B. CURE RADICALE DES HERNIES
La cure radicale des hernies non étranglées, considérée par bon nombre de chirurgiens comme une opération dangereuse, incertaine au point de vue de ses résultats inunédiats et surtout définitifs, est loin d'être entrée dans les cadres de la chirurgie. Pratiquée depuis plusieurs années en Allemagne et en Angleterre, elle n'a été exécutée en France qu'à la suite d'opérations de hernies étranglées (Lucas-Ghampionniére). Dans ces circonstances elle paraît avoir obtenu gain de cause, comme l'atteste le remarquable article de P. Reclus (in Gaz. hehd. mèd. et chir.^ 1882, n*" 8): c Lorsque la hernie est incarcérée, pas de doute possible: la kélotomie doit être complétée par la suture du collet aussi haut que possible et Fablation du sac Les succès sont alors remarquables.... Socin, sur 17 cas
(in Guénod : De la cvre radicale des hernies et de ses résultats définitifs, thèse, Bâle, 1882) note 3 récidives et 14 guérisons, constatées après un temps qui a varié de neuf à quarante-trois mois. »
Dans les hernies non étranglées , l'opération est loin d'être unanimement admise; cependant on commence à se préoccuper de la question et l'avis des chirurgiens les plus autorisés tend de plus en plus à lui devenir favorable. C'est ainsi que M. Trélat, dans une récente discussion à la Société de chirurgie (séance du 23 nov. 1881) en pose nettement les indications: t Les succès de la méthode antiseptique ont ouvert la porte aux opérations destinées à obtenir la cure radicale des hernies irréductibles. Certes, il ne faut pas d'emblée opérer une hernie irréductible qui ne présente aucun phénomène d'étranglement. Mais lorsqu'une hernie volumineuse, irréductible, non étranglée, a résisté à l'emploi des moyens hygiéniques, du régime, des tentatives modérées de taxis, de la compression; lorsqu'il est prouvé qu'elle reste décidément irréductible, qu'elle ne peut être contenue et qu'elle constitue une infirmité grave pour le malade, auquel la vie est ainsi rendue pénible et difScile, le chirurgien a parfaitement le droit de chercher à obtenir, par une opération, la cure radicale de cette hernie , à la condition d'attendre un temps suffisant pour qu'il lui soit bien démontré qu'elle est définitivement irréductible ou impossible à contenir. » M. Reclus abonde dans le même sens, lorsqu'il dit {loc. cit.) : « Grâce à l'innocuité que lui assure le pansement de Lister, l'opération de la cure radicale ne doit plus être repoussée d'une façon systématique, comme elle l'était encore il y a une dizaine d'années. Mais, comme la récidive est fréquente, que les échecs l'emportent sur les succès, cette opération ne doit pas être faite à l'aveugle, et l'on doit chercher à établir les indications précises d'une intervention régulière. » Nous venons de voir que Reclus préconise la cure radicale dans les hernies étranglées; dans les hernies qui ne peuvent être contenues, dans celles qui sont devenues irréductibles, il admet également l'opération. Bien que les échecs soient fréquents, dit-il, on peut espérer que la hernie reproduite sera moins volumineuse après l'opération, et qu'un ban-
dage pourra la soutenjjr. Telle est également Topinion que j'ai formulée tout récemment devant la Société de médecine de Strasbourg, à propos d'une communication du docteur Muller sur ce sujet*.
Les faitsdecure radicaleconnus jusqu'à présent ontété publiés dans ua travail de M. le docteur Delbastaille^ ; ils sont au nombre de 67, dont 64 guérisons et 3 morts par gangrène du scrotum (Mayer), par perforation intestinale (Socin) et par intoxication phéniquée (Bryck). Gzerny, qui à l'époque où parut ce Mémoire, avait déjà exécuté cette opération huit fois avec succès», a donné la relation de 11 nouveaux cas (in BerL Klin, Wochenschr., 1881, n°» 4 et 5) qui ont fourni 2 morts (1 de pyémie, 1 de convulsions chez un enfant de 6 Vs mois); ce qui porte le total des opérations de cure radicale connues à 78, dont 5 morts, soit 6,4- •/« de mortalité*. Au point de vue du pronostic la question est donc jugée; une opération, qui ne fournit que 6 "/« de mortalité, doit être considérée comme peu ' grave. Aussi mon avis est qu'elle doit entrer dans les cadres de la chirurgie, non-seulement comme opération de complaisance, mais comme opération de nécessité dans les cas de hernies volumineuses, qui entraînent la plupart du temps, outre une infirmité pénible, une incapacité de travail absolue.
Sans doute les récidives, chez l'adulte surtout, sont fréquentes, comme le prouvent les cas de Gzerny. Au bout de quelques mois, deux ans au maximum, la hernie se reproduit;