‹ Fragments de l'histoire de ma vie;Chapitre 130 sur 173 · DISGRACES · texte numérisé non relu

DISGRACES

dame de Vitinghoff, si personne ne veut de votre croupion, envoyez-le-moi ! »

A propos de la faveur et de défaveur, j'avais vu à Presbourg ce que je vis à Cherson. Le brave Nadasdy (i) dont j'aimais jusqu'à la belle et longue moustache, sous qui j'avais fait mes premières armes, abandonné de tout le monde, excepté de moi qui, à cette première Diète, après la guerre de Sept ans, lui faisais tendrement et respectueusement la cour. Les Wallons, dont il était l'idole, l'appelaient : Papa moustache.

Le maréchal Daun l'avait fait tomber. Je vis celui-ci éclipsé par M. de Lacy. Quoiqu'il fût mon ami intime, je m'occupais de l'autre à une grande fête militaire qu'on donnait à la cour, au Tabor. Pendant le bal où le maréchal Daun avait été très négligé, il alla prendre l'air dans le jardin d'Ieterzée. Je vis qu'il en avait besoin. Je l'y accompagnai. Quel coup de foudre pour lui et dans quel état ne fus-je pas, d'y trouver, sur un banc, l'impératrice et M. de Lacy qu'elle consultait sur

l'armée et l'Europe.

Ennuyé de demander des billets à Fontainebleau aux gentilhommes de la Chambre ou aux capitaines des gardes, je mis moi-même une petite planche entre ceuxci et l'orchestre, dans un coin, et j'y étais comme sur un strapontin. Le roi, qui s'en aperçut, me demanda qui

(i) François-Léopold, comte de Nadasdy-Fogaras, i 708-1 783.

m'avait fourré là. Je lui dis : « Moi-même, Sire, et je n'y fais mal à personne. — Je vous en ferai chasser, m'ajoutat-il poliment. » Je lui représentai que c'était la seule place qui me convînt à sa cour. « Laissez-la-moi, Sire, il y aurait de la cruauté. On en demande tous les jours bien d'autres à Votre Majesté ; » et je soutins la mienne pendant les deux derniers voyages (i).

(i) L'anecdote est racontée en termes à peu près identiques dans les Mélanges, t. XXVII, p. 32.

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