COQUETTERIES ET BRAVADES
l'audience, ni aux investitures, communions, accompagnements, cérémonies, etc. Je porte seulement au baptême les enfants de l'empereur comme prince chambellan, mais le seul, sans gala (i).
Ne voulant point demander d'être conseiller d'État, et ne voulant pas porter une clef de chambellan qu'on a prodiguée à des espèces et des soi-disant gentilhommes, je ne la porte pas. C'est plus court et je me suis fait ainsi conseiller d'État intime et actuel, sans intimité et
actualité.
Il y a quelque sorte de bonté de me passer ces petites bravades qu'on doit remarquer. Joseph II ne m'aurait pas fait d'injustice, mais enfin si elle était arrivée par je ne sais quelle disgrâce ou caprice, au lieu de me faire maréchal, il m'aurait fait général major et chambellan, me demandant pardon de l'avoir négligé, puisqu'il s'était aperçu que je n'étais encore ni l'un ni l'autre (2).
Un jour qu'étant de service chez l'empereur Joseph, lorsque j'étais des trente-six plutôt adjudants généraux que chambellans, un prêtre italien avec une mine si
(i) Variante B : « Ai-je dit quelque part que depuis quatorze ans que j'ai trouvé mon uniforme taché par les cinq passe-droits, mais non ma réputation, je ne le porte plus. Quand, comme prince chambellan, j'ai la commission de porter ou plutôt de soutenir des enfants de l'empereur au baptême, on me demande pourquoi, puisque toute la cour est en grand gala, je réponds : je me suis fait archiduc. Il y en a plusieurs qui n'étant pas... n'ont ainsi que moi que l'uniforme de leur régiment.
« J'en ai fait autant dans un autre genre, ne voulant point demander... »
(2) Variante B : « que je n'étais encore que colonel ».
singulière, si scélérate, ou tout au moins égarée, vint me
prier de l'annoncer. Je ne le fis point. C'était dans le
temps que, comme un enfant, il touchait à tout et qu'un
capucin vint me dire qu'il arrivait pour prier Sa Majesté
de permettre au couvent de chanter du nez comme à
l'ordinaire. Il avait défendu à ces révérends pères de
psalmodier à leur façon.
Une autre fois, j'étais près de faire entrer à l'audience un homme qui m'avait parlé très raisonnablement. Un moment avant de lui ouvrir la porte, car l'empereur m'avait dit une fois pour toutes de faire entrer qui je voulais, il s'écria trois ou quatre fois : « Oh ! ville de Dantzig ! Ville de Dantzig ! — [Eh bien ! monsieur, lui dis-je], qu'est-ce qu'elle vous a fait? — Ce qu'elle m'a fait? me reprit-il, elle a fait un détachement de cent cinquante rats après moi. Recommandez à la garde hongroise et allemande de ne pas les laisser entrer, car je meurs de peur qu'ils ne me poursuivent jusqu'ici. Ils m'ont tourmenté surtout cette nuit-ci. Je n'en ai pas une de tranquillité. Les plus mauvaises, c'est lorsque de leurs queues ils balaient ma physionomie. Voyez comme je suis fait. J'ai beau voyager. Cela me coûte beaucoup et à la ville de Dantzig aussi. Je prie Sa Majesté de lui donner des ordres à ce sujet par son consul ou envoyé. »
Je m'en chargeai et le racontai à l'empereur qui me dit qu'il connaissait déjà ce fou qui l'avait fait rire d'abord et impatienté ensuite, au point de lui défendre
de revenir.
Un jour je lui annonçai le prince, « Quel prince? — Le prince. — Mais chacun a son nom ! — Celui-ci n'en