‹ Fragments de l'histoire de ma vie;Chapitre 149 sur 173 · EN SUISSE · texte numérisé non relu

EN SUISSE

son habit. Et puis (1) de très jolis prêtres qui, pour éviter la crotte, car il y en avait beaucoup jusqu'à Saint- Gernuiiu-l'Auxerrois, marchaient sur la pointe du pied saxonnn electorcs. Ensuite (2) encore beaucoup d'autres choses ridicules que j'ai oubliées.

Dans les cabarets de la Suisse, sur chaque cheminée, j'avais trouvé des vers, des horreurs et des caricatures sur tout plein de voyageurs et de femmes de ma connaissance. Mme d'Ursel et la petite Charles d'alors, aujourd'hui Mme Vincent Potocka, trouvèrent que c'est affreux. — Pour moi, leur dis-je, peu m'importe tout ce qu'on dirait de moi, pourvu que ce ne soit pas que je suis un poltron. — Oui, mais par exemple, un fripon, me dit le duc d'Ursel (3)? — Pourquoi non, lui répondis-je, si cela fait plaisir à quelqu'un. — Eh bien, lisez, me dit-il : « Le prince de Ligne a volé ici, ce matin, une cuiller « d'argent. » — Eh bien, cela m'est égal, à moins que la maréchaussée ne coure après moi pour m' arrêter. Et cette belle phrase y est encore, à moins qu'on n'ait

blanchi la cheminée.

Mon père, grand faiseur de mémoires, au lieu d'histoire et d'histoires comme son fils, en avait fait faire un (4)

(i) Dans S, en interligne : « et puis ».

(2) Dans S, en interligne : « ensuite ».

(3) Wolfgang-Guillaume, duc d'Ursel et de Hoboken, 1 750-1 804.

(4) De l'Averdy, Mémoire pour établir en faveur des princes de Ligne le droit de succéder aux États de Lorraine et de Bar, supposé que la lignée directe de S. A. R. duc de Lorraine, du sérénissime prince Charles, son frère, et des sérénissimes princesses leurs sœurs, vienne à manquer, pour prouver que le même ordre de succession doit être accordé

pour prouver nos droits à la couronne de Naples par une certaine Yolande d'Anjou ; à la couronne d'Angleterre par les Salm, je crois, plus proches de la maison de Brunswick ; au duché de Lorraine, par une Vaudémont, il me semble, et à la succession des Nassau si le stathouder mourait sans enfant mâle.

Qui veut m' acheter ces justes prétentions et protestations qu'il a toujours faites dans l'occasion?

Il me prit tout à coup, il y a quelque temps, une fantaisie de faire une confession générale. Je l'avais promis à mes belles-sœurs, les princesses du soit. Je m'en ressouviens. J'allai tout seul à Pâques à mon Kaltenberg (i). Ayant oublié toutes mes prières, je me mets à genoux, je veux dire mon Confiieor. Je ne m'y retrouve plus. Je commence. J'oublie une partie de ce que je veux dire. Mon bon diable de curé ne savait pas bien le français. J'y remédiai en latin, car j'étais de bonne foi et ne voulais point l'attraper ni m'attraper moi-même. Je ne sais s'il fut étourdi, stupéfait ou (2) ravi peut-être de voir à ses pieds un si grand pécheur, mais il me donna bien vite l'absolution et oublia même de me donner une pénitence.

J'ai communiqué mes scrupules au Père Antonin et au Père Chrysostôme. Celui-ci m'a un peu plus rassuré que l'autre.

— Oh ! oui, oui,) e recommencerai (3). Pourquoi ne

par rapport au grand duché de Toscane qui par le traité de paix est subrogé aux États de Lorraine et de Bar. Paris, Charles Osmont, 1739, in-4°.

(i) Dans S, en marge : « Je l'avais promis... Kaltenberg. »

(2) Dans S, en marge : « J'y remédiai... stupéfait. »

(3) Dans S, en marge : « J'ai communiqué... recommencerai. »

Page 1