‹ Fragments de l'histoire de ma vie;Chapitre 151 sur 173 · MOUCHETTE · texte numérisé non relu

MOUCHETTE

petits combats d'Amérique ; il est aimé encore à présent des deux plus aimables femmes de Paris, et il y a vingt ans qu'il en avait la plus jolie (i).

Jusqu'à la mauvaise compagnie, elle imite la bonne en tout. Quelques jeunes femmes ici sont entrées dans le monde, sans grand mouvement et sans trouver d'attaquants. Celles qu'on appelle ici « dames de la seconde noblesse » et à Bruxelles, autrefois, « dames de la ville », sont vertueuses par air. On avait ici toutes celles qui vont dans le petit parterre. Les hommes de bonne compagnie y allaient et s'en trouvaient fort bien.

Le nom de Mouchette, quoique je n'aime pas les petits noms de société, s'est trouvé tout d'un coup donné à la petite Charles pour une plaisanterie dont la source était assez drôle. Dans notre voyage du coche à Paris, Charles, toujours actif, cherchait les chevaux, visitait les roues et se faisait valoir pour diminuer nos obligations. Je lui dis qu'il était la mouche du coche. Sa femme était jolie et quelquefois un peu laide, presque toujours bonne, quelquefois un peu malicieuse, sentimentale et philosophe, esprit fort et dévote, tiède et bigote, exagérée et juste, raisonnable et superstitieuse, sensible et indifférente, naïve et trop fine, aimable et insupportable, amu-

(i) Avant son départ pour l'Amérique, La Fayette avait vainement aimé la très jolie comtesse de Nolstein, dame d'honneur de la duchesse de Chartres, épouse d'un colonel d'infanterie. Dès son retour elle fut son amante et en eut un enfant. Mémoires secrets, 30 juin 1783.

santé et ennuyeuse, prude et coquette, charmante et capricieuse. Toujours beaucoup d'esprit, de grâces, de physionomie, de connaissances, de générosité, de bienfaisance. Beaux yeux, beaux cheveux, joH pied, joH teint, belles dents. Ensemble plus agréable, divertissant et bon qu'autre chose : et trente femmes qu'on pouvait aimer dans une.

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