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LE COMTE DE LABORDE ET WALTER XXXVII

réflexions militaires, politiques, critiques, mêlés vraisemblablement d'un peu de médisance occuperont les oisifs, amuseront peut-être les curieux et intéresseront les amateurs de l'histoire de leur temps.

« Comme grâce à la révolution flamande, française et changements en Empire, je n'ai rien au monde à laisser que mes manuscrits, n'ayant que des petites habitations et petites rentes à vie, je n'aurai pas besoin de notaire, ni un ennuyeux testament à faire.

« Si (mais cela est impossible) le prince Louis, mon fils, ou une minorité ne payait pas après moi les pensions, gages en pension à mes domestiques qui, n'allant pas plus haut que mille florins, argent de convention, ne sont pas un grand objet, qui d'ailleurs irait en diminuant, je voudrais que cette petite somme fût prise aussi sur la vente de mes Posthumes.

« A tous les titres de confiance à l'égard de M. le comte Alexandre de La Borde, je dois ajouter que c'est, dès son enfance, le meilleur de mes amis. Ainsi, cher monsieur Walther, vous serez bien entre ses mains et il sera bien entre les vôtres... »

Peu après, sans doute, Ligne fait ses dernières recommandations au comte de La Borde, dans une longue lettre qu'il insère dans le Nouveau recueil, publié à Weimar, en 1812, et qu'il avait voulu auparavant introduire dans ses Posthumes (i) :

« Je me recommande à votre amitié survivante, écrit-il... Je suis trop paresseux pour me donner la peine

(i) La lettre est publiée intégrîilement en tête du cahier XLI, daté de 1811.

XXXVIII FRAGMENTS DE l'HISTOIRE DE MA VIE

de soulever la pierre de mon tombeau pour m'en défendre... mais on aime, à présent, les inédits et les posthumes. On m'a fait dire de mon vivant tant de spirituelles bêtises auxquelles je n'ai jamais pensé que ce sera bien pis alors. L'esprit de parti ou de commérage peut supposer des personnages et des phrases embarrassantes pour les survivants. Veillez-y, cher comte, je vous prie ; je suis sûr de n'avoir jamais rien écrit contre la religion et les souverains. Mais on lit de travers, on remplit comme on veut une lettre initiale, on imagine, on interprète... Faites supprimer tout ce qui pourrait avoir l'air de légèretés ; la postérité est à présent une ouvreuse de lettres, il n'y en a plus de confidentielles, on est en chemise et on paraît en public... Pardon de vous écrire si longuement pour vous prier de corriger ou purifier mes écritures si elles vous arrivent quand je ne pourrai plus vous embrasser de tout mon cœur. »

Il semble que le prince avait conclu antérieurement un engagement avec Waîther, car il écrit à Casanova, le 17 décembre 1794 :

« Faites comme moi, vendez-vous de votre vivant, portez vos manuscrits aux frères Walther, à Dresde ; qu'ils vous en donnent cent ducats de rente viagère ou moins s'il le faut absolument ; et quand, dans vingt ans, vous partirez d'ici, vos charmants mémoires lui en vaudront quatre ou cinq mille pour le moins... Walther vous tiendra sûrement le secret. Il me donne deux cents exemplaires de ce qu'il imprime pour ce qu'il imprimera après ma mort, qui arrivera vraisemblablement dans le

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