CONFUSIONS AMUSANTES
Pour rendre ridicule un général poli qui voulait appeler chacun par son nom qu'il me demandait, je lui en dis d'autres, ce qui fit rire ceux qui savaient que ce n'était pas le véritable. « Qu'avez-vous fait aujourd'hui, monsieur Smith », (par exemple) disait-il à un officier qui s'appelait Zimmermann (i), etc. Qu'on juge combien cela amusa le quartier général.
Un grand maître qui me présentait à feu l'électeur de Bavière (2) fit bien mieux encore. Je lui présente Schoorlemer et Clerfayt et le prie de nous nommer tous les trois, car vous avez la bonté, peut-être, de vous souvenir de moi.
— Peut-on vous oublier, me répond-il bien poliment. Charles-Théodore, ce prince embarrassé et embarrassant paraît.
— Voici, dit le grand maître, le prince de Salm, le comte de Clervit et le baron de Putt Kammer.
Il faut savoir se servir des espèces. Lorsque notre cour était brouillée avec celle de Russie, moi indigne, vraie mouche de coche, je les raccommodai par une entrevue chez moi entre Trauttmansdorff et d'Entraigues (3).
Celui-ci pour se faire un mérite, et sensible à la con-
(i) Christian-Emmanuel de Zimmerman, i 730-1815, Annales, V, 266-272.
(2) Charles-Théodore, électeur de Bavière.
(3) Emmanuel-Louis, comte d'Antraigues, 1755-1812, diplomate français, entra au service de la Russie en 1803.
fiance que j'exigeai de celui-là, rapprocha tellement par son esprit et son habile correspondance, les deux empereurs, qu'ils s'écrivirent, de la meilleure foi possible, les plus belles choses du monde. Le roi de Prusse qui le sait se met aussi à avoir de la confiance en Trauttmansdorff. Il n'y aurait point eu d'Arlechino finto principe en France. Un reste d'influence thugutine s'aperçoit à cette harmonie. On renvoie Trautmansdorff et la méfiance et l'aigreur remplacent l'honneur, la sûreté de l'Europe et l'union.
L'empereur d'Allemagne se laisse faire empereur d'Autriche par le jongleur, empereur des Français (i). C'est un officier qui se retire avec sa pension. Qu'on me donne une armée : je me charge de décharlemagniser le grand charlatan, le grand homme, jusqu'à ce qu'un bout de l'oreille vienne s'échapper par malheur : c'est Paul I®^ à cheval sur un grand homme.
Excepte Henri IV, Gustave-Adolphe, Charles XII et Frédéric II qui portaient leurs cheveux, les autres souverains d'autrefois (2), le ministère et les médecins faisaient bien de porter perruque : ils couvraient les
oreilles d'ânes.
Nos plus mauvais généraux de la guerre de Sept an g seraient au nombre des meilleurs d'à présent. [Par
(i) François II, empereur d'Allemagne, devient François P', empereur d'Autriche (1806).
(2) Dans S, en marge : a d'autrefois ».