HISTORIQUE DES « ŒUVRES POSTHUMES » XXXI
il est bien décidé à leur donner tous ses ouvrages. Dans une épître il leur confie :
Mes chers frères Walther, bons, aimables amis, Comment protégez-vous un si ' auvais auteur? L'un de vous deux sourit, l'autre demande grâce Pardonnez-nous, dit-il, et pour la quantité Excusez, oubliez, passez la qualité.
Il n'est pas employé ; que voulez-vous qu'il fasse? Il ne fait point de mal hormis à ses lecteurs Et les dangers qu'il fait courir aux imprimeurs.
Mais, chers messieurs Walther, mes excellents amis,
Lorsque je serai mort, cela sera bien pis.
Que tout le monde tremble, accouchant des Posthumes.
Ainsi je partirai pour cette éternité,
Où je me moquerai de la postérité (i)...
En 1796, il annonce à ses lecteurs : « Je renvoie à mes Œuvres posthumes mes réflexions sur la peinture avec l'historique des peintres vivants que je connais et surtout beaucoup de détails sur les parfaits ouvrages et les grands talents de Mme Le Brun. Le public est un souverain avec qui il ne faut pas trop se familiariser. Je ne me livre que trop à lui, mais une partie de cette confiance est due à Yauri sacra ^ames nécessitée dans un temps où les révolutions privent de tout secours. J'ai vendu pour vivre mes tableaux, ma vaisselle, et je vends le peu d'esprit qui me reste (2)... »
La même année, Ligne publie dans le tome XIV des Mélanges e récit de ses campagnes de 1757 et de 1758, sous le titre de Mon journal de la guerre de Sept ans, et il écrit dans sa préface :
^i) Mélanges, XXV, p. 1-6.
(2) Ihid., XI, p. 130-131.
« Voici ce que je disais, lorsque je comptais mettre ce petit ouvrage dans mes Œuvres posthutnes... Il n'y a point encore assez de gens morts et je ne le suis pas non plus. C'est ce qui fait que ceci, sans être pourtant méchant, ne peut pas paraître.
« C'est une terrible chose que les contemporains. Ce n'est pas assez qu'on n'en dise pas de mal il faut encore qu'on en dise du bien. Ah ! comme l'on mentirait souvent. Et puis je ne suis point payé pour écrire l'histoire du temps. Si je l'étais, peut-être que je ne le ferais pas. C'est ce qui arrive toujours aux historiographes. On ne se douterait pas que Racine et Boileau l'aient été de la France et que M. de Voltaire leur ait succédé dans cet emploi. Celui-ci, que je n'en aime pas moins pour cela, dira qu'il a fait le Siècle de Louis XIV , les mémoires de la dernière guerre et même l'Histoire de Charles XII. Mais il y a de la différence entre écrire l'histoire ou écrire des histoires. Les miennes sont vraies au moins si elles ne sont pas plaisantes, et je doute fort que tous les historiographes et les historiens de la France et des autres pays eussent voulu acheter aussi cher la satisfaction de dire la vérité... »
Dans un « avis aux lecteurs » inséré par le prince, en 1796, à la fin du tome XVII des Mélanges, il dit : « Je vous prie, messieurs, d'attendre patiemment les trois campagnes de 1788, 1789 et 1790, par où je commence mes Œuvres posthumes. J'ai été mêlé dans trop de choses et je me suis mêlé de trop de choses, pour vous ennuyer autant de mon vivant. Je serais obligé de vous parler trop de moi, ainsi que dans mes autres ouvrages