‹ Fragments de l'histoire de ma vie;Chapitre 153 sur 173 · LES FILLES GALANTES EN PRUSSE 3O · texte numérisé non relu

LES FILLES GALANTES EN PRUSSE 3O

Je ne crois pas que les dix-huit mille qu'on prétend qui existent à Berlin, depuis les maîtresses des tambours jusqu'à celles de Leurs Altesses Royales soient aussi bien élevées. Ce nombre paraît disproportionné à la population de 150 000 habitants, mais elles y contribuent parce que la police et la chirurgie ont grand soin de leur santé, et il vaut mieux que les tambours aient des maîtresses que d'être maîtresses eux-mêmes, comme c'était l'usage du temps des grands princes de la maison de Brandebourg.

« Faites-vous donc débaptiser, monseigneur, » dis-je un jour au prince Henri de Prusse, frère de ce roi-ci, qui témoignait quelque horreur de cet égarement de corps, de cœur et d'esprit (i).

Mon étonnement, un jour qu'on vint me proposer à Paris, du temps de M. d'Éguillon (2) un hôtel de 16 000 francs et une rente de 30 000 ! J'en remerciai cette société : « Que faut-ii faire, messieurs? — Mettre au-dessus de votre porte, monsieur, Hôtel de Ligne. — C'est fait. Que d'obligations ! — On jouera seulement chez vous, monsieur. »

Cela me fît sortir de ma surprise et me fit rester où j'étais, au Parlement d'Angleterre.

(i) <i Le prince Henri, frère de ce roi-ci, faisant la mine sur certaine aventure dans le genre du goût de son grand-oncle que je racontais au roi de Bavière qui me parlait d'un gouverneur que j'avais trop aimé : « Avec cet air de répugnance, monseigneur, faites-vous débapa tiser. !> Annales, t. VII, p. 8.

(2) Emmanuel-Armand de Wignerot du Plessis-Richelieu, dtic d'Aiguillon, i 720-1 782.

3tO FRAGMENTS DE L HISTOIRE DE MA VIE

J'aurais pu avoir un logement au château de Versailles et le charmant appartement de ma tante alors, et du Napoléon ou la Napoléone ou du pauvre diable de pape, à présent, je crois, au pavillon de Flore. Mais d'abord cela aurait fait crier contre la reine et puis je ne voulais pas avoir l'air, à Vienne, d'être établi à Paris. Je me suis bien trouvé d'être Allemand en France, presque Français en Autriche, et Wallon à l'armée. On perd de sa considération dans le pays qu'on habite tout à fait. L'impératrice accordait des grâces à mon père quand il y arrivait. Les circonstances ne m'ont rendu que trop indigène et indigent (i).

Dix-huit mois que j'ai été, à cause de la guerre, absent de Paris, j'y ai eu une très jolie maison tout entière dans la rue de l'Université, pour quinze cents francs, une loge à l'Opéra et une à Vienne. Je n'en aurais pas eu besoin (2), quand même j'aurais pu profiter de l'une et de l'autre, puisqu'ici j'en ai sept ou huit où je vais sans payer, et à Paris, celle de la reine, de M. le comte d'Artois, de M. le duc d'Orléans et des gentilhommes de la Chambre. J'avais outre cela ma loge de Bruxelles, où je n'ai presque jamais été, qui me coûtait trois cents ducats. J'en avais pour cinq ou six cents dans les deux autres pays.

(i) Dans S, en marge : » et indigent ».

(2) Dans S : « Je n'en aurais pas eu besoin », en interligne, remplace « sans en avoir besoin », bifîé.

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