Mém, Soc. chir,, 27 février
3. Gazette médicale de Strasbourg, novembre 1869, janvier et mai 1870. (De la nécessité de revenir à la doctrine d'Hippocrate sur la trépanation préventive. Nouveau procédé de trépan exploratif.)
I Normandie, où cette opération n'allongeait, dit-il, le traiteiment que de dix jours. »
Bientôt après, les travaux de Pasteur, appelant Tattention sur le rôle des ferments, firent supposer que les complications infectieuses avaient d'autres causes que Faction d'un air impur et qu'il serait possible d'y remédier en mettant les plaies à l'abri des protozoaires et de leurs éléments atmosphériques. De là naquirent les différents procédés antiseptiques, auxquels les noms de Guérin et de Lister resteront à tout jamais attachés.
La première mention qui soit faite de ces pansements à propos des plaies du trépan, se trouve, en ce qui concerne la littérature médicale française, dans un mémoire que je fis paraître en 1873 *. Tout en admettant l'action de l'air nosocomial sur le cerveau, je disais qu'on y parait jusqu'à un certain point eu se servant du pansement de Lister, à la condition de l'employer sans interruption dès le début. A l'appui de mon dire, je rapportai trois cas de trépanations préventives pratiquées avec succès à Thôpital de Strasbourg.
L'année suivante, M. Sédillot communiquait à l'Institut deux mémoires, dont l 'un ' était spécialement destiné à mettre en relief l'efficacité des pansements antiseptiques dans les plaies du trépan : « Le succès des trépanations que nous avons citées, «dit-il, semble dû aux pansements antiseptiques auxquels on «eut recours: lavage de la plaie arec une solution aqueuse «d'hyposulfite de soude et d'alcool phéniqué au dixième et «emplâtre composé de trente parties de glycérine et d'une «d'acide phéniqué avec craie pulvérisée, formant une pâte «semi-liquide étendue sur une feuille d'étain et recouverte «d'une mousseline (premier procédé de Lister).»
Plus bas il ajoute : « Gomment contester les avantages d'un «mode de pansement qui prouve des succès sur lesquels on «ne pouvait auparavant compter et dont on n'avait pas encore « été témain ?
1. J. Bœckel , Examen critique des doctrines de la trépanation dans les plaies de tête. Paris, Masson, 1873.
2. SédlUot, Des Plaies du trépan et de leur pansement (Comptes rendus, L LXXIX, 16 novembre 1874).
«Quand un chirurgien, après plusieurs années d'exercice « dans le môme hôpital, voit ses opérés guérir mieux et en « plus grand nombre par une nouvelle méthode de traitement, « de pareilles preuves semblent péremptoires, et sans cesser u de les soumettre à une analyse et aune critique rigoureuses, «ne serait-il pas irrationnel de se refuser à les admettre?
« A rhôpital de Strasbourg, où nous n'avions pas vu le trépan « réussir pendant une longue suite d'années, les succès se sont tt multipliés avec le pansement de Lister*, auquel on attribue « une notable amélioration dans les statistiques des hôpitaux (( de Glasgow et d'Edimbourg, et qui est aujourd'hui appliqué «en Angleterre, en France et dans plusieurs pays.
«Il ne semble pas douteux, dit-il, en achevant ce chaleu- «reux plaidoyer en faveur des pansements antiseptiques, que « la variété des procédés et le nombre chaque jour plus grand « des observations ne conduisent à des indications plus pré- « cises sur la valeur des antiseptiques et leurs modes d'appli- « cation selon les traumatismes et les milieux oA ils sont traités. «4}u*on guérisse à THôtel-Dieu de Paris quelques trépanés avec « des pansements phéniqués ou d'autres antiseptiques, et leur «efficacité semblera hors de doute, puisque depuis deux f( siècles on n*a pu obtenir de pareils succès.»
A quelques jours de là, l'un des chirurgiens français les plus listériens, M. Lucas-Ghampionnière, répondit de la manière la plus éclatante à l'appel pressant de M. Sédillot. U venait de pratiquer avec succès la trépanation du crâne sur un jeune homme de 26 ans, et cela à l'hôpital Lariboisière (22 nov. 1874).
Bientôt après (1875), M. Périer enregistrait également un succès. Enfin, en 1876, MM. Proust et Terrillon communiquaient à l'Académie de médecine une nouvelle observation de fracture du crâne guérie par la trépanation.
Ges faits furent le point de départ de discussions approfondies au sein de l'Académie de médecine et de la Société de chirurgie. La question des localisations cérébrales et des indications qu'elles peuvent fournir dans l'application du trépan, y tinrent la plus large place; le pansement y fut également
1. Je cite plus bas les faits auxquels M. Sédillot fait allusion.
discuté. «La trépanation, dit M. Lucas-Ghampionnière*, est une opération peu grave en elle-même. Elle est devenue grave par les complications hospitalières ou guerrières, et ma foi absolue dans la méthode antiseptique, aidée de preuves nombreuses à Tappui, me permet d'aflBrmer qu'avec certaines précautions elle est une opération de peu de gravité.» Cette opinion fut combattue par plusieurs orateurs. Voici comment s'exprime entre autres M. Gosselin dans son rapport sur Tobservation de M. Terrillon' :
« Après le trépan ce sont toujours les suites de la blessure «primitive qui constituent la gravité et le danger. L'acte opé- «ratoire lui-même y ajoute bien peu de chose, et ce qu'il y «ajoute, le pansement phéniqué, ne le fait pas disparaître. «M, Lucas-Ghampionnière cite, il est vrai, trois exemples heu- «reux: celui de M. Périer, celui de M. J. Bœckel et le sien. aMais ces trois faits ne suffisent pas pour entraîner la convic- «tion, et rien ne prouve que les blessés n'auraient pas guéri «aussi après tout autre procédé, notamment par le pansement «à Talcool , qui pour les plaies de tête est préférable au panse- «ment phéniqué.»
A cela noud répondrons avec M. Sédillot^: «A ceux qui «disent obtenir les mêmes résultats, au moyen d'antiseptiques «depuis longtemps en usage, et sans avoir recours à l'acide «phéniqué, ne serait-on pas en droit de demander pourquoi «ils ont attendu les exemples de Lister, qu'il leur eût été «facile de précéder? On n'arrive jamais, dès les premiers « essais d'application d'une méthode, à la simplicité, qui est le n dernier terme de l'art. On modifiera sans doute les panseaments de Lister, on essayera do nouveaux antiseptiques, on «cherchera à les approprier aux degrés d'insalubrité des «milieux. Le perfectionnement n'est-il pas la loi de l'hu- «manité?»