‹ Fragments de l'histoire de ma vie;Chapitre 114 sur 173 · CAGLIOSTRO DUPE · texte numérisé non relu

CAGLIOSTRO DUPE

N'est-il pas singulier qu'à la formation du corps d'émigrés sous M. le duc de Bourbon, en 1792, on oublia de lui donner des canons? Je lui donnai les miens de Belœil, tristes restes d'un grand nombre que nous y avons eu, dont un de mes grands-pères eut la bêtise de faire les cloches pour sa paroisse de Sainte-Gudule.

Je ne conçois pas comment avec la figure, l'habit, l'accent, la grande queue d'un vendeur d'orviétan, Cagliostro (i) a fait des dupes. Il a été la mienne. Je lui ai présenté ma belle-fille d'alors qui n'était point du tout malade (2). Il lui donna de sa liqueur jaune et insignifiante et, après m'avoir conté qu'il a guéri tout le sérail de l'empereur du [Maroc, il me dit que lorsqu'il n'était pas sûr de son remède pour quelque maladie désespérée, il levait les yeux au ciel, ce qu'il fit alors, et lui disait : « Grand Dieu si blasphémé par Voltaire, Rousseau, etc., vous avez un serviteur dans le comte de Cagliostro. N'abandonnez pas le comte de Cagliostro. » Et Dieu l'assista. Il y avait cent personnes dans son antichambre. C'était à Strasbourg.

(i) Joseph Balsamo, dit comte de Cagliostro, i 745-1 795. C'est en 17S0 qu'il opéra à Strasbourg quelques cures merveilleuses sous les yeux du cardinal de Rohan, évoque de cette ville.

(;) Dans B, « une fausse malade », au lieu de « ma laelle- fille... malade ».

Dans S « ma belle- fille... du tout », en marge.

Dans S « une fausse », bifEé.

2l8 FRAGMENTS DE L'hISTOIRE DE MA VIE

Ai-je dit que mon éloignement d'affaires et de calcul, et quelquefois la peur de faire de la peine, m'engageaient à donner de l'argent aux uns pour me laisser voler par d'autres? et qu'un jour, j'ai compté quatorze perruquiers ou domestiques de mes gens. On les appelait commissionnaires. Ils étaient alertes pour que je les prenne à mon service ou plutôt me prendre au leur. Ils réussissaient. Ils en prenaient d'autres et ne me servaient pas mieux que ceux qu'ils avaient commencé par servir.

Le prince Henri de Prusse a continué malgré quelques petits orages occasionnés par une relation de guerre, quelques plaisanteries peut-être et mon admiration pour son frère le Grand Frédéric, à m'aimer presque tendrement jusqu'aux derniers jours de sa vie. Cela s'était réchauffé dans ses deux derniers séjours de Tœplitz.

Le duc de Brunswick en a fait profession aussi (i), ainsi que son frère et le duc de Weymar et les électeurs de Baden et de Bavière, les Anhalt, quelquefois Wurtemberg, autrefois les Deux-Pont, et presque toutes les grandes et les petites cours, de sorte que j'aurais été d'une grande utilité à la nôtre si, dans les cas urgents, elle avait eu l'esprit de m'y employer en commissions passagères : j'en aurais fait tout ce que j'aurais voulu.

(i) Variante B : « et a dit plusieurs fois que j'étais celui qui aurait pu arrêter la Révolution et battre les Français, Je l'en ai fait remercier en ajoutant qu'il aurait dû dire cela plus tôt et plus haut ». — Voir Nouveau recueil, t. I.

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