L'observation de ces deux malades n'a pas été prise
chez le dernier la cicatrisation définitive n*estpas encore complète à rheure qu'il est; mais ainsi qu'on le verra, des complications graves indépendantes de Tintervention chirurgicale ont surgi et ont retardé la guérison de plusieurs mois.
Obs. XLVII. Epanchement purulent de la plèvre datant de 8 mois. Résection partielle de trois côtes. Pansement antiseptique avec ouate salicylique. Lavages désinfectants, Guérison définitive et exeat au bout de deux mois et demi,
Walther, Henri, 18 ans, boulanger, de Barr, m'est adressé vers la fin du mois de septembre dernier par le docteur Bley. C'est un jeune homme de taille moyenne, fortement émacié, qui, sauf une tante morte de phthisie, n'accuse aucun antécédent héréditaire. 11 a toujours joui d'une excellente santé, jusqu'au mois de décembre 1879. A cette époque il contracte une pneumonie grave du côté gauche, qui devient caséeuse et s'accompagne pendant plus de deux mois de crachats purulents. En février 1880 une tumeur fluctuante se développe à la base du creux de l'aisselle ; un mois plus tard la collection se vide spontanément et donne issue à environ un litre de pus. L'abcès se ferme au bout de trois semaines; mais bientôt une nouvelle collection se forme au même niveau. Le malade rouvre lui-même la cicatrice avec la pointe d'une épingle: un flot de pus s'en écoule aussitôt et est projeté à plus d'un demimètre de distance. Depuis lors la plaie est restée fistuleuse. A chaque expiration un demi-verre de pus est évacué.
Le 30 septembre, jour de l'entrée du malade à la Maison de santé des diaconesses , je constate ce qui suit : Emaciatlon considérable, teint terreux, yeux excavés, peu de dyspnée, flèvre modérée, perte d'appétit. Entre la 7« et la 8« côte, sur le prolongement d'une ligne horizontale passant par la pointe du sternum, et correspondant à la ligne axillaire, existent trois petites fistules, dont la plus grande admet à peine l'extrémité du stylet. L'exploration de ce trs\jet est négatif au point de vue d'une lésion osseuse : il pénètre obliquement en haut à une profondeur de 5 centimètres environ , sans rencontrer aucun point dénudé ou carié. L'examen de la poitrine révèle à la percussion une matité absolue de tout le côté gauche, s'étendant en avant et en arrière à partir de la clavicule jusque dans l'hypocondre. Tout le côté présente une voussure appréciable à l'œil. L'auscultation ne fournit également que des signes négatifs : absence de vibrations thoraciqoes, absence de murmure vésiculaire, soufile modéré ayant son maximum d'intensité au niveau de la bifurcation des bronches; pas d'égophonle.
Le diagnostic n'est donc pas douteux : on se trouve en présence d'on épancbemenC purulent de la plèvre , communiquant indirectement avec l'extérieur par un orifice dont il est diflBcile de préciser le siège exact, mais qui correspond avec la fistule par un trajet sinueux et probablement très-étroit. La suppuration est modérée ; elle augmente à chaque mouvement d'expiration.
Le 2 octobre, ponction exploratrice avec raiguiUe n^ 2 de l'aspirateur de Potain. Evacuation d'un litre de pus crémeux, inodore. L'écoulement par la fistule diminue pendant 2 ou 3 Jours, mais dès le 4« il redevient plus abondant. Le liquide se reproduit dans la plèvre, et au bout de 8 jours il a atteint son* niveau primitif. Me fondant sur ces différents symptômes , en particulier sur la reproduction rapide de Tépancbement, je me décide à pratiquer l'opération de l'empyème, par la méthode qui consiste à faire préalablement la résection partielle d'une ou de plusieurs côtes.
