LA VIE EST UN RONDEAU
A "Versailles où je n'étais que (i) pour m'amuser, on avait aussi la bêtise de croire que j'avais des intentions politiques, comme dans mon voyage du Nord. Cela n'est pas naturel, disait-on, mais bien adroit d'être ainsi de la société intime de la reine.
Quelle bonne conversation que celle des ministres prussiens, jadis Finck Hertzberg, Avensleben ; à présent Hoym, Gôrtz, Hardenberg, Lucchesini; de leurs généraux Mollendorff, Kleist, Hohenlohe, Kalkzent, Schmettau, Riisler, Goltz, etc. Quelle différence (2) !
La vie est un rondeau. Elle finit à peu près comme elle a commencé, les deux enfances en sont une preuve. Il n'y a que l'intervalle chez chacun qui soit différent. Mais,
(i) La Revue nouvelle avait publié : i; à Versailles où je n'étais pas pour m'amuser. . . » Cette erreur a suscité des interprétations diverses et des commentaires fantaisistes. La Bibliothèque universelle avait donné le texte correct.
(2) Ewald-Friedrich, comte de Hertzberg, 1725-1795.
Karl-George-Heinrich Hoym, i 739-1807.
Johan-Eustache, comte Gôrtz, 1737-1821.
Charles-Auguste, baron puis prince de Hardenberg, 1750-1822.
Marquis Girolamo Lucchesini, 1751-1825. Annales, t. VH, p. 17a.
Comte Henri de Môllendorf, i 724-1 816.
Emile-Frédéric, comte de Kleist-Nollendorf, i 762-1823.
Frédéric-Louis, prince de Hohenlôhe-Ingelfingen, i 746-1813.
Samuel, comte de Schmettau, 1684-1751.
Bernard-Wilhem von Gôltz, i 730-1 795.
par exemple, mon automne qui se prolonge par ma constitution et mon caractère, empiétant sur l'hiver, est comme mon printemps, par des circonstances à la vérité inattendues, [comme une révolution], des créanciers, des usuriers, des filles dans mon antichambre. Ne pouvant guère compter sur les femmes, de même qu'à dixhuit ans qu'on est trop jeune pour en avoir, ces demoiselles me sont redevenues utiles, à cause de la facilité et des aises qu'on peut prendre avec elles, comme de passer, par exemple, une heure dans leur lit. Cela ne m'est jamais arrivé dans le grand monde, où j'ai toujours trouvé des maris ou des mères incommodes qui troublaient et pouvaient déranger mes plaisirs d'une manière très sérieuse.
Et puis encore un service que me rendent ces demicastors, car ce ne sont pas des filles tout à fait. Ne faisant point d'accord avec moi, pour ménager ma fatuité, et que je me fasse croire à moi-même que peut-être elles m'aiment un peu, dans l'instant, je les crée usurières. Je leur dis : « Procurez-moi de l'argent (i). » Le surplus fait aller mon ménage, comme je faisais à vingt ans aux banques de pharaon où, pour payer mes gens, je ne perdais que la moitié de ce qu'on me prêtait.
Me voilà donc chevalier d'industrie, ainsi que j'ai commencé. J'en ai vu qui sont devenus de grands seigneurs, et chez moi c'est le contraire. Je fais bien mes parties. Je gagne au billard pour pouvoir payer une tasse de porcelaine, une (2) chaîne de juif et un schall
(i) Variante B : <( un peu, elles s'attendent bien à quelque petit présent. Je leur dis : procurez moi quelque argent pour vous en faire et le surplus... »
(2) Variante B : « deux '>.