Sédillot Médecine opératoire
mis de le déplorer. On ne saurait, en effet, produire des faits assez nombreux pour établir les bases dune intervention rationnelle, dans une afifection où, comme le dit Marjolin (ibid.j, les indications sont très-difficiles à saisir. S'il se confirme, d'autre part, que la résection de la hanche a été rarement exécutée, il y a peut-être lieu de le regretter.
Avant les pansements antiseptiques, on avait, il est vrai, à redouter l'influence nosocomiale et on pouvait toujours craindre la pyémie, cette terrible complication des traumatismes les plus légers. Aussi ne doit-on pas trop s'étonner dès lors, que dans le traitement de la coxalgie, on se soit adressé à des moyens plus doux, et avant tout à l'immobilisation. Mais cette méthode réussit-elle souvent? Je pose ici cette question; elle m'a été adressée par un professeur de clinique chirurgicale, qui prétendait n'avoir pas vu guérir un seul coxalgique par les appareils. Cette opinion me semble exagérée, car les formés légères de cette affection, prise au début, peuvent être améliorées, guéries môme par l'application prolongée d'un appareil inamovible quelconque. J'en dirai autant du séjour au bord de la mer, qui procure des bienfaits incontestables à bon nombre de scrofuleux atteints de coxalgie, dont la maladie se trouve enrayée, par suite de la modification imprimée à tout leur organisme.
Si ces facteurs réunis mènent quelquefois au but dans ces conditions spéciales, je doute fort qu'il en soit de même dans les cas de coxalgie suppurée. Et d'ailleurs ces méthodes de traitement ne sont guère applicables qu'à une certaine classe de la société, conune je l'ai déjà dit en parlant de la résection du genou.
Il suffit, d'ailleurs, de jeter un coup d'œil sur les statistiques, pour acquérir la certitude que la guérison de la coxalgie est loin d'être la règle : que la mortalité est élevée et que les insuccès fournis par l'expectation sont fréquents. C'est ainsi que Gibert, cité par Lefort (Médec. opérai^ t. 1, p. 467) dans un travail sur les résultats de Yexpectation dans la coxalgie, rapporte 12 cas tirés de la pratique de l'hôpital de Sainte-Eugénie ; sur ces 12 cas il y eut 1 guérison, 3 non-guérisons et 8 morts, c'est-à-dire une mortalité de 66 % Les 112 opérés (th. de Good)
fournissent 52 guérisons, 60 morts ou 52,29 Vo de mortalité. La balance penche donc du côté de la résection, malgré la mortalité élevée; car, ainsi que le fait observer Lefort {loc, cit., p. 467), cette excessive mortalité tient h Tinfériorité de Thygiène hospitalière et en même temps à cette circonstance, que Topération a fréquemment été faite trop tard; en résumé on peut dire avec Lefort que la résection dans ces 112 cas a encore été d'une incontestable utilité. La statistique de Gazin* est plus favorable à Texpectation. Elle comporte 80 cas non opérés : 44 guérisons, 6 améliorations, 20 non guéris, 10 morts, soit 55 7o de guérison. A ne considérer que les chiffres, la question semblerait tranchée. Mais avec Lannelongue (Soc. chir,, 1. 11, p. 345) il faut remarquer « qu'on n'envoie au bord de la mer que les enfants qui peuvent marcher, c'est-à-dûre ceux qui sont dans d'assez bonnes conditions, tandis que les plus malades restent et meurent dans les hôpitaux » ; de telle sorte que le problème n'est pas aussi facile à résoudre qu'on pourrait le croire et qu'il est bien difficile d'étabhr un jugement impartial sur la valeur relative de l'expectation ou de l'intervention. L'argument de M. Lannelongue semble toutefois militer en faveur de l'opinion que j'exprimai plus haut, à savoir que la coxalgie à une période relativement peu avancée est susceptible de guérir par l'expectation et une hygiène bien comprise. Encore faudrait-il s'entendre sur ce que l'on appelle guérison; d'après moi on ne saurait affirmer qu'il y a guérison, que lorsqu'après un temps indéfini, l'ankylose s'est produite. OHier, dans une récente discussion à la Société de chirurgie, abonde dans le même sens\ Je suis heureux de pouvoir m'ap* puyer de son autorité et de sa haute compétence pour établir ce fait.
Quant à la coxalgie suppurée avec lésions étendues du côté des os, abcès et fistules, la guérison en est sinon impossible, du moins d'une lenteur désespérante et d'une rareté excessive sans intervention sanglante. Cette intervention, grâce aux
1. Gazln. Coxaigies supputées traitées à Berck-sur-mer , in Bail. Soc. chir., tome II, p. 338.