SOUVENIRS DE JOSEPH II TJI
et allons joindre en Silésie nos armées victorieuses. Voilà ce que j'écrivis, que le duc d'Arenberg, qui m'en remercia beaucoup, approuva et qui fut comparé, balancé et au moment d'être préféré dans le conseil de conférences tenu à Vienne en présence de Leurs Majestés Impériales. M. de Kaunitz fit passer le plus mauvais, celui de Loudon qui alla se casser le nez à Breslau. On en revint à celui de Lacy et l'on s'en trouva mieux. Le duc d'Arenberg regretta le nôtre et O'Donnel, chez sa petite Augusta, se moqua d'eux et de moi.
L'empereur Joseph prétend que son gouverneur, un M. Ransonet, le prit un jour par le collet de son petit habit, et le tenant comme cela hors de la fenêtre du château de Presbourg, au-dessus du rocher que baigne le Danube, lui dit qu'il l'y laisserait tomber la première fois qu'il ferait un petit mensonge. Cela l'a corrigé.
Plus petit encore, car il n'avait guère qu'un an, il prétend aussi que sa mère, qui connaissait la science des effets, lui pinça ses petites fesses lorsqu'elle le présenta aux Hongrois auxquels elle venait demander du secours. Et voilà, dit-il, mes moustaches qui, touchés des cris d'un enfant qui avait l'air aussi de les implorer, tirent leurs sabres et jurent sur leurs lames turques de défendre jusqu'à la dernière goutte de leur sang et le hls et la mère.
D nous raconta ces deux histoires à l'une de ces soirées que j'appelais d'érésypèle parce qu'il faisait venir quatre ou cinq des causeurs dont j'étais souvent quand il avait de ces ébullitions qui l'empêchaient de sortir. — Gare la fenêtre du château de Presbourg, dis-je à mon voisin.
Je faisais quelquefois des tournées militaires bien amusantes sur les différentes frontières étrangères des provinces où je commandais, suivi d'une trentaine de jeunes officiers bien tournés. Nous avions tous les jours quelque aventure plaisante ou piquante. Celle-ci, par exemple, est de ce dernier genre, car le prince Frédéric de Salm (i) reçut quatre petits coups d'épée aux endroits que j'avais désignés. Il avait été extrêmement impertinent à l'égard d'un officier de dragons qui voulait lire dans mes yeux si je trouverais mauvais qu'il l'en corrigeât. — Ne vous gênez pas, lui dis-je, mais voilà où je veux que vous fassiez une petite saignée à mon fou de cousin.
C'était à Ypres, après avoir été recevoir des honneurs et des plaisirs à Dunkerque, Bergues-Saint-Wynoc, où je trouvai gouverneur de la place, le chevalier de Saint- Maurice qui avait été le mien (2).
Nous avions dîné considérablement à Ostende. Nous sortons du port malgré vent et marée, matelots et conseils de gens sages. Nous rentrons presque par miracle. Nous perdons du temps. La marée avance. Nous voilà en sept ou huit voitures enfoncés dans le sable des dunes, les chevaux harassés, les traits cassés
(i) Guillaume-Florentin-Frédéric, prince de Salm-Kyrbourg, né en 1769.
(2) Le chevalier de Saint-Maurice ne fut pas gouverneur de Berghes- Saint-Winoc, mais il fut attaché pendant quelque temps au gouvernement de cette place.