L'opération est pratiquée le 9 octobre 1880 avec le concours de MM. les docteurs Mûller et Antony, de Gbâlons-sur-Marne. L'anestbésie chloroformique obtenue, je pratique, sans spray, une incision horizontale, parallèle aux côtes, longue de lo centimètres au niveau des fistulettes. La huitième côte mise à nu est dépouillée de son périoste à l'aide de la rugine d'Ollier, sur sa face externe. On la soulève ensuite autant que faire se peut, pour dénuder sa face interne et l'on en commence la section avec la pince de Liston. N'y réussissant pas , on trace un trait de scie et l'on achève alors de sectionner l'os avec le ciseau et le maillet ; saisissant alors avec un davier l'un des fragments de la côte, on en résèque nn bout de 5 centimètres, partie avec la scie, partie avec la cisaille. Cette manœuvre accomplie, on aperçoit, tout contre le bord inférieur dé la septième côte, un petit pertuis au niveau de la plèvre pariétale : il s'en écoule quelques gouttes de pus ; plongeant une sonde cannelée dans cet orifice , je tombe dans une vaste cavité, qui se vide incomplètement dès que la sonde est retirée. Je plonge le bistouri dans la plèvre pour agrandir l'ouverture et aussitôt un flot très-abondant de pus épais, bien lié, s'écoule; j'essaie d'introduire le doigt dans la cavité pleurale, mais il se trouve fortement bridé; aussi, craignant la rétention du liquide, je résèque un fragment de 5 centimètres de la septième côte; deux doigts pénètrent facilement dans le sac pleural, à par* tir de ce moment, et permettent de constater que les deux feuillets de h plèvre sont recouverts de fongosités épaisses, rappelant celles de l'arthrite fongueuse.
le procède alors à un évidement en règle de toute la cavité. La
cuiller tranchante de Volkmann me sert à racler la surface de la plèvre viscérale et pariétale et à retirer un épais dépôt de fausses membranes et de fongosités. J'introduis deux tubes de caoutchouc gros comme l'index et longs de 12 centimètres dans la plaie et la désinfecte énergiquement avec une solution d'byposulfite de soude au dixième. Mais il se trouve que le liquide injecté ne s'écoule qu'incomplètement au dehors et que la plus grande partie reste emprisonnée dans la cavité pleurale. Force m'est donc de pratiquer une contre-ouverture en arrière , an niveau de l'angle inférieur de l'omoplate et de réséquer en outre un bout de 3 centimètres de la cinquième côte. L'épaisseur des tissus à traverser rend l'opération plus laborieuse que précédemment; un tube épais est placé dans cette contre-ouverture et dès lors le lavage s'exécute avec la plus grande facilité. Hémorrbagie peu abondante pendant l'opération. Pas une seule ligature. Pansement avec silk et ouate salicylique. Les tubes sont fixés avec un fil de soie qui pend au dehors.
Le 10. Temp. matin 37,2. Soir 37,5. Suppuration médiocre. Elat général satisfaisant. La sonorité du poumon est en partie revenue; le murmure vésiculaire s'entend faiblement à la base du poumon ; sous la clavicule le bruit respiratoire est mieux perçu.
Le 11. Les tubes inférieurs sont raccourcis d'un centimètre. Temp. matin 37. Soir 37,4.
Les jours suivants on fait un pansement quotidien ; le liquide passe bien à travers les tubes. L'état général s'améliore visiblement. Le poids du malade, qui avant l'opération était de 108 livres, atteint le 30 octobre lis livres. Il se lève pour la première fois le 29 octobre. L'un des tubes inférieurs a été supprimé il y a quelques jours , l'autre ne mesure plus que 5 centimètres; celui de la plaie supérieure a également été raccourci, puis supprimé définitivement le 29.
Le 6 novembre. Le malade est à 118 livres.
Le 11. Enlèvement du dernier drain : respiration normale, sodorité de tout le côté gauche.
Le 13. Poids du malade 124 livres.
Le 15. La plaie est entièrement fermée. Le malade sort dans la cour sans permission ; le soir il est pris d'un accès de suffocation qui cède après quelques minutes.
Le 16. Temp. matin 38. Soir 38,7. Dyspnée, malaise, égopbonie à la base du poumon , souffle léger, absence de vibrations thoraciques.
Le 17. Temp. matin 39. Soir 39,5. Même état; la collection s'est
en partie reproduite ; on se propose de rouvrir la cicatrice , mais la nature se charge de ce soin dans la soirée. Par la fistule il s'écoule environ 300 grammes d'un pus jaune verdàtre, extrêmement fétide, dont Todeur se répand dans la salle et les pièces voisines. On remet un tube à drainage de gros calibre et long de 5 centimètres dans la plaie , après l'avoir élargie avec une pince à pansement. Lavages désinfectants. Pansement avec ouate salicyliqae.
Le 18. Temp. matin 38. Soir 37,7. L'odeur est moins forte, la sopparation moins abondante. Quatre lavages désinfectants par Jonr.
Le 20. La température est redevenue normale. Matin 36,5. Soir 37,2. les traits sont moins altérés, l'appétit revient, la respiration est normale.
Le 28. On raccourcit le tube qui a pénétré dans la cavité pleurale et on le fixe à l'aide d'une épingle anglaise, passée perpendicnlairement à son grand axe. Suppuration nulle.
