DEUXIÈME OBSERVATION CLINIQUE
L'histoire symptomatique du malade, chez lequel nous avons observé cinq semaines après l'invasion un épanchement sanguin parfaitement enkysté, est moins complète; car cet homme n'a passé à notre service que les huit derniers jours de sa maladie. Voici les renseignements que nous avons recueillis sur ses antécédents et le résumé des phénomènes observés pendant le dernier septénaire de l'affection.
Jean Bapst, bûcheron, de bonne constitution, d'un embonpoint moyen, était arrivé à l'âge de 69 ans sans avoir jamais été sérieusement malade. Le 9 mars, quatre semaines avant son entrée à l'hôpital, il avait été pris subitement et sans cause connue, de céphalalgie , de vertiges^ d'éblouissements; il tomba presque aussitôt sans perdre entièrement connaissance. Aidé de deux personnes, il put se relever et, soutenu des deux côtés, il put même marcher assez pour regagner son domicile. Pendant les deux premiers jours il a pu se lever et faire péniblement quelques pas quand on le soutenait sous les aisselles. Depuis il est alité; la céphalalgie s'est maintenue, ainsi que les éblouissements et les bourdonnements d'oreilles. Peu à peu, il tomba dans
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un état de somnolence presque continue, perdit l'appétit et maigrit considérablement. On lui appliqua en ville des sangsues derrière les oreilles et un vésicatoire à la nuque.
Le 11 avril, le malade est transporté à l'hôpital; on note les phénomènes suivants :
Décubitus dorsal, amaigrissement prononcé, physionomie hébétée, indifférente; secoué, le malade se réveille et répond lentement et d'une manière incomplète seulement, aux questions qu'on lui adresse; la mémoire, sans être abolie, est infidèle; dès qu'il est abandonné à lui-même, le malade s'endort. Il ne paraît pas éprouver de sensations douloureuses, et n'accuse de céphalalgie que quand on l'interroge spécialement à cet égard. Pas de délire.
La sensibilité est obtuse mais non abolie, la dilatation des pupilles est moyenne. Aux extrémités inférieures les mouvements s'exécutent assez facilement mais avec lenteur; des deux côtés le membre pincé se retire, et le malade manifeste la douleur. Les extrémités supérieures se meuvent également avec lenteur et faiblesse, les membres soulevés ne retombent pas, mais le malade ne peut pas porter les mains jusqu'à la tète, une certaine raideur des muscles de l'épaule s'y oppose. Il existe une raideur analogue à la nuque, et les membres inférieurs résistent également aux mouvements de flexion et d'extension qu'on cherche à leur imprimer.
Il n'existe aucune différence appréciable dans la motilité des deux côtés et la face n'offre aucune trace de paralysie.
La respiration n'est pas sensiblement modifiée, le pouls est peu fréquent, assez développé, les artères superficielles sont volumineuses, leurs tuniques paraissent plus résistantes^ peu élastiques, sans induration appréciable au toucher.
La peau est fraîche aux extrémités, la chaleur normale au tronc. La langue est rouge et sèche, la soif marquée. Rien du côté de l'abdomen. Constipation depuis plusieurs jours. Urines involontaires s'écoulant d'une manière intermittente. Vessie non distendue.
Au sacrum, surface rouge granuleuse, de la grandeur d'une pièce de cinq francs, suite de la chute d'une escarre.
On prescrit dix sangsues aux tempes et le soir un vésicatoire à appliquer sur la tôte. Un lavement laxatif et de la solution de gomme pour boisson .
NÉVROrATUlliS.
Jusqu'au 17, la plupart des phénomènes décrits persistent; malgré l'emploi de nouveaux vésicatoires, railaissement et le coma augmentent, les jambes sont tremblotantes quand on provoque des mouvements, et parfois elles se contractent sans but, le malade glisse dans son lit.
La mort arrive dans le coma sans qu'on ait constaté de paralysie proprement dite.