VOYAGE EN COCHE
Belœil, que je partis pour mes deux entrées de gouverneur militaire et civil. J'entrai pour la i)remière à cheval avec une suite de généraux et officiers de notre armée et de plusieurs pays, et montai la montagne dans Mons au grand galop, pour aller recevoir ainsi les vins d'honneur.
Cela avait bon air.
On aura vu dans mes œuvres imprimées le voyage du coche où nous étions douze (i). Jamais rien ne fut plus gai et plus brillant. Nous avions douze courriers avec des flambeaux pour traverser la forêt de Senlis. Je refusai même à la reine, que j'allais voir tous les jours, de dîner avec elle, parce que nous nous étions promis de ne point nous quitter pendant les huit jours que nous passâmes logés ensemble. Nous y dépensâmes plus de soixante mille francs, car nous donnions à dîner et à souper à nos connaissances. On trouva à Paris ce voyage de fort bon goût. Il avait été conçu et entrepris à la même minute. Je fis venir huit chevaux de poste pour atteler à cette diligence et fouette postillon ! Ohé ! Ohé ! et les
cornets de poste.
Louis XVI était extrêmement imprudent à la chasse. J'ai entendu une fois siffler une de ses balles à mon
sards couleurs de rose, superbes, mes aides de camps et quelques généraux je fis mon entrée à cheval et montai et descendis au grand galop la montagne très roide qui se trouve à l'entrée de la porte du parc à Mons. J'allai recevoir ainsi le vin d'honneur, les harangues, les hommages. Cela allait assez bien à quelqu'un qui revenait de la guerre et les vivats ne furent que centuplés. Fêtes et réunions comme on s'en doute bien, mais bien plus à donner. Grand enthousiasme exprimé partout, surtout au spectacle, et jamais un seul pas dans les rues sans une suite et des acclamations incommodes. »
(i) Œuvres légères, t. I, p. 70-79.
oreille à la mort du cerf, mais un jour il tua, en se retournant, une perdrix entre la reine et moi, à un de ses tirés où il me prenait souvent avec lui pour causer, car il n'y avait que ses deux frères qui tiraient. Ce qui me faisait venir l'eau à la bouche, mais c'était une faveur qu'il accordait à très peu de courtisans.
La plus grande était d'être ce qu'on nommait « appelé dans les cabinets ». C'était ce que j'étais toutes les fois qu'il y avait à souper chez le roi, et marque de distinction plus encore que de familiarité de société (i).
Nous n'étions guère que sept ou huit à qui ces deux raisons procuraient toutes les fois (2) cet appel qui faisait tant de jaloux. Ceux qui se tuaient et leurs chevaux aussi pour arriver à l'ordre et qui n'étaient pas nommés, s'en retournaient à Paris, le chagrin dans l'âme, et n'osaient pas se montrer.
Quels soupers charmants en gens d'esprit et de bon
(i) Le 15 novembre 1779, l'ambassadeur Mercy écrit à Marie- Thérèse : « Le prince de Ligne a été à Paris une partie du mois de sep» tembre et il est revenu passer tout le voyage de Fontainebleau. La reine l'a traité avec une bonté et une distinction très particulière ; elle lui a fait donner l'uniforme de Choisy, ensuite le grand uniforme de chasse. Il est monté dans les carrosses de suite du roi les jours de chasse ; il soupait très souvent dans les cabinets, était en quelque façon en intimité avec M. le comte d'Artois, mais le roi ne l'a bien traité que par la seule raison qu'il avait bien réussi auprès de la reine... »
D'Arneth et Geoffroy, Correspondance secrète entre Marie-Thé' rèse et le comte de Mercy-Argenteau, Paris, 1875, t. II, p. 529.
(2) Dans S, en marge, « toutes les fois ».