Guill. de Tyr, Hist. trantm.^ p. 106S
3. Vinisauf, Itiner.^ p. 291. Contin. de Guill. de Tyr, p. 153.
4. Boha-Eddin. V07. M. Eeinaod, Chran. arabes, p. 328. 2». Ccntin. de Guillaume de 7yr, p. I&2.
la Mésopotamie > avait en effet annoDcé la guerre sainte et appelé à son aide tous les pays musulmans. Il avait rassemblé de nombreuses troupes, et s'était jeté au centre du royaume de Jérusalem, menaçant à la fois sa capitale et Saint-Jean-d'Acre, son port le plus considérable. Les désastres se succédèrent dès lors sans interruption pour les soldats de la croix. L'armée fut détruite à Hittin, sur les bords du lac de Tibériade; le roi Guy de Lusignaui ^it prisonnier le 3 avril 1187^ avec son frère Amaury , connétable du royaume, ne recouvra la liberté, Tannée suivante, qu'en échange de la ville d'Ascalon , dont la possession établit Saladin maître de la route directe entre Damas et le Claire. Saint-Jean d'Acre avait été forcé le 8 avril, cinq jours après la prise du roi ', Tibériade, Jaffa, Sidon, Beyrouth, Botron, Naplouse, enlevées et saccagées peu après; Jérusalem enfin, obligée de capituler le 2 octobre. Arrêté deux fois devant Tyr, par la défense de Conrad, marquis de Montferrat , frère de Guillaume Longue-Épée, Saladin poursuit ailleurs ses conquêtes : il occupe ou détruit dans le sud tous les postes qui gênaient ses communications avec rÉgypte; au nord, il soumet Tortose, Valénie, Giblet, Laodicée; en tout, plus de trente villes ou forteresses.
A la fin de Tannée 1188, il ne restait plus aux chrétiens que trois places de quelque importance dans toute la Syrie ; Tyr, défendu toujours par le marquis Conrad, Antiocbe et Tripoli, que tenaient le prince Boémond et Baymond , son fils. Saladin, après avoir dévasté tout le pays autour de ces villes, avait réuni ses forces, comptant s'en emparer avant l'arrivée des secours que les Francs ne pouvaient tarder à recevoir dOccident.
La perte de Jérusalem avait en effet consterné la chrétienté ; l'œuvre de Godefroy de Bouillon semblait anéantie. A la voix des I^ats apostoUques et de l'archevêque de Tyr, Thistorien d'outremer, venu lui-même en Europe, il y eut un mouvement général qui rappela les temps de Pierre l'Hermite et de saint Bernard. De toutes parts les fidèles s*armèrent , on apportèrent leurs offrandes à la croisade d'où dépendait la nouvelle délivrance du saint tombeau. On établit une contribution spéciale pour combattre Saladin , dont le nom s'était répandu en Europe comme celui des conquérants qui l'avaient autrefois ravagée. Guillaume de Tyr remit de sa main la croix de pèlerin aux rois de France et d'Angleterre ; il passa ensuite en Allemagne et souleva les populations de ces contrées, restées jusque-là presque étran-
gères a la guerre sacrée. Les seigneurs et les paysans le plus tôt préparés, sans attendre le départ de Tempereur, allèrent 8*enibarquer sur les bords de la mer du Nord; il en partit depuis ia Baltique jusqu'à la mer d'Angleterre. Montés sur leurs navires à rames et à voile , les nouveaux croisés longèrent les côtes de TOcéan , franchirent le détroit de Maroc , et se dirigèrent, pleins de confiance vers la Palestine * .
