‹ Fragments d'histoire de ChypreChapitre 19 sur 29 · Contin. de GvilL de Tyr, p · texte numérisé non relu

Contin. de GvilL de Tyr, p

6. Roger de Hoveden, Annal, p. 679. Benoît de Péterborougli, Vita Benrici ei

Rieh., t. II, ann. 1190.

tomber promptemenl la viHe assiégée au pouvoir des eroîsés. Une maladie, saite habitoelie du changement declunt , atteignit les rois et retarda cependant leurs opérations. Les querelles des barons d'outre-mer, renaissant sans cesse au sujet de la royauté passionnaient aussi les nouveaux croisés dès leur débarquement, et empêchaient de concerter les attaques. Leur ancienne hostilité surexcitée par le mariage de Richard, que les Français considéraient comme un outrage, et la belle conquête des Anglais, qu'ils enviaient, occasionnaient, dans les loisirs du camp^ de fréquentes collisions entre les cheyalfers et tes sergents des deux nations . Gu j de Lusignan, dès que les rois alliés avaient été réunis, s'était empressé de porter ses réclamations dans les formes légales devant leur cour de justice. Les princes, sans juger en ce moment le fond du débat, avaient décidé que ni Conrad ni Guy de Lusi* gnan ne jouiraient des droits attachés à la dignité royale, et que tes ordres du Temple et de t'Hôpital feraient conjointement percevoir par leurs préposés tes revenus de la couronne \ La source la plus importante des droits régaliens était alors, indépendamment des terres et des châteaux qui pouvaient rester de l'ancien domaine royal, les tarifs divers prélevés sur lesiumibreux marchés que nécessitait l'entretien d'arméescomsidërables, et sur kanavires abordant à la plage d'Acre*. Le& Aquitains, les Anglais, et avec eux les chevaliers de l'ordre du Temple, qui avaient élu vers ce temps pour grand maître Bobert de Se^lé, un des s^œurs du Maine venus en Orient avec le roi Bicbard, leur suzerain, au** raient voulu abaisser davantage l'orgueil de Conrad, le candidat des Français.

' Geoffh)y de Lusiguan se chargea de lui adresser un défi. Son caractère brave et mesuré avait acquis à Geoffroy une grande considération dans l'armée, et donnaitde la gravitéà toutes ses déterminations. 11 accusa Conrad de foi-mentie, de trahison et de parjure à regard du roi de Jérusalem et de la chrétienté; il déposa err même temps son gage d'appel contre lui, ce qui, d'après la procédure fcodale du temps , devait amener un combat singulier entre les deux adversaires. Le marquis indigné, car son courage ne peut être soupçonné, refusa de répondre à une citation outrageuse, et se retira à Tyr avec les siens. Il en fut rappelé ensuite

« 1, arooiptoD» Chron., col. 1202. Sicardi, Chron.^ Cremon. ap. Murai, Script, liai., t. vn, col. 614.

2. Brompton, Chron., col. 1202. Benott de Péterbor., Al/o» t. U, ann. 1191.

pacle roi de France, qui chaque jour se prononçait davantage «n sa faveur ; Conrad prit place dès lors parmi les officiers babi* toels de sa oour et de ses coosoUs. A son instigation, Philippe- Auguste réclama peu de temps après, du roi d'Angleterve, la moitié de Tile de Chypre et la moiUé du butin fait sur les Grecs, en prétextant qu'un semblable partage devait découler du traité d'aUiance arrêté entre eux à Messine, bien, qu'eu réalité rien de pareil ne se trouve dans cet accord , dont la. teneur nous est parvenue * .

Biehard répondit qui! donnerait volontiers la moitié de Tile Chypre à aon frère d'armea , si le roi de France consentait à lui cédei! une part du eomté de Flandre et des autres terres échues depuis peu à sa couronne par suite du décès de Philippe d'Alsace , mort devant Aère. On abandonna bientôt ces récriminations que te ressentiment pins que la raison avait inspirées, et l'on convint par un acte public que les priuces répartiraient seulement entre enx les villes et les biens conquis- dans le royaume de Jérusalem et snr ks infidèles ^.

