à coup, en plein dix-neuvième siècle, en face de faits et d'idées que l'on croyait depuis longtemps effacés de l'esprit humain. La sorcellerie, par exemple. Je sais bien ([ue les esprits cultivés n'y croient plus, mais ils croient tant d'autres choses, qu'il n'est pas tout à fait étrange que les idées de sorcellerie ne soient pas encore complètement abandonnées par des intelligences plus incultes. Ce sont là des questions de plus ou moins de crédulité superstitieuse, et pas autre chose.
SOO l'AlTîï E.VTlLVORDllvAlIlliS MÉDECINE.
Pendant le semestre d'hiver nous avons eu le rare privilège de traiter a la clinique une malheureuse jeune femme ensorcelée. Elle avait été envoyée au service par l'autorité locale, mise en émoi par l'agitation qu'avaient produite dans le village et les environs les faits étranges dont la malade se disait victime. Ces faits, les voici tels qu'ils sont rapportés par les parents de la malade et par la malade elle-même.
Vers 1850, la fille M.... G..., alors âgée de 13 ans, habitait la maison paternelle avec une sœur mariée. Une nuit, tout le monde était endormi profondément , lorsque soudain éclatent des bruits étranges, des fers roulent sur le plancher, les portes s'ouvrent et se ferment avec fracas , et le lendemain, à la stupéfaction générale, on trouve le rideau du lit coupé en deux par une main inconnue. Les nuits suivantes, les mêmes bruits se renouvellent, le repos est devenu impossible.
La famille déménage pour quelque temps et ne retourne que plus tard dans la maison. Depuis, plus rien d'extraordinaire jusqu'en 1859; à cette époque, au milieu de la nuit, M.... G...., alors mariée, s'entend appeler à trois reprises différentes par une voix inconnue. Réveillée en sursaut , elle se lève, ouvre la fenêtre, et au même instant une main glacée s'applique si vigoureusement sur son front, qu'elle tombe à la renverse et s'évanouit. A la suite de cette aventure nocturne elle fit une maladie de quinze jours.
Depuis cette époque, des bruits assourdissants ne cessent de se faire entendre fréquemment la nuit. Ges bruits disparaissent comme par enchantement dès qu'on fait de la lumière, mais reparaissent bientôt après. Gela n'empêche pas la femme G.... de devenir mère, et d'accoucher heureusement de deux enfants bien portants. Nous n'avons jamais pu apprendre si, pendant les couches, les bruits avaient cessé ou s'étaient reproduits comme à l'ordinaire.