RÉSUMÉ CLINIQUE J
Dans la gi-ande nuijorilé des cas, rengoueiuent liéiuatoïdii est déjà établi ou passe à l'hépatisation planiforme, à la spiénisation. Dans ces phases d'évolution plusavancées, Vàmélhoda abortive n'est plus indiquée. Les émissions sanguines locales les ventouses sèches et surtout le sucre de saturne seront employés, à plus faibles doses, en vue de diminuer progressivement l'hyperémie, d'empêcher son extension et de remédier à l'atonie vasculairequi tend à se convertir en un état chronique.
Les jmeumonies séreuses commandent la môme réserve dans l'emploi de la médication spolia tive du sang; elles ne comportent pas davantage la médication hydrargyreuse. Le plus souvent les pneumonies se manifestent avec cette forme chez des sujets cachectiques, hydroémiques, ou dans le cours des maladies de Bright. L'hyperémie, dans ces conditions, est presque immédiatement suivie d'une exsudation abondante qui constitue des engouements séreux étendus et menaçants. Les émissions sanguines générales, souvent contre-indiquées par l'état général, ne peuvent rien contre le produit anatomique de la maladie, elles peuvent même amener un collapsus rapidement mortel. Dans ces conditions, c'est la médication révulsive énergique, ce sont les ventouses, les vésicatoires volants appliqués coup sur coup, qui modifient le plus promptement l'inflammation naissante et peuvent être employés d'après la méthode abortive. Dans une période d'évolution plus avancée, la médication stibiée mitigée, les diurétiques, lascille et la digitale, les purgatifs peuvent être utiles pour favoriser la résorption.
Les pneumonies simples, les bronchopneumonies catarrhaks indiquent et souvent commandent, dans la période d'invasion et d'augment, la médication spoliative par les émissions sanguines générales et locales. Cette médication, largement appliquée dès le début, peut suflire seule pour enrayer prompte-
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ment l'hyperémie et l'exsudatioii naissante; dans ces cas, elle peut être formulée d'après la méthode jugulante, avec d'autant plus de chances de succès que l'évolution de la maladie est moins avancée. On associe cependant avec d'incontestables avantages la médication stibiée à la médication spoliative mitigée, pour atteindre au même résultat, sans produire des pertes de sang aussi considérables. Tout au début, de larges vésicatoires volants pourraient être également tentés comme moyen abortif. Dans les phases ultérieures de l'évolution ascendante, les indications deviennent plus complexes. Généralement l'hyperémie s'élargit, de nouvelles exsudations tendent à se produire en même temps que les exsuda ts déjà produits se transforment et s'organisent. La saignée est indiquée généralement pour enrayer ce développement progressif de la phlogose, qui se révèle surtout par l'intensité du mouvement fébrile et les progrès des phénomènes locaux. Le tartre stibié est également utile et peut quelquefois suflire pour arrêter la phlogose. Dès que la fièvre a cessé, il est inutile d'insister sur une médication antiphlogistique trop active, quelles que soient du reste les lésions du parenchyme. Généralement le travail de résolution n'a besoin que d'être surveillé, et la méthode exypectante peut suffire dans bon nombre de cas.
Les préparations antimoniales à doses fractionnées, les ventouses sèches, les vésicatoires volants, peuvent être employés en vue de hâter la résolution trop lente à se faire. La médication hydrargyreuse doit être j'éservée pour des formes plus graves ; car le mercure peut donner lieu à des accidents auxquels il ne faut pas exposer des malades qu'un traitement plus simple peut très-bien guérir.
Les pneumonies hyperplastiques , les pneumonies fibrineuses od'rent dans leur évolution des particularités qui commandent une médication spéciale.
C'est avec une rapidité extrême que l'on voit, dans cetlo forme de pneumonie, se produire des exsudais considérables qui, en se solidifiant immédiatement, farcissent des lobes entiers du poumon. La congestion, l'byperémie, l'engouement sanguin, caractérisent sans doute Vinvasion, ordinairement remarquable par l'intensité du frisson initial et la violence de la réaction fébrile. Peut-être la maladie, à cette période, pourrait-elle être heureusement enrayée et plus ou moins jugulée par une médication hardie : je dis peut-être, car nous n'avons eu que rarement l'occasion d'observer ces pneumonies tout au début. Dans l'immense majorité des cas, les malades se présentent à la période d'augment, avec une fièvre intense et dos portions plus ou moins étendues du poumon déjà hépatisées. Dans ces conditions, la méthode abortive n'est plus applicable. L'indication consiste : i° à enrayer aussi promptement que possible l'extension de la phlegmasie par une médication appropriée; 2° à favoriser la résolution du produit morbide déjà solidifié et en voie d'une transformation qui tend facilement à la suppuration.
La médication antiphlogistique par la saignée et les émissions sanguines locales, associée à la médication hydrargyreuse, répond à cette double indication.
La médication spoliative ne doit plus être appliquée selon la formule abortive. La saignée, pratiquée même coup sur coup , ne saurait faire disparaître rapidement la fibrine qui infiltre le tissu. Un travail lent et graduel de dissolution, de fluidification, de résorption ou d'élimination , peut seul ramener l'organe à l'état normal. La saignée n'agit donc que sur la congestion et l'hyperémie qui s'étend au pourtour des régions déjà hépatisées ; en diminuant la masse du sang, elle favorise la circulation dans les voies encore perméables ; elle rétablit un certain équilibre entre la fonction respiratoire com-
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promise par la lésion de l'organe et la quantité du sang à revivitier; elle agit sur l'état général fébrile en enlevant le stimulant physiologique le plus actif, et elle peut favoriser la résorption par un certain degré de vacuité du système circulatoire. Mais, pour atteindre ces résultats, il n'est pas nécessaire de pratiquer des saignées coup sur coup , de les répéter en raison de la persistance inévitable des phénomènes locaux qui caractérisent l'hépatisation ; elles ne doivent pas être pratiquées en vue d'un résultat abortif, désormais impossible à obtenir. L'indication de la saignée est fournie par une appréciation souvent délicate des conditions qu'elle peut et doit modifier ; elle est indiquée par l'état général , par l'état de la respiration et de l'hématose, par les signes locaux qui révèlent l'augmentation de l'hyperémie, de la congestion, et l'extension de l'exsudation à de nouvelles portions du parenchyme.
