‹ Fragments de l'histoire de ma vie;Chapitre 121 sur 173 · PRÉSENTS AUX DAMES · texte numérisé non relu

PRÉSENTS AUX DAMES

ccarlate (i) de Waldstein que j'ai donné à Mme Ventz I.offska, la plus belle créature que j'ai eue et vue, qui m'attraperait bien si elle ne m'attrapait pas. Mais en tout cas, cela m'est égal. J'ai achevé hier de gagner ce qu'elle m'a coûté.

Cette année-ci j'ai la Toscana (2), première amoureuse de l'Opéra. Je dis que je suis le roi d'Étrurie. J'aime, outre cela, le chêne et le roseau. Je m'entends (3).

On a vu [aussi] que mon père, par économie, me faisait acheter ma poudre, mais me donnait sur mes états contrôlés par son capitaine des chasses sept kreutzers par pièce de petit gibier, etc. ; eh bien ! à présent, pour prouver encore plus du rondeau de la vie, en pariant à chaque pièce que j'abats de plus que le prince de Biren (4), je suis à couvert pour tous les présents que je serai obligé de faire peut-être à la très caressante Mme Toscana [notre première chanteuse, assez jolie,

(i) Variante B : « et d'un schall turc et d'un nelson écarlate... »

(2) Les éditions Crès disent qu' « une chanteuse de ce nom n'a jamais existé à Vienne. Peut-être veut-on parler ici de la célèbre chanteuse viennoise Pauline-Anne-Milder Hauptmann, 1 785-1 838. La mauvaise écriture de Ligne rend cette erreur possible. L'allusion est d'ailleurs incompréhensible ».

Le prince a écrit très lisiblement Toscana. On comprend d'autre part qu'étant le maître de la Toscana, il puisse dire qu'il est le roi d'Étrurie, d'autant plus que le prince Claude de Ligne avait émis des prétentions à la succession au grand duché de Toscane. (Voir Cahier IX.)

(3) Dans B, ce paragraphe est en marge.

(4) Gustave-Calixte de Biren-Wartenberg, i 780-1 821, lieutenant général prussien, gouverneur de la forteresse de Glatz.

parlant à merveille plusieurs langues, ayant beaucoup de talents (i).]

Si j'avais voulu écrire à notre empereur et à l'impératrice de Russie du bien du prince Potemkin, de son talent pour la guerre et de notre campagne de 1788, j'aurais été écrasé de paysans, de roubles et de diamants. Je crois que Paul I®^ l'a su, de même que de n'avoir pas profité de l'amitié intime et de la confiance de sa mère pour obtenir une somme très considérable des prétentions de la maison de Massalsky (2) qui m'avaient été abandonnées. C'est sûrement ce qui l'a engagé à me donner ma pension de mille ducats. Pour donner une idée de l'amour de la justice de cet être extraordinaire à qui l'on a fait tourner la tête, je citerai sa promptitude à cette occasion. Je lui écrivis à son avènement que, comme il était fort aisé d'être délicat quand on est riche, je n'avais pas sollicité trois mille ducats que M. de Stackelberg (3), le seul qui avait connaissance de cette affaire-là, m'avait accordés, quoique ce fut l'objet de mon premier voyage en Russie et que du reste il ne trouverait aucun renseignement là-dessus. Heureusement cet ancien ambassadeur arriva à Pétersbourg. On lui en parle et le lendemain il a une attaque d'apoplexie. Poste pour poste, je reçois ma pension, de sorte qu'avec cela et quinze

(i) Variante B : « et extrêmement caressante ».

(2) Mélanges, t. XXVII, p. 15 : « Ce qui peut donner une idée de l'amour de la justice qu'avait ce malheureux prince, c'est de m'avoir accordé une pension de mille ducats sur ma simple déclaration qu'on m'en avait accordé trois mille pour des prétentions que les Massalsky m'avaient abandonnées du vivant de sa mère. Demandez-lui, dis-je, au comte de Stackelberg, lui seul le sait... »

(3) Otto-Magnus, comte de Stackelberg, i 736-1 800, ambassadeur de Russie à Varsovie.

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