‹ Fragments de l'histoire de ma vie;Chapitre 110 sur 173 · PLAISANTERIES · texte numérisé non relu

PLAISANTERIES

juge du bruit quo cela fait. Je vais chez le propriétaire de ce régiment comme si de rien n'était. C'était O' Kelly qui m'aimait beaucoup. Je le trouve en larmes. « Ah! mon ami, dit-il, si vous saviez ce qui vient de m 'arriver. Je suis déshonoré. Si ce n'est pas moi, c'est mon nom. Voici ce que c'est, mais n'en parlez à personne, en grâce : il vaut mieux assoupir l'histoire. — Oui, oui, lui dis-je, assoupissez et inotîis le plus que vous pourrez. »

Que n'ai-je pas mérité de corrections en coups d'épée ou procès pour des plaisanteries trop fortes, des fausses signatures, correspondances supposées, ridicules négociations, des achats que j'ai fait faire à des gens qui n'y pensaient pas, et cent choses incroyables pour me faire rire et quelques autres personnes aussi. Par exemple, à Liège, je me fis passer à la porte, à la poste et à l'auberge pour un cardinal envoyé par le pape pour admonester le prince-évêque sur ses maîtresses. Il pensa en mourir de peur et du scandale dont les papiers publics firent mention. Il écrivit contre moi au prince Charles : c'était m.al s'adresser car il en rit comme un fou en m'en parlant.

Je manquai d'avoir une mauvaise histoire avec mes mystifications. Si j'avais été envoyé au chef des recruteurs prussiens qu'aurait-on dit d'un lieutenant général autrichien trop extravagant (i) pour son rang !

Point de chevaux à la poste d'Augsbourg. Je m'ennuie. Je vais à un cabaret borgne avec deux colonels

(i) Dans B, t étourdi 1, au lieu d' t extravagant »,

que je menais à un camp de paix de Joseph II, Schorlemmer (i) et Clerfayt. Je me vois observé par un ou deux amateurs. Je n'en méritais plus que par ma taiUe de cinq pieds dix pouces, car ma fraîcheur était passée. On me propose pour m'engager cinquante ducats. J'y consens à condition qu'on prenne les deux autres. Ils consentent pour Schorlemmer qui était beau. Ils ne veulent point de Clerfayt qu'ils trouvèrent trop vilain. Comme de raison, je ris. On ne riait pas. On était prêt à m'emmener. Mon nom donné à la poste me sauva heureusement.

Mon colonel étant prisonnier, mes autres officiers d'état-major et tous les capitaines plus anciens que moi ayant été tués, je parvins à ce premier grade sans grâce de la cour, car je n'en voulais pas plus à vingt ans qu'à présent. Qu'elle ne me dédommage de rien, par le plus petit secours dont j'aurais cependant besoin.

On ne me croyait pas officier d'état-major et, un jour, me traitant un peu trop en enfant, un officier que j'étais parvenu à faire aUer dans une prairie derrière le camp, découvrit, mal à propos, ma veste galonnée et se mit à me faire des excuses pour lesquelles je l'envoyai encore plus au diable qu'auparavant.

(i) Charles-Maximilien de Schorlemmer, 1731-1769.

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