I.E BARON COTTA XXXIX
même temps que la vôtre, et peut-être, où nous serons, nous rirons de la mine des gens qui nous liront (i)... »
A. la mort du prince, les manuscrits qui avaient été déposes pendant si longtemps chez le docteur Venceslas Ambrosi, à Tœplitz, fiu^ent donnés au comte Maurice O'Donnel, l'époux de Christine, la fille naturelle du prince Charles, Celui-ci les offrit en vente.
L'éditeur Walther, pour qui la publication des trentequatre volumes des Mél-anges avait plutôt été une entreprise désastreuse, se désintéressa-t-il des Posthumes, de ses droits et des avantages fort problématiques qu'il pourrait s'attirer en les pubhant? De son côté, le comte de La Borde, très occupé, en ce temps-là, par d'autres travaux historiques très importants, se crut-il dégagé de la promesse faite à son ami? Les archives des Walther et celles de La Borde, détruites ou dispersées, n'ont pu fournir aucun document pour répondre à ces questions.
Ainsi ces manuscrits des Posthumes, destinés depuis tant d'années par le prince à son fidèle éditeur Walther, ne prendront point le chemin de l'imprimerie de Dresde.
Le Congrès avait amené à Vienne un libraire allemand déjà célèbre, doué d'un esprit très éclairé, en rapport avec tous les intellectuels du temps, et qui, ayant fait la connaissance du vieux maréchal lui-même, devait être naturellement tenté d'acquérir ses œuvres pos-
([) Annales, t. I, p. 237.
XL FRAGMENTS DE l'hISTOIRE DE MA VIE
thumes. Et ce, d'autant plus qu'il espérait réussir dans la mission importante dont l'avaient chargé les États et les libraires allemands : la reconnaissance par l'Autriche du droit de propriété littéraire.
Jean-Frédéric Cotta, baron de Cottendorf (27 avril 1764-22 décembre 1832), publiciste, libraire et homme d'État, était le digne descendant d'une ancienne famille, anoblie dès le dixième siècle. Cette maison avait fondé, en 1645, une importante librairie à Tubingen. Installé par la suite à Stuttgart, le baron J.-F. Cotta avait déployé une activité intense, créé divers périodiques, entre autres le Morgenhlatt. Ses initiatives multiples et généreuses lui avaient valu l'appellation de « Prince des libraires ».
Cotta avait déjà réuni sur les assises qui se tenaient à Vienne des trésors de documents et de notes qu'il se proposait de pubher et que les espions autrichiens auraient bien voulu lui dérober. Le « Prince des libraires » s'empressa de profiter de l'occasion qui se présentait d'ajouter à sa documentation les manuscrits de celui qu'on aurait pu appeler le « Prince des écrivains ».
Sans tarder, le baron Cotta pria Charles Pictet de Rochemont, l'un des envoyés de Genève au Congrès de Vienne, de préparer l'édition des Fragments.
Charles Pictet, qui dirigeait avec un rare talent la Revue britannique (devenue par la suite la Bibliothèque universelle), paraissait tout désigné pour mener à bonne fin un travail de ce genre. Il avait, d'ailleurs, été en relations avec Ligne, et son secrétaire Jean-Gabriel Eynard a décrit avec respect les attitudes du prince (i).
(i) Au Congrès de Vie^me. Journal de Jean-Gahrtel Eynard, publié par Edouard Chapuisat. Paris, Pion, 1914.