TITINE
Première bêtise : d'être entré à un service où l'on néglige les zélés ; deuxième, de m'y être distingué et y avoir beaucoup donné ; troisième, d'avoir repris la démission que j'avais donnée : j'aurais ma fortune et peut-être encore... ; quatrième, de n'avoir pas fait comme le duc d'Arenberg qui est rentré, mais celle-ci est honorable ; cinquième, de ne pas me corriger de songer plus aux autres qu'à moi, qui ne suis personnel qu'à table.
Ma petite-fille Christine (i), légitimée par les gens qui valent mieux que les lois, me fait rire et pleurer tous les jours. Elle a une ressemblance par le regard, la lenteur des mouvements, la plaisanterie, le tour gai, prompt, original, imprévu, l'esprit, les traits, la bouche, avec son père qui amuse et attendrit à la fois (2). Quelle charmante enfant ! Quel tact ! Elle prend le ton de chaque société, où elle est toujours extrêmement sûre. Elle plaît à tout le monde. On a de la vraie amitié pour elle et de la confiance.
Un mérite de mon autre petite- fille Sidonie (3), c'est de l'aimer et de se réjouir de ses succès.
Le nom de Christine sa marraine, cette grande moitié de moi-même, lui porte bonheur. Elle fera le sien dont le mien dépend.
(i) Fanny-Cliristine-Claudme, née à Mons, le 4 janvier 1786, fille naturelle du prince Charles et de Adélaïde Nones, dite Fleury, dite d'EUignies, actrice au Grand Théâtre de Bruxelles.
(2) Variante B : « Elle a une ressemblance avec les plaisanteries, le tour gai, imprévu de l'esprit et sa mère, de même qu'avec ses traits, qu'elle m'amuse et m'attendrit à la fois. »
(3) Sidonie, fille du prince Charles et d'Hélène Massalsska, née à Paris, le 8 décembre 1786.
Le roi de Prusse, lorsque j'étais l'autre jour à Berlin, me reçut avec bonté, plaisir, cordialité et distinction à Potsdam, où il ne reçoit personne. Quel froid il faisait à la revue de ses gardes et de sa garnison qu'il me montra ! Puis il me dit : « Venez vous chauffer à ma cheminée. Passons par ce petit escalier qui n'est pas brillant, comme il n'a pas de prétentions à l'être. » Je lui dis que le plus sûr et le plus droit est toujours le meilleur. Je crois qu'il m'a compris. « Et puis, dit-il, allons déjeuner chez la reine. » Elle était belle comme le jour le plus beau et le ciel le plus pur.
J'aime assez à faire le beau, dans les rues de Vienne, à cheval, derrière la voiture de l'empereur, aux grandes cérémonies où je remplace le grand chambellan. Il n'y a que la confusion et les ruades ou les lançades des chevaux quand on monte ou qu'on descend du sien, qui soient désagréables. C'est plus dangereux qu'une escarmouche de housards.
J'arrange avec assez de coquetterie mon collier ou mes rubans. C'est ce que Roger de Damas (i) appelle si drôlement et d'une manière aimable le bouquet de l'honneur.
Je ne vais ni aux cercles, ni aux services d'église, ni à
(i) Roger, comte de Damas, 1765-1823, officier français au service de la Russie. Voir ses Mémoires publiés par Jacques Rambaud, Paris, Pion, 191 2.