Pendant ce temps Guy de Lusignan, relevé par TÉglise du serment que Saladin lui avait imposé de ne plus porter les armes contre iislamisme, avait formé le dessein de reprendre Saint-Jean d*Àcre. C'était^ en effet, la place dont il importait le plus de s'emparer avant de songer a une expédition contre Jérusalem. Jaffa n'offrait pas un refuge assez certain à une armée avancée dans Tintérienr des terres ; Tyr et les villes du nord étaient trop éloignées de la Judée. Ptolémais , au contraire, l'un des meilleurs ports de la côte de Syrie, à deux journées de Jaffa , était la ville la plus forte qu'eussent perdue les chrétiens, et, à l'époque où ils l'occupaient, l'entrepôt le plus considérable du commerce de l'Europe avec rOrient.j< On y voyait, » dit un arabe contemporain, « de Tor, de l'argent, de Técarlate, des étoffes de Venise , du su- « cre et d'autres objets de prix. C'était le rendez-vous des mar- « chauds de la Grèce et de tous les pays des Francs^. » Placé au nord d'une immense rade dont le Garmel ferme au sud l'extrémité, Saint-Jean d'Acre peut être attaqué ou secouru par les armées qui débarquent facilement sur sa plage.
Le roi aurait voulu d'abord mettre la reine Sibylle en sûreté dans la ville de Tyr, et disposer de là son expédition, de concert avec Conrad. Tyr , comme Ptolémaïs , faisait autrefois partie du royaume proprement dit, ou du vaste domaine réservé à la couronne des rois de Jérusalem ; mais Conrad , qui considérait cette ville comme sa conquête et sa propriété particulière, craignant que Guy de Lusignan, une fois rentré dans ses murs, n'y reprit l'autorité, refusa d'ouvrir les portes au roi. Lusignan ne se détourna pas cependant de son projet. Les chevaliers du Temple et ceux de l'Hôpital promettaient de l'aider; il avait au-
1. viniflaof, Jliner, , p. 36S, 269. Coniin, de GuUL de Tyr , p. 12S. Godefroy, noioe de Saint-PanUléon, Chrcnic.^ ap. Struve, Script Germ.^ 1. 1| p. 34S et soiv. Aiiabert, Hi»t, de expedUione Fridehci imper. , publié par DobrowsU. Prague , jii-S°, 1827, p. leetguiv.
2. M. Keinaud, Extraits des chroniques arabes, p. 201. VÎDisauf, Itiner,, p. 252.
près de lai le patriarche , les prélats, avec un certain nombre de seigneurs du royaume, entre autres ses deux frères , le con* nétable Amaury et Geoffroy, arrivé depuis pecr en Syrie * . Ainsi assisté, il forme une petite armée d*environ neuf mille hommes ^ ; il engage l'amiral de Sicile, le famenx Margarit, alors à Tripoli, à venir le joindre, et, avec une résolution qui étonne les anciens chroniqueurs', il vient mettre le siège devant la place, dont Saladin avait encore augmenté les fortifications depuis deux ans qu'il en était maître.' On se trouvait alors au mois d*août de Fan 1 189 ^. «Ge fut merveille, » dit un vieil écrivain, « de voir « le roi aller assiéger Acre avec si peu de monde, car il y avait « bien quatre Sarrasins dans la ville pour un chrétien qui fut « dehors '. »
Guy de Lusignan s'était établi sur une montagne à l'est des remparts, près d'un affluent du Bélus , où s'abreuvait sa cavalerie. Au moyen de quelques vaisseaux que l'on mit en pièces, on éleva de fortes palissades autour du camp *, et l'on fut bientdt à couvert dans une position où Ton put résister aux attaques de l'armée de Saladin, qui tenait la campagne. Les premiers secours du nord de l'Europe parvinrent peu après au roi Guy ^ ; les Lombards arrivèrent en même temps * ; les Génois * , les Marseillais et probablement les commerçants de Montpellier, déjà en Orient ^^, prêtèrent également assistance au roi, qui s'en montra plus tard reconnaissant * ' : ils lui fournirent de l'argent , des
1. CànHn. de OtHU, de Tyr^ p. 1S4-125, n. ViDissaf, IHnffr.^ p. 966. HUÎ. de Ckgpret t. Il» p. 22. Prenres. s