C. U6ATURE ET RÉSECTION DES VEINES VARIQUEUSES
M. Lucas-Ghampionnière est, à notre connaissance, le seul chirurgien français qui ait pratiqué la ligature antiseptique des veines variqueuses.
En Angleterre et en Allemagne, cette opération a été faite assez souvent depuis l'apparition de la méthode antiseptique. Les recueils scientifiques étrangers en contiennent de nombreux exemples. On en compte actuellement plus de 100. Scheede*, à lui seul, a appliqué la méthode 80 à 100 fois. Sur ce chiffre, il n'a eu que 3 fois de la suppuration, chez 2 sujets dont les parois veineuses étaient manifestement altérées. Son procédé consiste à isoler la veine et à la sectionner entre deux ligatures de catgut. Il réunit la plaie à Talde de la suture et applique le pansement de Lister. La guérison est effectuée au bout de 5 jours en moyenne. Dans le procédé de M. L. Ghampionnière, on lie la veine sans la sectionner.
D'autres chirurgiens ont fait de véritables résections du paquet variqueux entre deux ligatures antiseptiques. Riesel* a fait 1 1 fois cette opération avec succès. Jamais il n'a observé le moindre accident ni pendant, ni après le traitement. Au bout de huit jours, ses malades étaient capables de marcher. Des ulcères variqueux rebelles ont guéri avec rapidité sous l'influence de ce traitement.
Il convient encore de citer Thiersch, de Leipzig, Annandale\
1. Scheede, Ueber die operaUve Béhandlung der Vnterschenkeivaricen (Berl. hUn. Wochensch,^ 1877, n<> 7).
2. Riesel, Ueber RadicaJheUung von Varicen an den untertn ExtrefniUUen (in Centràlbl.f. Chir,, 1877, n^ 39, p. 619).
3. Annandale, Case in whkh sixteen inches of a varicose vein of the leg foere successfuUy excised with anUsepUe précautions (Brit, med. Joum.,June2t, 1879).
Post*y Davis-Colley^ y Marschall^^ etc., qui tous ont pratiqué cette opération un certain nombre de fois avec le plus grand succès.
Je rappellerai ici que Rigaud (de Nancy) a fait 140 opérations 4'isolement de veines par le procédé qu'il a fait connaître à la Société de chirurgie de Paris, en 1875, et qu'il a eu 3 morts à déplorer.
Sans vouloir entrer dans une discussion approfondie de tous ces faits, je crois qu'on peut conclure dès à présent à la supériorité incontestable de la méthode antiseptique appliquée à la cure radicale des varices.
Pour terminer, j'ajouterai à la liste nombreuse des observations de résection de varices le cas suivant:
Obs. GLXVI. Résection d'un paquet variqueux de iî centimètres de long. Lister, Guérison par première intention après 5 jours.
Louis Parisot, 54 ans, journalier, a fait un séjour à Thôpital, il y a deux ans, pour un ulcère variqueux de la jambe droite.
Il entre au service de la salle 406 bis^ le 40 novembre dernier, pour y subir l'extirpation d'un paquet variqueux de la jambe, qui lui occasionne des douleurs telles que tout travail est devenu impossible.
Opération le 20 novembre 4880. Précautions antiseptiques.
Incision de 44 centimètres vers le milieu du mollet, à quatre travers de doigt du bord interne du tibia. Excision du paquet variqueux ; double ligature antiseptique de la saphène au-dessus et au-dessous de la tumeur, qui mesure 42 centimètres de long sur 4 de large. Hémorrhagie abondante provenant de collatérales dilatées (je n'ai pas employé la bande d'Esmarch). Réunion immédiate à l'aide d'un certain nombre de sutures métalliques.
1 . Post, Tivo cases of varicose veins of the hiver extremity treated for radical cure at ihe Presbyterian Hospital (New-York medic Record, Jan. 18, 1879).
2. Davis-Colley, Tfvo cases of varicose veins of the lower extremity treated by excision (G7iy*s Hosp, Report, XX).
3. Marschall, Clinic, lecture a case of varicose vein treated by a neu> opération (The lancet, Jan. 23, 1875).
Pas de drain. Pansement de Lister compressif. L'induration des tissas me fit craindre la gangrène ; il n*en fut rien.
Le 12. Temp. matin 37,3. Soir 37,3. Premier pansement; la peau est plus souple qu'avant Topération ; il n'y a pas trace de mortification de la peau ; absence de pus et de réaction au pourtour de la plaie.
Le 24, cinquième jour, enlèvement des sutures; pansement de précaution; la réunion est parfaite; les douleurs ont entièrement disparu; huit jours plus tard, je défais le pansement. La réunion s'est bien maintenue ; mon opéré se lève et commence à marcher.
Gomme conclusion je dirai que:
Le catgut de bonne qualité assure roblitération des gros troncs veineux.
Il constitue, comme pour les artères, le meilleur agent de déligation des veines volumineuses.
Il permet, grâce au Lister, de pratiquer la réunion immédiate et la ligature des collatérales au voisinage du tronc principal.