Le 8 décembre. Enlèvement définitif du tube.
Le 9. Le malade se lève. Poids 129 livres. La respiration est normale dans toute l'étendue du poumon, mais plus faible qu'à droite.
Le 18. Cicatrisation définitive de la plaie.
Le malade est maintenu en observation pendant quelques jours encore. Il est définitivement renvoyé dans ses foyers le 26 décembre.
Le 6 janvier je le présente à la Société de médecine.
La guérison s'est bien maintenue depuis lors (31 janvier).
Au niveau des côtes réséquées, on sent une induration manifeste, de consistance fibreuse ; indice évident d'un commencement de travail de régénération osseuse.
0b8. XL VI II. Jbcès sous-pleural consécutif à une carie de côte. Résection de deux fragments de côte de 6 et 8 centimètres. Lister, Guérison au bout d'un mois avec persistance d'une fistule. Abcès enkysté de la plèvre consécutif et perforation des bronches, Guérison.
Monsieur Victor P., 40 ans, dessinateur, originaire de Benfeld, habitant Paris, 10, rue Rossini, depuis plusieurs années, tombe malade vers la fin de l'année 1879. Son affection a débuté par une douleur sourde dans le côté gauche de la poitrine. 11 consulta un médecin qui, croyant avoir affaire à un épanchement pleurétique, institua un traitement approprié. Le mal ne fit qu'em-
pirer; las du traitement qu'on lui faisait suivre, Monsieur F. consulta le docteur Goguel, puis M. Périer, chirurgien des hôpitaux, qui lui prodigua ses soins pendant quelque temps. Le 10 janvier une tumeur se développa aux environs de la 9« côte; tumeur manifestement fluctuante, que M. Périer considéra avec raison comme un abcès froid, consécutif à une carie de* côte. Vers la fin du mois de Juin, le malade, désirant revoir sa famille et son pays natal, revint à Benfeld. 11 eut recours aux soins de M. Sieffermann qui. Jugeant l'intervention chirurgicale nécessaire, me pria de visiter avec lui son client. Je me rendis à Benfeld vers le 48 Juin et trouvai M. F. dans l'état suivant : Faciès altéré, yeux excavés, fièvre intense, pouls 120, sueurs profuses pendant la nuit. Au niveau de la 9^ côte , en avant de la ligne axillaire on constate la présence d'une tumeur phlegmoneuse, s'étendant parallèlement aux côtes, franchement fluctuante. La peau de la région est chaude au toucher, rouge et luisante. Nous nous décidons à endormir le patient pour débrider le foyer et l'explorer à notre aise.
Une incision longue de 10 centimètres donne issue à un flot de pus crémeux, bien lié; le doigt introduit dans la plaie remonte vers le haut à 3 centimètres et tombe sur un os rugueux et carié. N'étant pas outillé pour pratiquer la résection de la côte, nous remettons cette opération à quelques Jours plus tard, et après avoir bien lavé la plaie avec de l'eau alcoolisée, nous la pansons avec des mèches de charpie, trempées dans cette même solution.
Les douleurs diminuent dans la soirée; les Jours suivants le malade se sent notablement soulagé ; la fièvre tombe et l'appétit reprend un peu.
Le 29 Juin Monsieur F. se décide à se faire transporter à l'hôpital de Strasbourg , pour y subir l'opération projetée.
Opération le 1*' Juillet 1880 en présence de MM. E. Bœckel, Lach (de Kaysersberg), Lentz, Mûller, Ruhlmann et Kaltenthaler. Précautions antiseptiques. Spray à vapeur. L'incision primitive est agrandie dç part et d'autre. Sur son extrémité externe on fait toqiber unei incision de 4 centimètres, de manière à avoir un lambeau qu'on relève et qui met la côte malade à nu ; celle-ci est réséquée sur une étendue de 8 centimètres. Un flot de pus évalué à 200 grammes s'écoule pendant cette section. Le doigt pénètre dans une cavité située en dehors de la plèvre, entre cette membrane et les muscles intercostaux internes, qui sont altérés parle pus. L'étendue de cet abcès sous-pleural est d'environ 4 centimètres dans le sens vertical et de 10 dans le sens horizontal. La côte supérieure qui correspond à la sixième, est cariée. On en
résèque un bout de 6 centimètres. Désinfection avec chlorure de anc Vio et lavages avec la solution faible. Gros tube à drainage dans la plaie. Suture presque complète des bords de la plaie. Pan* seraent de Lister modifié. Temp. soir 37,4.
