JOSEPH II
mais la crainte de la responsabilité a paralysé souvent ses nombreux moyens.]
[Les extrémités se touchent, comme on dit toujours. Spielman (i), qui est un sot, a fait ce que Thugut a fait avec beaucoup d'esprit. Le premier nous a mis sous la tutelle de la Prusse, le second sous celle de l'Angleterre. Le premier aurait fait la paix dans un de ces moments avantageux qui se sont rencontrés, voyant qu'il ne savait pas faire la guerre, le second les a manques parce qu'il s'est cru plus de moyens. Il a pris son entêtement pour de la fermeté, son amour-propre pour du caractère, son insouciance pour de la patience, son indécision pour la prudence, son mépris de l'opinion publique pour de la philosophie, sa rancune contre quelques individus pour de la raison, sa mystification continuelle pour la politique et son peu de ressort pour calcul des événements possibles qu'il attend toujours, n'étant pas assez fort pour les faire naître.]
Milord Mamsbury me demanda, un an avant le commencement du règne de Joseph II, ce que j'en prévoyais. Je lui dis : « Comme homme il a le plus grand mérite et talent ; comme prince (3) il aura toujours des érections et ne se soulagera jamais. Son règne sera un priapisme continuel ou, si vous le voulez encore, ce sera un érésypèle comme celui du corps auquel il est sujet. »
(i) Baron de Spielmann, conseiller d'État.
(2) James-Harris, comte de Malmesbury, i 746-1 820, diplomate anglais.
(3) Dans S, en marge : « Conmie homme... prince. »
Ce prince qui, sans cette inquiétude, cette agitation qui l'a conduit au tombeau, aurait été le meilleur souverain, a été méthodique jusqu'à son dernier moment en ne voulant pas qu'on exposât dans la chapelle le corps de l'archiduchesse (i), « puisque demain, ou après-demain^ c'est le mien, dit-il, qui doit y être placé. Il faut le mettre ailleurs où il ne dérangera personne », et il enseigna l'endroit (2).
Systématique en tout, il m'a dit qu'il allait chez une fille avant d'aller chez une femme de la société qu'il pouvait s'attendre à avoir, pour n'être pas tenté d'en profiter.
Dès que dans une conversation il s'apercevait qu'il était porté à montrer un peu de confiance, il la reprenait bien vite, arrêtait sa manière aimable pour s'en donner une gênée et réservée.
(i) ÉLisABETH-Wilhelmine'Ludovique, née princesse de Wurtemberg, 1 767-1 790, première femme de l'empereur François T®'.
(2) « C'est aussi avec son esprit méthodique qu'il a fini comme il a commencé. Il régla le cortège de son administration, il se leva pour savoir si tout était comme il l'avait ordonné. Quand le coup le plus accablant pour lui, le dernier coup du sort, mit le comble à ses malheurs il demanda : « Où mettrez- vous le corps de cette princesse? • on lui répondit : « A la chapelle Saint-Louis. — Point du tout, dit « Joseph II, c'est ma place. Vous la dérangeriez, mettez-la à une « autre où elle soit exposée tranquillement. » Mélanges, t. XXII, p. IIO.