JUGEMENT SUR BONAPARTE I
ne pas le voir. Je parie que Moreau n'oserait pas nous attaquer si l'on fait ce que je dis,
On ne le fait pas. Voici la paix. On a raison, car, avec les mauvaises dispositions ou plutôt aucune de défense, Moreau, dans trois jours, aurait été à Vienne.
[Bonaparte est à la fois César, Alexandre, Annibal, Pyrrhus et Scipion. C'est un être prodigieux, mais il n'y a pas un mot à citer de lui en sensibilité ni élévation. Quand je le vois aimer autant les cérémonies et un peu l'ambition, il me fait penser à Paul I^^". Pourquoi a-t-il une femme et des parents et avec tous les inconvénients? Cela ne lui va pas. S'il ne prenait par an pour lui que cent mille francs sans autre représentation que la parade que j'approuve, s'il écoutait, s'il répondait, ce serait le plus grand homme qu'il y ait jamais eu.]
Deux tiers de Catherine et un tiers de Paul pr auraient fait le plus grand et le plus heureux souverain du monde, avant que celui-ci ne fût devenu tout à fait fou.
Le prince de Dessau et le duc de Weymar, mêlés avec quelques rois puissants, auraient été (i) les meilleurs et les plus heureux des souverains. J'en dis autant de l'électeur de Baden mêlé avec celui de Bavière et du roi de Suède mêlé ou plutôt distillé dans quelques (2) empereurs.
(i) Dans S, en marge : i mêlés... auraient été ».
(2) Dans S, t quelques » en marge, remplace « deux » bifîé.
L'électeur de Hesse pourrait être mêlé avec (i) l'électeur de Saxe qui a du goiàt, du mérite, du grotesque et de la vertu. L'un est si sec et l'autre si raide qu'il ne sait ni être, ni rendre heureux ; mais il est cordial, ainsi que toute sa famille.
Il faudrait trois quarts de l'électeur de Trêves avec un quart de celui de Bavière (2).
Alexandre I^^ se bourgeoise. Le roi de Prusse se fait caporal. On ne voit que de bons pères et de bons maris sur le trône, mais pas de bons rois.
[Comme les gens gros ont peur de passer pour lourds, le comte de Cobenzl s'est fait léger. Il est actif, obligeant, facile, conciliateur et bon. Mais il ne se donne pas le temps de réfléchir.
Le comte de Trautmansdorff (3) inspire la confiance et la considération.
Zinzendorff est le ministre le plus instruit. Bon, intègre, de l'esprit. Mais un peu têtu et systématique.]
Deux neveus avec un million [de florins] de rente chacun, le maréchal Lacy avec tant d'amitié et d'argent comptant, tant d'autres soi-disants mes (4) amis, ne m'ont jamais offert de secours, quand je n'avais que quatre mille florins pour ma femme, un fils, deux filles
(i) Dans S, en marge : « L'électeur de Hesse... mêlé avec. »
(2) Dans S, en marge : « Il faudrait... Bavière. »
(3) Ferdinand, comte puis prince de Trauttmansdorff, i 749-1 827, grand maître de la cour, ensuite ministre.
(4) Dans S, en interligne « mes ».