Le 2. Temp. matin 39. Soir 38,4. Premier pansement Sainte* ment abondant de liquide sanguinolent.
Le 3. Temp. matin 37,3. Soir 37,ô. Pansement quotidien pendant les 10 premiers jours, puis suppression du drain et enlèvement des sutures.
L'état du malade s'améliore de jour en jour.
A partir du 1 1, pansement tous les 2—3 jours.
Le 24 juillet la plaie est presque entièrement cicatrisée; 11 ne reste plus qu'une fistule au. niveau de l'orifice du drain; on supprioM^ le pansement de Lister et sur la demande du malade on le renvoie dans ses foyers.
Un mois plus tard, Monsieur F., de retour à Paris, reprenait ses occupations habituelles. «Au moment de son retour, m'écrit le docteur Perler, je l'ai trouvé en parfait état. Depuis il a eu un abcès enkysté de la plèvre qui s'est ouvert dans les bronches et qoi secondairement a communiqué avec la plaie, comme l'a démontré le passage des injections de la peau à la bouche. Il n'y avait cependant pas de passage de l'air, soit à Tinspiration , soit à Texpiration. »
A la même époque, 15 novembre. Madame F. m'écrivait qu'on avait constaté la présence d'une esquille, non encore mobile. La plaie, dit-elle, est belle et presque cicatrisée, la suppuration est peu abondante. Le poumon fonctionne bien, mais le malade a des quintes de toux très-pénibles ; il crache du pus, et le liquide injecté par la plaie reflue par la bouche. On cesse les injections phéniquées et on donne une alimentation réconfortante au malade. M. Périer ordonne des capsules de goudron.
Le 5 janvier dernier Madame F. m'écrivait ceci : «Vers la fin de novembre, après un mieux sensible, la toux et la suppuration ayant entièrement disparu, ces mêmes désordres recommencèrent ; U plaie sécréta un liquide purulent extrêmement fétide; l'expectoration purulente par la bouche devint plus abondante que jamais. Le malade cracha du sang à di£férentes reprises. Au bout de 16 jours ces symptômes s'amendèrent et actuellement la plaie, qoi s'était rouverte, est belle et presque fermée; il n'y a plus qu'une petite fistule. Enfin voilà 3 semaines que mon mari a repris ses occupations et tout me fait espérer une guérison définitive et prochaine. »
Depuis lors je n'a! plus eu de nouvelles de mou opéré. Tout me porte à croire que les derniers désordres ont été occasionnés par la présence de resquille, dont il est fait mention dans la première lettre ; que, celle-ci une fois éliminée , la suppuration fétide et l'expectoration bronchique ont cessé et que la guérison de Monsieur F. est à l'heure qu'il es^t un fait accompli, ou en train de s'accomplir.
Obs. XLIX. ^bcès ossifluent et abcès enkysté de la plèvre, con^ sécutif à une carie de côte. Résection de deux fragments de côte soudés, de 8 centimètres. Pansement de Lister. Guérison au bout de 4 semaines.
Steinmetz, Jean, menuisier, 54 ans, entre à l'hôpital civil (salle 105, n» 16) le 10 août 1880. C'est un homme profondément cachectique, amaigri, qui sou£fre depuis près d*un an d'une donleur sourde, dans le voisinage de l'angle inférieur de l'omoplate du côté droit; il y a trois mois une tumeur molle fluctuante se développa à ce niveau ; en quelques semaines elle avait le volume d'un poing d'adulte; la respiration s'embarrassa de plus en plus. La fièvre, modérée au début, acquit une intensité de plus en plus grande, bientôt elle revêtit le caractère de la fièvre hectique. Sueurs profuses, amaigrissement. Diarrhée.
 l'entrée du malade, la tumeur, qui présente tous les caractères d'un abcès ossifluent, mesure 25 centimètres de longueur sur 15 de largeur. Elle prend naissance au niveau de l'angle inférieur de l'omoplate et se dirige en dehors vers la ligne axillaire : elle correspond aux 5« et 6* côtes. L'examen de la poitrine révèle à l'auscultation un léger bruit de souffle au-dessus de la tumeur, plus haut quelques frottements pleuraux. Eu avant sous la clavicule, sonorité normale; frottements pleuraux; râles fins peu abondants. Toux sèche, expectoration spumeuse, rare. Symptômes signalés plus haut persistants. On diagnostique une carie de côte avec abcès consécutif, communiquant sans doute avec la plèvre.
