Contin, de Guill. de Tyr, p. 15H
dans Taction des preuves de courage et prirent une part personnelle au combat. Mais Tarmée grecque ne put résister long* temps à l'impétuosité de l'attaque des Anglo-Normands. Au moment où le succès était encore incertain, Isaac Comnène, voulant ranimer les siens, se précipite au milieu des rangs opposés, parvient jusqu'au roi d'Angleterre, et le frappe d'un coup de sa masse d'armes. Enveloppé aussitôt par les chevaliers et les sergents, il est renversé de cheval et fait prisonnier * . Sa chute acheva d'ébranler les soldats grecs qui se dispersèrent, sans songer à défendre Nicosie. Le souvenir du combat de Tremithoussia et de la prise de Gomnène se perpétua en se dénaturant dans Ttle de Chypre. Longtemps après, les savants du pays voyaient dans les ruines grecques et peut-être phénicieonesde Tremithus l'effet de l'attaque du roi des Anglais, qui, suivant leur opinion, aurait assiégé et rasé l'antique ville jusqu'en ses fondements ^.
Les habitants de Nicosie ne s'opposèrent pas plus que ceux deLimassol aux étrangers. Les primats de la ville allèrent audevant du roi d'Angleterre, et lui jurèrent fidélité, en l'assurant de l'obéissance de leurs concitoyens. S'il faut en croire un chroniqueur du temps, le roi, comme signe de sa domination nouvelle, aurait ordonné alors aux Chypriotes d'abattre les longues barbes qu'ils portaient, et de raser leurs mentons à la manière des Normands ^.
Famagouste et Nicosie occupées, il fallait réduire les châteaux qui tenaient encore pour Isaac dans le nord de l'île. La force de ces places de refuge, la disposition des lieux, la facilité de leur défense , tout commandait à l'armée envahissante de s en emparer sans délai, afin que les Grecs des villes et des campagnes, restés paisibles jusqu'ici, ne fussent pas tentés de s'y rassembler et d'organiser un soulèvement général.
L*ile de Chypre est protégée dans sa partie nord-est par une chaîne de montagnes escarpées qui prend naissance au cap Cormakiti, l'ancien Crommyani et s'étend en s'affaissant un peu jusqu'à l'extrémité du cap Saint-André, ou Dinarète. Cette muraille de trente lieues de longueur domine au sud les plaines de
1. Contin. de GviU. de Tyr, p. 168. Raoul de Coggeshale, ap. Martèue, Àmpliss. Collectio, t. V, col. 816.
2. Le P. Etienne de Lasignan, Hist, de Cypre, fol. 30. L'archimandrite Xyprlanos, Hist. de Chypre^ p. 42.