Trop largement pratiquées, les saignées offrent un danger réel; elles font passer les malades d'un état fébrile intense à une prostration profonde, sans modifier l'état local du poumon. Le même effet se produit trop souvent sous l'influence du tartre stibié à haute dose. Le refroidissement des extrémités, la petitesse du pouls, le défaut d'expectoration, la paralysie du poumon, la syncope, sont les conséquences malheureusement trop fréquentes d'une médication hyposthénisante énergique, qui ne modifie pas en même temps la tendance hyperplastique de la phlogose.
Dans cette forme de pneumonie, la médication hydrargyreuse, poussée rapidement jusqu'à produire un effet général marqué, soit physiologique, soit thérapeutique, est le plus en rapport avec la nature hyperplastique de l'inflammation. Elle modifie le plus promptement les conditions spéciales qui rendent ces pneumonies si graves, détruisent la plasticité du sang et favorisent le travail de fluiclification, de résorption et
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d'élimination des produits fibrineux déjà déposés dans le tissu du poumon. C'est au bichlorure hydrargyreux (à la dose de 5 mgr. à i cgr., administré, sous forme liquide, dans une potion de dOO gr.) que nous donnons généralement la préférence; on pourrait aussi donner le protochlorure à petites doses réfractées , mais son action est moins siire ; simultanément avec l'administration du bichlorure, nous faisons pratiquer deux ou trois frictions par jour, avec 5 grammes d'onguent mercuriel double. Cette médication n'exclut pas la saignée modérée , dont les indications spéciales ont été formulées plus haut, mais elle combat un élément de la maladie qui échappe complètement à la médication spoliativehyposthénisante.
Les pneumonies pyoémiques et les pneumonies phlegmoneuses purulentes sont d'une gravité extrême. La suppuration du poumon, quelle qu'en soit la cause, n'admet plus qu'une médication palliative, ordinairement inutile, mais qui du moins n'est pas nuisible.
Les anomalies dans la forme des lésions fonctionnelles ne fournissent point d'indication ou de contre-indication absolues, tant qu'elles ne deviennent pas prépondérantes. Un certain degré de torpeur ou d'éréthisme n'entrave pas nécessairement la médication indiquée par la nature de la pneumonie et les phases de son développement. Ces états dynamiques doivent néanmoins toujours être pris en considération dans le mode d'emploi des agents curatifs. La torpeur commande plus de réserve dans l'emploi des médications débilitantes, l'éréthisme doit faire restreindre également les émissions sanguines; elle commande la prudence dans l'emploi de la médication stibiée, qui provoque facilement dans ces conditions des accidents d'intolérance.
Mais la question change de face quand l'anomalie dyna-
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inique devient menaçante pour la vie. Modifier l'état dynamique devient alors la condition sine qiiâ Hon de là guérison de la pneumonie. On devrait croire qu'attaquer hardiment la cause de la perturbation fonctionnelle, l'inflammation du poumon, serait le plus siir moyen d'arriver au succès ; c'est une erreur, que l'expérience se charge incessamment de mettre en évidence.
Ici le traitement ordinaire de la pneumonie échoue , tandis qu'une médication indiquée par l'état dynamique et sans aucun rapport avec l'affection lOcale "est souvent suivie des plus heureuK résultats. L'état adynamique réclame plus spécialement la médication excitante et tonique : le vin de Malaga à petites doses, le quinquina, les sinapismes, les vésicatoires.
L'état ataxique, le délire furieux, l'agitation, l'hyperesthésie spinale, indiquent la médication narcotique ou antispasmodique : l'opium à haute dose, le musc. Nous avons peu expérimenté le musc, vivement préconisé par M. Récamier; mais l'opium nous a souvent rendu d'incontestables services.
J'ai cru devoir exposer d'une manière générale les principes scientifiques qui nous guident dans l'appréciation et dans le traitement des pneumonies, afin de pouvoir résumer les résultats de. nos observations et de notre pratique de ce semestre, sans relater avec détails un trop grand nombre d'observations particulières, dont l'histoire et l'analyse, sans l'intérêt de l'actualité, auraient pu paraître fastidieuses.
Résumé des cas de pneumonie.
L'inflammation aiguë du parenchyme pulmonaire a été la maladie prédominante pendant le semestre d'hiver 1 854-1855. Sur trois cent cinquante-quatre malades, nous comptons en eflet quarante-huit cas de pneumonie, et dans ce chiffre ne
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sont pas comprises les aiïections pneumoniformes observées chez des malades atteints de typhus et de fièvre typhoïde.
Le chiffre élevé des pneumoniques s'explique par la rigueur exceptionnelle de la saison liivernale de i85/i-1855. Nous devons à l'obligeance de notre honorable confrère, M. le docteur Bœckel, le tableau exact et comparatif des conditions météorologiques des deux dernières années. Je le transcris ici, afin de mieux faire apprécier certaines différences.
Tableau météorologique des semestres dliiver i853-i854
et i854-i855.