Le malade étant très-affaibli, je ne suis rien moins que décidé à intervenir. Je le soumets à une alimentation réconfortante^ viandes, vin de quinquina, etc. Malgré ce régime les forces ne reviennent pas et le patient, se croyant perdu, me supplie à différentes reprises de Topérer. Pressé, sollicité par le malade, je me décide à agir, ne pouvant résister plus longtemps à ses instances.
Opération le 20 août 1880. Présents : MM. les docteurs Lhome de Reims, Lentz, Ruhlmann, Mûller et quelques élèves en méde-
cîne. Gbioroformisation par M. Kaltenthaler. Incision courbe à convexité supérieure le long du bord inférieur de Tabcès. Les tégoments et les muscles incisés, je tombe dans une vaste cavité, d'où s'écoule un flot de pus mêlé d'une grande quantité de sang noirâtre, renfermant des débris de muscles et d'aponévroses mortifiés. Ce liquide est renfermé dans une pocbe parfaitement organisée, véritable membrane pyogénique, qui se perd sur le périoste des 5« et 6« côtes. Celles-ci sont à nu dans le fond de la plaie, dénudées et rugueuses sur une étendue de 5 à 6 centimètres ; elles sont comme soudées l'une à l'autre, fortement épaissies et mesurent 5 centimètres de largeur. Avec une ragine je décolle le périoste de chaque côté des points dénudés^ et résèque un frag> ment de côte de 8 centimètres, à l'aide de la scie d'abord, de la pince de Liston ensuite. Pendant cette manœuvre un flot de pus crémeux, bien lié, s'écoule, et un bruit de gazouillement particulier indique que l'air a pénétré dans la plèvre. Celle-ci est en effet ulcérée au voisinage de la côte supérieure, dans une étendue de 2 à 3 centimètres; mais le fragment réséqué ayant fait bouchon, il s'ensuit que la communication entre l'abcès extérieur et la plèvre n'est pas directe. J'agrandis ensuite l'orifice pleural et tombe dans une cavité nettement circonscrite, ne dépassant pas les limites de l'abcès extérieur. La surface est tapissée de fausses membranes épaisses, rappelant les fongosités articulaires, dont je pratique l'évidement avec la cuiller tranchante. La membrane pyogénique du premier foyer est excisée en totalité et toute la plaie rapidement désinfectée avec une solution de chlorure de zinc au dixième, puis lavée avec la solution faible. Plaie maintenue largement béante. Pas de ligature importante. Deux gros tubes de 8 centimètres sont placés dans la cavité pleurale , et le pansement de Lister modifié tel que M. E. Bœckel l'a récemment décrit est appliqué et maintenu à l'aide d'une bande de tarlatane apprêtée et mouillée. Temp. soir 37,6.
Le 21. Temp. matin 38,4. soir 39,8; suintement abondant, nécessitant un pansement quotidien pendant une dizaine de jours.
Le 31. La température, qui a oscillé depuis l'opération entre 38,2 et 40 le soir, tombe à 37,7 pour ne plus dépasser ce degré ; la plaie est détergée. On supprime les tubes. La suppuration est faible, aussi ne renouvelle-t-on le pansement que tous les 2 ou 3 jours. L'état général s'améliore de jour en jour, le malade reprend de l'embonpoint; sa respiration est normale, l'expectoration a complètement cessé. L'appétit est excellent.
Le 16 septembre la plaie presque entièrement cicatrisée ne
mesure plus que 4 centimètres de longueur sur 1 «js de largeur. On supprime le Lister et on panse avec de la ouate. salicylée« Le malade, pressé de rentrer, prend son exeat le 18, en bonne voie de guérison.
Les autres observations de réseetiou de côteâ concement des sujets atteints de carie costale, compliquée d'abcès exté* rieur, avec ou sans fistule, mais avec intégrité de la plèvre. Au point de vue opératoire leur histoire rfoffre rien de particulier. Chez mes premières opérées j*ai traité la plaie par le pansement antiseptique ouvert ; chez la dernière, après avoir largement excisé la poche de Tabcès et réséqué la côte malade, j'ai pratiqué la suture. Mon opérée a guéri par première intention absolue, sans une goutte de pus, après 3 pansements. Voici en quelques mots son observation :
Obs. L. Carie de côte avec fracture spontanée et abcès ossi-
fluent Résection. Guérison par première intention sans pus
après 3 pansements.