Il fiMit maintenant retourner pour un moment dans l'Ile de Chypre, où nous avons laissé un corps de Tarmée anglaise isolé an milieu d'une population infiniment supérieure en nombre et surprise pao Tinvaùen. Qoelie qu'ait été la force du détachement chargé par le roi. Richard de la garde de Tile , les Anglais ne purent occuper au moyen de garnisons nécessairement peu considérttbles que les chàteauxr du nord et les villes prin-^ cipales : Nicosie , Gérines, Famagouste, Limassol et peut-être Paphos. Tout le reste du pays échappait à leur action et à leur Borvnillanee. Des rassemblements qne les historiens des eonqué* rants appellent séditieux s'y formèrent dès le départ du roi ^Angleterre. Les chroniqueurs laissent ignorer dans quelle partie de TUe les premières agitations se manifestèrent ; il est probable que ce fut vers Touest, dans la vaste région montagneuse dn» Hachera et de TOtympe;, où les étrangers ne pouvaient sans danger pénétrei^, et où les Grecs qui ne s'étaient pas soumis pouvaient librement se plaindre et se concerter. Le mouvement parait s*ètre propagé avec beaucoup de rapidité, et avoir pris tout à coup le caractère d'une insurrection natio-

i. Rigord, 6€sta Phil, Aug, p. 32. Bymer, Fœdera^ noitv. édit., L I, p. 64. 2. Brompton, Chronic.t col. 1202. Roger de Hofeden, Annal., p. 693. B.enoU Ô9 PéteiboroiQli, Vitm, L II, p. 6^7.

nale. Les révoltés appelèrent à eax tous les bommes libres et généreux qui voulaient défendre rindépendance du pays contre les Latins; ils se donnèrent un cbef , et proclamèrent comme empereur de Chypre un moine grec, parent dlsaac Gomnène ^

Dans les dangers semblables, quand un peuple entier menace de s'armer contre ses envabisseurs tonjours moins nombreux, ce n'est que par la décision et la rapidité de Taction que Ton peut conjurer le péril et conserver le prestige de la puissance. L*un des lieutenants du roi Richard avait alors quitté l'ile de Chypre, et se trouvait au camp de Saint- Jean d*Acre. Robert deTornbam, resté seul chargé du commandement, marcha directement au foyer de la rébellion, dispersa les rassemblements encore mal organisés, s'empara de leur chef, et le fit attacher à une potence ^. Les chroniqueurs ne disent pas, depuis ce temps, qu*il y ait eu de nouveaux soulèvements contre les Anglais en Chypre.

Le roi Richard, bien que ses troupes eussent facilement cou* serve ravantage contre les Grecs dans cette première insurrection, redouta pour elles de nouveaux dangers. Il désirait disposer de toutes ses forces à Saint-Jean d*Acre, où il faisait construire de nombreuses machines de siège, et augmentait par des enrôlements le nombre de ses hommes d armes. La pensée lui vint, dans ces circonstances , de se défaire de l'ile de Chypre et de céder sa conquête aux Templiers. Le nouveau grand maître de Tordre était, comme nous lavons vu, un de ses feudataires du comté du Maine. Le roi entra facilement en arrangements avec Robert de Sablé à ce sujet, et vendit ou engagea Tile de Chypre aux chevaliers du Temple, moyennant cent mille besants d'or ', qu'on appelait àesants sarrasins , parce que lés besants frappés par les princes croisés étaient généralement en argent. Quarante mille pièces d'or furent immédiatement remises au roi d'Angleterre, et le payement des soixante mille besants restants assuré en différents termes par l'occupation de l'un des châteaux de Tordre, situé en Palestine *.

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