TROISIÈME OBSERVATION CLINIQUE
L'observation du malade chez lequel on constata, quarante jours après l'invasion^ un épanchement arachnoïdien incomplètement enkysté et une gangrène du sommet du poumon droit, a offert des perturbations fonctionnelles analogues.
Cet homme, ouvrier de la manufacture de tabac, âgé de soixantetrois ans, était sujet depuis longtemps à la céphalalgie et à des vertiges, surtout après l'ingestion des aliments et des boissons. Le 20 avril, en sortant d'un cabaret situé hors la ville, il ressentit une céphalalgie plus vive et des vertiges plus intenses que de coutume ; il ne retrouva pas son chemin et marcha près d'un quart de lieue en sens inverse de son domicile. Tombé dans un fossé, il y resta toute la nuit et y fut trouvé le matin, étendu sans connaissance. Transporté chez lui, il ne reconnaissait qu'incomplètement ses parents et semblait frappé de paralysie. Les urines et les selles étaient involontaires et la somnolence permanente. Plus tard, l'état de l'intelligence s'améliora un peu, mais la faiblesse musculaire ne permettait que des mouvements bornés. Quatre semaines après l'invasion, il fut transporté à l'hôpital.
A son entrée, le 21 mars, on constate l'état suivant : Amaigrissement notable. Décubitus dorsal; regard hébété; réponses lentes, incomplètes; état de somnolence continue sans délire; pupilles non dilatées; pas de déviation des traits de la face. La motilité est maintenue aux extrémités supérieures, mais les mouvements sont faibles au même degré des deux côtés; la sensibilité y existe également encore.
Les extrémités inférieures ont en grande partie perdu là faculté de se mouvoir; il n'y a pas de paralysie complète, seulement les mouve-
nÉMORRIIAGIE ARACIINOÏDIENNE. -Hi
ments sont très-difficiles et bornés; sensibilité de la peau obtuse aux jandjes; les mouvements que l'on imprime aux membres inférieurs sont douloureux; ces parties se raidissent contre les efforts faits pour les déplacer. Au talon gauche on remarque une tache noire de la grandeur d'une pièce d'un franc ; elle est produite par du sang infiltré dans le derme et sous l'épiderme. A la plante du pied droit, surface dénudée couverte de granulations; au sacrum, escarre delà grandeur de la paume de la main.
Langue sèche, peu de soif, chaleur à la peau normale, adynamie profonde, pouls subfréquent, petit. Urines involontaires. On prescrit un vésicatoire à la nuque, des lotions avec du vin aromatique, et de temps à autre une cuillerée de vin amer.
Jusqu'au 27, état comateux à peu près permanent, adynamie de plus en plus grande, sans paralysie partielle. Le 27, on constate des crachats pneumoniques et de la matitè au sommet des deux poumons, plus marquée à droite. Diarrhée involontaire.
C'est dans cet état que le malade est réclamé par ses parents; transporté chez lui^ il meurt dans la journée. L'autopsie, que nous avons rapportée à l'article Anatomie pathologique, a été faite en ville.