Lisette Wendling, 46 ans, servante à rbèpital civil, souffre depuis le mois d'août dernier d'une douleur fixe et sourde au niveau de Tangle inférieur de Tomoplate gauche. Vers la mioctobre un abcès se forme dans le dos à quatre travers de doigt en dessous de cet angle. Au bout de 6 semaines il a les dimensions de deux poings d'adulte. La malade, qui n'a cessé de travailler jusqu'à cette époque, se décide enfin à entrer dans mon service (salle 76) pour y subir l'opération que Je lui ai proposée: ouverture de l'abcès et résection de la côte s'il y a lieu.
Opération le 30 novembre 1880. Incision courbe à convexité supérieure de 15 centimètres de long. La peau et les muscles incisés, un flot de pus crémeux, inodore, s'écoule; la quantité en est évaluée à 350 grammes. La poche de l'abcès est excisée avec des ciseaux courbes et le fond de la plaie exploré avec le doigt On constate que la 9« côte s'est fracturée spontanément à quatre travers de doigt en arrière de la ligne axillaire; qu'elle est de plus rugueuse sur une étendue de 4 centimètres. Résection de 4</s centimètres de la côte avec une forte pince de Liston. Plèvre saine. La plaie est soigneusement désinfectée avec la solution forte et réunie à l'aide d'une douzaine d'épingles. Drain de 4 centimètres an milieu de la ligne de réunion. Pansement de Lister modifié, maintenu à l'aide d'une bande de tarlatane mouillée et apprêtée.
Le 1«' décembre. Temp. matin 37,5. Soir 38,1. Premier pansement. Absence absolue de pas.
Le 3. Âpyrexie complète. Deuxième pansement. Enlèvement des épingles.; tabe raccourci de 2 </s centimètres. Pas de pus. >
Le 6. Enlèvement définitif du drain et des deux dernières épingles. Réunion parfaite. Pas une goutte de pus; pansement de précaution qui reste 6 jours en place.
Le 7. La malade se lève pour la première fois (7« Jour).
Le 12. Onca,utérise un bourgeon charnu au niveau du drain. La réunion s'est maintenue. La malade reprend son service le lendemain 13 décembre.
Chez les quatre opérées suivantes le pansement antiseptique ouvert a été appliqué. La guérlson, pour en être moins inunédiate, n'en a pas moins été rapide chez les trois premières malades, qui guérirent au bout de 4 et 5 semaines, sans persistance de fistule.
Obs. LI. Bendel, Elisabeth, 42 ans: Abcès ossifluent. Carie de la 9« côte droite en arrière. Résection de 5 centimètres de cet os, le 15 novembre 1876. Pansement de Lister ouvert. Guérison au bout de 5 semaines.
En février 1877 carie de la 9« côte gauche. Résection et pansement ut supra. Guérison etexeat le 10 mars suivant.
Obs. LI[. Marguerite Mayer, 2 ans et demi. Carie de la 5« côte en avant. Fistule spontanée depuis un mois, conduisant le stylet sur un os rugueux, non mobile. Débridement de la fistule le 25 juillet 1879. Résection de 4 centimètres de la côte malade. Grattage des fongosités. Pas de réunion. Pansement antiseptique ouvert. La petite opérée est traitée comme malade externe. Pendant les huit premiers Jours on l'amène quotidiennement pour renouveler le pansement; à partir du 5 août on ne fait plus que 4 pansements en tout.
La guérison est définitive le 20 août suivant.
Obs. LIIL La dernière opérée concerne la nommée Lehrmann, Louise, âgée de 55 ans. Elle a subi au mois de décembre 1879 Textraction d'un fragment carié de la symphyse pubienne. Elle portait à cette époque déjà une fistule au niveau de la 5« vertèbre dorsale, tout près de l'apophyse transverse, qui conduisait le stylet sur un point dénudé et rugueux.
Le 17 août 1880 je lui pratique la résection d'un fragment de la
5« c6te, avec la partie articulaire correspondant à Tapophyse transverse de la vertèbre voisine, plus une portion assez étendue de la masse latérale de cet os. La température maximum fut de 39<» le 3« Jour. Le 5« elle était le soir à 37o,6.
L'état de la malade s'améliora pendant près de trois mois ; la suppuration diminua et l'opérée put se lever pendant plusieurs semaines. Malheureusement son organisme, profondément débilité, miné par la scrofule, subit dans le courant de décembre une nouvelle atteinte. Un abcès ossifluent se forma au-dessous du premier et la malade finit par succomber dans les premiers jours de janvier.
c) RÉSECTIONS AU MEMBRE INFÉRIEUR.